Dour d'oreille : bain de foule

La rappeuse Princess Nokia s'offre un bain de foule
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La rappeuse Princess Nokia s'offre un bain de foule - © Adrien Corbeel

Alors que les Diables rouges disputent la petite finale et que le festival de Dour atteint son pic de fréquentation, nous optons de commencer la journée du samedi de la meilleure manière possible: avec du rock psychédélique hollando-turc.

C'est au Labo que joue le groupe Altin Gün, et malgré la chaleur du chapiteau et le football, les festivaliers sont au rendez-vous pour écouter cette formation installée à Amsterdam. À raison, car c'est une petite pépite que nous a réservé Dour. S'attaquant au rock psychédélique qui avait sévit à Istanbul dans les années 70, le groupe redonne vie de manière jubilatoire à un pan oublié de l'histoire musicale, et nous offre un réjouissant concert, au croisement du rock occidental, des musiques traditionnelles turques et d'une pop plus contemporaine. Départ en beauté. 

Toujours au Labo, la brugeoise Tsar B, étoile montante du r'n'b, fait son show. Mélangeant inspirations occidentales et orientales, elle propose une musique aux allures dansantes, un brin mystique, et aux arrangements trop nombreux pour être énumérés. Peu avare en effets de manche, elle sort au détour d'une chanson un violon, alors qu'à côté d'elle se déhanche... une danseuse de pole. Le public apprécie, nous restons légèrement dubitatif. 

 

Nous rejoignons ensuite le concert de Princess Nokia à la Boombox, qui elle aussi a une affinité pour le spectaculaire. Après une entrée en scène magistrale, la rappeuse afro-portoricaine, perfectionniste au possible, interrompt son flow pour exiger aux ingénieurs son qu'ils augmentent le volume. Pas de doute, elle sait ce qu'elle veut et n'hésite pas à le réclamer. Le reste du concert ne fera que confirmer cette impression. Charismatique, espiègle et survoltée, elle livre un rap intense et féministe qui donne une irrésistible envie de bouger et de lever son poing. Jouant volontiers avec les festivaliers des premiers rangs, auxquels elle déclare plusieurs fois sa flamme, elle n'hésite par à se joindre à eux pour un bain de foule. Le public est en transe, le spectacle est total.

Pris d'une envie de jazz, nous allons ensuite du côté de la Boombox où le groupe R+R=NOW (Reflect+Respond=NOW) a installé ses instruments. Une poignée de jazzmen talentueux compose cette formation, qui part d'un genre pour en explorer d'autres : vers le hip-hop, la soul, le reggae, et au-delà. Une expérimentation passionnante pour une expérience très agréable, servie par des musiciens aguerris.

Un peu à contrecœur, nous les quittons pour retourner au Labo qui, à notre grande surprise, déborde de festivaliers. Généralement peu peuplée, la scène a attiré une masse d'amateurs désireux de voir L'impératrice. Actif depuis 2012, le groupe parisien a sorti son premier album "Matahari" il y a quatre mois de ça. Pop jusqu'au bout des ongles, le groupe joue sur une image décalée/décontractée :  la chanteuse en nuisette, et ses musiciens en pyjama. Leur musique, à la fois rêveuse et déchaînée, touche à l'électro, au funk et au pop. Le plaisir de jouer se lit leur visage, et le plaisir d'être là est partagé par les festivaliers.

Éprouvant de plus en plus de difficultés à nous frayer un passage au milieu d'une masse de gens visiblement sous l'effet de multiples influences, nous rejoignons The Last Arena pour le concert très attendu d'alt-J. Les trois musiciens qui composent le groupe, séparés sur scène par des faisceaux lumineux, donne un concert particulièrement plaisant. Dans leur setlist, quelques titres de leur dernier album sorti l'année dernière, "RELAXER", mais aussi quelques unes de leurs compositions plus connues, qui font mouche auprès d'un public réuni en grand nombre pour les écouter.  Pour beaucoup de festivaliers la soirée ne fait que commencer, pour nous elle s'achève.