Dour d'oreille : finir en beauté

Tyler, The Creator clôture notre Dour
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Tyler, The Creator clôture notre Dour - © Adrien Corbeel

La fatigue se fait sentir ce dimanche, dernier jour de Dour: les campings se vident quelque peu, les cernes sous les yeux s'approfondissent et l'herbe du pré a complètement disparu. Mais le festival n'est pas encore terminé, et il reste quelques pépites à voir. 

Nous commençons par le génialement bizarre Flavien Berger, qui fait rimer chanson française à texte et électro. Nonchalant, l'air presque hébété, doté de cheveux longs et d'une moustache de trois jours, Flavien Berger n'a rien du jeune premier et c'est tant mieux. Seul sur la scène de La Petite Maison dans la Prairie, il nous invite dans son univers singulier — une proposition qui ne saurait être refusée. Nous sommes autant séduit par ses envolées humoristique gentiment caustique — il propose notamment de remplacer le traditionnel "Doureuuuuhhh" par un cri de sa concoction (motion approuvée par le public) — que par son sa sincérité étrange et imagée. Les adjectifs manquent pour définir cet ovni de la chanson française. Contentons-nous donc d'un seul : attachant.

Nous prenons ensuite le chemin du Labo pour écouter l'afrobeat/jazz de L'Ezra Collective. Le groupe londonien est heureux d'avoir autant de festivaliers, craintif que la finale de la Coupe de monde résulte en une salle vide. Il donne amplement raison aux irréductibles amateurs que nous sommes, livrant un concert dansant et endiablé, rythmé par des instrumentistes hors pair.

Le public n'a par contre pas vraiment répondu présent au groupe BCUC (pour Buntu Continua Uhuru Consciousness) qui doit se contenter d'Une Petite Maison à peine remplie. L'ensemble sud-africain a pour lui un leader charismatique, mais sa musique, qui fait la part belle aux percussions et aux chants traditionnels, est peut-être trop en marge de ce à quoi les festivaliers sont habitués.

Après la finale, c'est Big Boi qui anime l'Arena, en compagnie de Gucci Mane et Pimp C. C'est du rap old school que nous propose le trio. Un peu trop peut-être, surtout pour un festival qui va toujours de l'avant. Le désir de bouger gagne cependant le public avec le dansant "All Night", issu de son dernier album.

Nous rejoignons ensuite La Petite Maison pour un incontournable du Dour : Girls in Hawaii. Le groupe belge en est à sa sixième venue, et qu'on les ai déjà vus ou non en concert, il y a comme une plaisante familiarité à écoute ce groupe qui roule sa bosse depuis plus de 15 ans. Présentant à Dour leur dernier album, "Nocturne", sorti en septembre 2017, il nous transporte avec leur pop-rock délicat. On s'envole.

Nous mettons notre soirée de concert en suspens (la fatigue reprend ses droits) avant la dernière ligne droite. C'est une pointure du rap US qui nous attend au Last Arena, et une des têtes d'affiche du festival : Tyler, The Creator. Du haut de ses 27 ans, le jeune homme a déjà eu le temps de traverser plusieurs périodes. De ses débuts plutôt potaches jusqu'à son dernier album, le tendre et poétique "Flower Boy", dont les titres composent la majorité du concert, il a évolué d'une très belle manière. Casquette sur la tête, short et t-shirt sur le corps, il continue pourtant de cultiver une image de gosse trop grand, virevoltant sur scène comme un gamin hyperactif. Mais cette énergie folle est toute entière consacrée à nous donner le meilleur spectacle possible et à faire état de sa sensibilité à fleur de peau. Sans surprise, les festivaliers exultent pour son rap tour à tour explosif et touchant, qui s'entremêle à de mémorables beats. Pour peu qu'on apprécie sa musique, c'était LE concert de Dour. Tyler, The Creator, ou comment finir Dour en beauté.