Charlie Haden réactive le Quartet West

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Larance Marable malade depuis quelques années, on croyait le groupe terminé,

mais le batteur est maintenant remplacé par Rodney Green (Greg Osby, Christian McBride, Mulgrew Miller), et le nouveau projet est une sorte de suite à deux disques antérieurs, "The Art Of Song", qui le présentait entre autres avec Shirley Horn, et "Now Is The Hour", réalisé avec des cordes. Le petit dernier, "Sophisticated Ladies", permet d'entendre six chanteuses, la plupart avec des cordes: Cassandra Wilson, Diana Krall, Melody Gardot, Norah Jones, Renée Fleming et Ruth Cameron. Cette dernière est la compagne de Charlie Haden depuis 1984, à l'époque où le contrebassiste quitte New York pour retourner dans la ville de son coeur, Los Angeles. Et c'est à elle que nous devons le Quartet West, puisqu'elle avait convaincu le contrebassiste de l'importance d'avoir un orchestre à L.A.

Et pas seulement du point de vue géographique: le Quartet West, c'est aussi l'expression des fantasmes musicaux liés à l'endroit pour Charlie Haden. C'est là qu'il entend Charlie Parker, et là aussi qu'il se passionne pour le cinema et les sculpturales chanteuses des années 40 et 50. Il apprend un nombre incalculable de "standards", ces chansons classiques de la tradition populaire américaine, les aime tant qu'il peut même en réciter la plupart des paroles. Comme toujours dans un disque du Quartet West, ces deux tendances, bop et standards, coexistent pacifiquement. le disque se clôt sur une reprise peu connue de Charlie Parker ("Wahoo"), mais la tonalité générale est aux chansons langoureuses, servies par les arrangements de cordes d'Alan Broadbent, le pianiste du groupe.

Les chanteuses: on aurait pu en rêver d'autres (quelqu'un pourrait-il d'urgence envoyer à Charlie Haden des standards chantés par Mélanie De Biasio?), mais le meilleur parti est tiré de celles déjà citées, avec une mention spéciale pour Renée Fleming, qui se présente ici sans sa voix opératique. On se réjouira d'avoir une autre approche pour la voix de Norah Jones (voir aussi la parution récente de l'album d'Arif Mardin), et on découvre enfin une plage nouvelle impliquant Ruth Cameron, qui nous avait laissé sur notre faim, avec un seul album en 1999.

En alternance avec la partie vocale, le quartette tourne avec son efficacité coutumière dans les instrumentaux, Ernie Watts restant l'énorme saxophoniste que l'on connaît, puissant et lyrique, en astucieux  contraste avec les atmosphères décontractées et les cordes.  "Sophisticated Ladies" (Emarcy-Universal) est présenté en radio à la fois dans "Jazz" et "Le Grand Jazz".

Pour compléter la découverte de Charlie Haden: ne pas négliger ses disques avec Ornette Coleman, même si cet aspect est moins présent dans son travail actuel; réinvestiguer le trio et le quartette "américain" de Keith Jarrett, fin des années 60 et début des années 70. Pour le côté "engagé", voir les différentes versions du "Liberation Music Orchestra", qui a porté un regard critique sur la société américaine, depuis la guerre au Vietnam jusqu'à l'administration Bush.

Philippe Baron