Dour d'oreille : quand ça fait boum

La Smala
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La Smala - © Adrien Corbeel

La 30e édition de Dour a commencé mercredi, mais pour nous le festival a commencé jeudi (grève des transports et autres détails). Première chronique donc, mais deuxième journée.

Nous avions la ferme intention d'entamer le festival avec Ulysse et The Villejuif Underground, mais les circonstances en ont voulu autrement. Qu'importe, nous démarrons le festival sur les chapeaux de roue avec La Smala. Le collectif bruxellois de rap n'en est pas à son premier Dour (son troisième nous siffle-t-on dans l'oreille) et ça se voit : ils connaissent leur public et savent le maîtriser. Ils parcourent la scène, faisant vibrer La Caverne avec leur rap brut de décoffrage. Le public est taquet, l'ambiance est galvanisante, et l'adrénaline est au sommet. Sans jamais faire retomber la tension, ils se succèdent sur scène, conversent en chanson, passant en revue des morceaux de leur précédents albums ("Et ça fait boum!", en effet), de leur dernier né, "11h59"  (paru en janvier), mais aussi des titres de leurs carrières solos respectives. Pas de leader dans ce groupe très démocratique et soudé, qui porte bien son nom. 

Nous rejoignons l'ambiance moins survoltée de La Petite Maison dans la Prairie pour écouter la dream-pop de Son Lux. Tout de noir vêtus, plutôt fixés dans leur position, ils livrent un set un peu trop sage (si ce n'est pour les expressions faciales du formidable batteur du groupe Ian Chang, qui ajoutent un zeste de folie). La voix frêle et lancinante de Ryan Lott et les délicieuses mélodies de leur dernier album, "Brighter Wounds", font néanmoins leur effet. Inutile de bouder son plaisir, l'expérience est très plaisante.

Un peu partagé, nous quittons la scène pour rejoindre The Last Arena. C'est Angèle qui y mène la danse, forte de son omniprésence sur les ondes radios. Du haut de ses 22 ans, elle fait déjà preuve d'une aisance et d'un naturel remarquable. Ses clips laissaient déjà présager une forte présence, et sa performance scénique le confirme. Les spectateurs, déjà bien familiers avec "Je veux tes yeux" et "La Loi de Murphy", chantent avec engouement sa pop entraînante. Là où le bât blesse, c'est que le public ne connaît pas les autres titres de son répertoire, qui ne sont pas encore sortis. L'engouement pour ces "nouvelles" chansons fut donc moindre.

Plus tard dans la soirée, c'est un grand nom du hip-hop américain Joey Bada$$ qui anime la scène. Tout le monde (ou presque) connaît ce rappeur new-yorkais, et si ce n'est pas le cas, le rappeur est là pour corriger ça. Avec le drapeau américain en fond visuel, il se donne tout entier à Dour dans un set furieux et endiablé, où les coups de feu se succèdent. 

En attendant la suite des hostilités, nous nous rendons dans La Caverne pour écouter une musique bien différente, celle de Dead Cross, qui oscille en punk hardcore et trash metal. Présent à Dour pour présenter leur premier album, le groupe n'est pourtant pas de toute jeunesse : ses membres sont des vieux de la vieille,  issus de diverses formations telles que Faith No More, Slayer et The Locust. Mais le punk n'est pas mort, et n'a pas d'âge pour être célébrer, ce que Dead Cross fait avec une indéniable énergie. Nous retiendrons particulièrement les "fuck" beuglés dans le micro par le chanteur en guise de de test son. 

Avec une profonde amertume, nous nous rendons compte que nous avons manqué Soldout, qui fait cette année sa tournée d'adieu avant. Regrets. 
La soirée continue tout de même, et nous faisons un passage un peu obligé du côté de Booba. On aime...ou on aime pas.

Nous nous aventurons du côté d'ODESZA dans la Boombox. Le duo ne vient pas d'Ukraine comme pourrait le suggérer son nom, mais de Seattle. Silhouettes aux traits presque invisibles ils livrent un formidable spectacle audiovisuelle devant un écran qui projette des images pop-part. Leur musique, mélange d'électro, de pop, de r'n'b fait la part belle aux reprises, et se marie parfaitement à un frénétique jeu de lumière. Une belle découverte.

Dans un registre similaire mais nettement plus connu, Les Chemicals Brothers animent The Last Arena pour la dernière fois de la journée. Privilégiant leurs visuels et leur musique à leur présence sur scène, ils sont à peine visibles, mais la foule est néanmoins au rendez-vous. La machine à tubes issue de Manchester fonctionne toujours, et c'est sur leurs vibrations électrifiantes que nous clôturons la soirée.