Vanessa Paradis a donné un concert d'enfer au Cirque Royal

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Vanessa et ses cordes: le paradis ressemble à ça...  Dès son annonce, on savait que l'on ne voudrait rater ce concert sous aucun prétexte. Reprendre les grands succès de son répertoire, accompagnée d'un quatuor à cordes, d'une flûte à bec et de percussions, quelle splendide idée...



D'emblée, la magnétique Vanessa nous explique qu'elle vient nous faire une nouvelle proposition qui met en valeur la musique grâce aux cordes, aux bois, aux peaux et aux voix. L'essai est transformé avec brio. Ce moment fut tout simplement magique.

Pendant près de 2h, Vanessa nous a séduit par sa simplicité, son naturel et a prouvé aux derniers sceptiques que sa voix possède un registre bien plus étendu et subtil qu'à ses débuts il y a près de 25 ans. Elle se marie à merveille sur ces cordes subtiles révélant ainsi l'essence même de la musique et du plaisir vocal. Ce spectacle n'était pas un concert de chanson, c'était un pur moment de grâce, un ravissement pour les vrais amoureux de musique. Les cordes ont donné la mesure d'une véritable renaissance de ces morceaux que le public connaît pourtant par coeur.  

Albin de la Simone, arrangeur hors pair, chanteur, peut mieux faire  

Vanessa est rayonnante et visiblement très heureuse de sa nouvelle proposition. Elle sait que les vrais stars du soir ce sont ses musiciens et surtout ces arrangements qui nous ont laissé complètement ébahis d'admiration. Chaque morceau a été repensé, retravaillé, et épuré pour n'en donner plus que l'essentiel à travers des instruments acoustiques. Ce travail d'orfèvre dirigé par Albin de la Simone (ami de longue date qui a également travaillé pour Souchon et M notamment) est tout simplement sublime. Il met en valeur la musique comme art vivant, capable de se réinventer sans cesse et de véhiculer tant de nuances  à l'intérieur d'émotions à fleur d'archet.

On n'en dira pas autant de la prestation d'Albin en première partie. Au croisement entre Vincent Delerm et Mathieu Boogaerts, il nous propose des ritournelles pop sympathiques et parfois drôles (Allez vous-en, j'ai des poux  ou encore Demain je mange mes amis, miam miam...) mais qui tombent un peu à plat. On est désolé de constater que la magie n'opère pas parce qu'on adore ce musicien. Sa prestation comme arrangeur a néanmoins fait de lui le roi du reste de la soirée, dans nos coeurs en tout cas.  

Elle est née pour briller

Une soirée durant laquelle Vanessa Paradis aura rendu le plus beau des hommages à chacun de ceux pour qui elle fut une muse. De Gainsbourg à M en passant par Kravitz, elle a picoré dans l'ensemble de ces 5 albums en offrant une seconde naissance aux chansons choisies.
Des chansons plus intimistes ou méconnues ont ici trouvé un écrin parfait (Junior suite, Les revenants, Marylin et John ou encore cette perle de St Germain)
Puisqu'on doit faire des choix, on retiendra également un Sunday Mondays diablement culotté en version ukulélé, le swing parfait du très jazzy Chet Baker et un Joe le taxi, impeccablement rhabillé dans des dentelles faisant penser au magnifique morceau des Innocents.

Les lumières sont simples et très belles, l'ambiance est à la fois chaude et recueillie, l'émotion en maître mot. Le public laisse exploser tout cela sur l'incendie qui embrase le cirque par un jeu d'archet et de percussions, en crescendo, avant les rappels.
Divinidyle  et Tandem à la guitare acoustique entretiennent le feu avant que La vague à l'âme  et l'inusable Dis-lui toi que je t'aime n'ajoutent encore un peu d'émotions sincères et partagées. Sur Il y a,  offert par Gaetan Roussel sur son dernier best of, la belle s'en va et nous restons émerveillés.

Ce 23 juin, au Cirque Royal on a assisté à un moment d'exception. Prions pour que la maison de disque nous en propose bientôt un enregistrement parce qu' une nouvelle date est fort peu probable. Tout ceux qui y étaient s'en souviendront longtemps. Pour sa qualité artistique, son audace et son originalité, voilà un candidat sérieux au titre de concert de l'année, un concert tellement beau qu'il  aurait pu durer éternellement...

 
François Colinet