Walter Hus - Un classique inclassable

Walter Hus
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Walter Hus - © Malou

Walter Hus revisite ses œuvres passées en les réécrivant pour piano solo. C'est ce qui fait de "Supersonic Flora" un disque ouvert sur le futur! Portrait express d'un compositeur pas si minimaliste que cela...

Walter Hus est un pianiste, certes. Mais c'est surtout un compositeur peu banal, comme en témoignent son parcours... et sa coupe de cheveux un brin anarchiste. "L'anarchie ? C'était au départ un bel idéal. Oui,j'aimerais bien être anar. Mais ce n'est pas facile", convient-il. Il est vrai qu'il n'était pas né révolté. À 7 ans, pianiste en herbe, il s'applique tant et si bien — "par amour pour ma prof !" — qu'il devient le "wonder kid" de l'académie de Waregem. "Chez moi, on écoutait Will Tura. Je n'ai découvert le rock que vers mes 18 ans !" On a connu adolescence plus turbulente...

L'entrée au Conservatoire de Bruxelles marque l'atterrissage : "Les étudiants avaient une vraie technique, là où je n'avais que de l'habileté". Un souci d'humilité qui l'honore, mais que l'on tempérera : 34 ans après son premier LP, son nouveau disque, "Supersonic Flora", propose des adaptations pour piano solo de ses œuvres d'autrefois. Et ce sont bien celles d'un authentique musicien, qui renoue avec ses amours d'antan, à supposer que l'on puisse les fondre dans un moule.

Vagabondages

Bien que formé au piano classique, le jeune Walter fraîchement diplômé préférera en effet le free jazz de la nuit bruxelloise et les charmes éthérés de la musique minimaliste. Laquelle lui vaut, dans les années 1980, sa première commande suite à sa participation au groupe Maximalist ! lors d'une création d'Anne Teresa De Keersmaeker. Compositeur ? Il n'y avait jamais pensé. Mais le virus était inoculé. Désormais, Walter Hus crée, compose, invente... Son catalogue s'élargit, vagabonde, explore, avant que, dans les années 1990, son style ne s'arrondisse quelque peu. "J'avais rencontré l'amour !", plaide-t-il. Rappelant au passage que les Pampers, traduction concrète des fruits de l'amour, le tiendront éloigné des vagues technos et new beat.

L'an 2000 est celui d'une nouvelle rencontre, mais avec l'orchestrion Decap, une installation d'orgues et de percussions pilotées par ordinateur. De quoi créer un univers infini de sonorités et de lui "faire perdre le nord. C'était le chemin du plaisir dans des milieux musicaux très différents, se réjouit-il. Jusqu'au jour où je me suis rendu compte que mes projets étaient devenus si nombreux que je devais faire le tri !"

Retour aux sources

Ce disque "Supersonic Flora" l'y aura aidé. "C'est un vrai retour à ma grande période de composition classique. J'avais besoin de donner à ces retrouvailles un côté physique. Il était essentiel que je joue pour m'imprégner à nouveau de cette intuition qui m'avait tant nourri". Intuition ? Il assume : "Vous avouerais-je que je n'ai jamais su vraiment ce que je créais, même si je me suis découvert un style ? Cela m'intrigue toujours".

Dire que ce nouveau disque aura été facile serait mentir. "Aucune des œuvres reprises n'était évidemment transposable telle quelle. J'ai dû en mettre un coup pour retrouver, en version piano solo, les mêmes effets que ceux des œuvres originales". Lesquelles sont essentiellement extraites de "Muurwerk" et de "La Théorie pour quatuor à cordes", témoins de sa période minimaliste. Mais l'on croise aussi une pièce nouvelle, "Took my bath like Marat". Car ce retour au passé est d'abord une porte ouverte sur le futur pour un compositeur qui avoue "avoir retrouvé l'envie de créer".

Plus d'infos

Walter Hus sera l'un des compositeurs invités à la Journée de la musique contemporaine belge à Flagey (Bruxelles), le 27 janvier 2019 dans le cadre de La Semaine du Son.

Il présentera le projet "Supersonic Flora", le 8 février à Wavre, le 22 février à Grimbergen, et le 17 mars à Kortrijk. Plus d'infos sur sa page officielle.

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Édité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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