TOP 50 ALBUMS 2015

"Interior Light" des Canadiens de Young Rival, notre album de l'année
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"Interior Light" des Canadiens de Young Rival, notre album de l'année - © Tous droits réservés

Comme chaque année à pareille époque, voici notre sélection des 50 albums qui ont fait l'année 2015. Celle-ci est bien sûr subjective à souhait et reflète notre vision personnelle des opus qui, par leur ingéniosité, leur originalité, leur impact d'ensemble, leur couleur générale et leur intérêt artistique global, valent assurément le coup d'oreille. Sur la kyrielle d'albums qui sortent chaque semaine, il a fallu faire des choix. Choisir, c'est renoncer, donc forcément des très bons albums ont été laissés à quai, mais avec ces 50-ci, vous voilà avec quelques idées cadeaux à mettre sous le sapin et surtout sur votre platine. Bonnes découvertes et bonne écoute.

1) YOUNG RIVAL "Interior Light" (CANADA)

On n'a tout simplement pas vu venir cet album...

Et pourtant, depuis octobre, pas une journée ne se passe sans que cette lumière intérieure ne vienne répandre sa félicitée en notre coeur. Troisième plaque d'un trio en provenance d'Hamilton au Canada, Interior Light représente, pour nous, le juste compromis, le parfait équilibre en 2015. Un delta musical optimal entre un rock aux mélodies que les Strokes n'arrivent plus à sortir, une indie nonchalante et foutraque façon Mac de Marco ou Ariel Pink et des influences rock rétro 60's auxquelles, hormis Foxygen sur leur premier opus, plus personne n'avait aussi bien rendu hommage. 

10 titres d'une force mélodique rare qui s'enchainent sans coup de mou. Aron D'Alesio, leader à la voix d'or, évoque le terme "croon psych" pour définir ce style improbable fait de compositions hallucinogènes chantées comme des sérénades. On a parfois le sentiment que la chanson aurait pu se retrouver sur une compil des yéyés, or elle se transforme ensuite en un méticuleux trésor de pop dorée et démesurément solaire. Le tout est produit avec ce je ne sais quel grain cocoon qui fait que nos oreilles se sentent directement au coin du feu, en pyjama en pilou et protégées par une grosse couverture molletonnée. 

Face aux différents événements stressants qu'on a connu cette année, elles avaient apparemment besoin de ça, mes oreilles. Tentez le coup, c'est apaisant !

2) KENDRICK LAMAR "To Pimp a Butterfly" (Etats-Unis)

Il était attendu au tournant après un fantastique album (Good Kid M.A.A.D City) sorti en 2012 et le moins que l'on puisse dire est qu'il a confirmé l'immense talent qu'on lui soupçonnait. To Pimp a Butterfly est un album qui a marqué les esprits à tous les niveaux et qui restera dans l'Histoire comme d'autres classiques du genre. Une pochette accrocheuse, des singles FM catchys, des clips de dingue, mais surtout du fond avec des punchlines accrocheuses et un amour sans retenue pour son fief Compton (il est également présent sur la B.O. du film Straight Outta Compton signée Dr Dre) . Des samples jazzy, un piano torturé, des sonorités rétro soul et funk. 16 morceaux qui en font un album (trop?) dense dont on ne ressort pas indemne. Le tout ponctué par une prestation 5 étoiles aux Ardentes. La star de l'année sans conteste.  

3) SUFJAN STEVENS "Carrie & Lowell" (Etats-Unis)

Autre figure de l'année, l'Américain Sufjan Stevens qui a livré un concentré de douceur et d'intimité avec Carrie & Lowell. Des textes qui parlent de son terreau familial, de cette enfance faite d'une éducation stricte, religieuse, mais empreinte de moments lumineux. Il évoque surtout la blessure du départ de sa mère Carrie, fracture immense dans son parcours de vie. Un album riche en émotions qu'il est venu défendre magistralement à Bozar. Assurément un climax de sa carrière pourtant déjà très fournie.   

4) PORTICO "Living Fields" (Angleterre)

Anciennement nommés Portico Quartet et confinés dans une sphère jazz beaucoup plus intime, les Anglais ont recentré le projet et redéfini la philosophie globale. Et grand bien leur en a pris tant ce Living Fields est d'une virtuosité désarmante. Des compositions atmosphériques et une impression globale de tremper nos oreilles dans une baignoire de cappuccino sonore à l'écoute de 101, Atacama, Bright Luck ou Memory of Newness. C'est bien écrit, d'une force mélodique rare et magnifié par les voix de Joe Newman (chanteur de Alt-J), Jono Mc Cleery et Jamie Woon. Excusez du peu...      

5) BRODINSKI "Brava" (France)

A l'instar de son pote Gesaffelstein une année avant lui, le Rémois Brodinski a réussi à vulgariser la tech-house et à la faire rentrer dans le circuit classique. Brava est malgré tout une tempête incessante d'énormes basses sombres auxquelles il rajoute une couche de sonorités futuristes géniales et sur lesquelles il fait rapper toute l'intelligentsia montante du rap U.S. subjuguée par ses prods. Une grosse claque sonore.  

6) JOSE GONZALEZ "VESTIGES & CLAWS" (Suède)

On connaissait déjà le travail magnifique du Suédois d'origine argentine via ses plaques précédentes tant en solo qu'avec son side-band Junip, et il est revenu nous en assener une nouvelle fournée nommée Vestiges & Claws. Des guitares solaires, une douceur mélodique et un son feutré. On dirait toujours qu'il débarque dans un moment où il faut apaiser l'atmosphère ambiante. Il sifflote même à plusieurs reprises comme pour dire que tout cela n'est finalement pas si sérieux. L'air de rien, de ne pas y toucher, il rajoute une ligne céleste à son palmarès et livre un des albums folk de l'année.

 

7) VIET CONG "Viet Cong" (Canada)

Bien construit, inventif, racé sans jamais verser dans le cliché, ce premier album éponyme des Canadiens de Viet Cong (qui ont désormais décidé de changer de nom pour leurs prochaines productions) est une petite perle à écouter d'urgence. Un son très 80's, participant à la vague de revival post-punk (on y reviendra plus loin dans le top - voir n°37 et 38) avec des hymnes comme Silhouettes ou le génial Continental Shelf, mais la plaque est également marquée par des titre déroutants comme l'audacieux March Of Progress.     

8) FOALS "Wha Went Down" (Angleterre)

Après plusieurs opus prometteurs, on sentait poindre le momentum de l'album abouti par la bande à Yannis Philippakis. Et What Went Down enregistré dans le Sud de la France et très bien amené médiatiquement, a en effet marqué l'année rock de son empreinte. Des clips superbes (Moutain at My Gates, A Knife in The Ocean, Give It All) des mélodies soignées et un frontman en pleine bourre et confiance retrouvée.  

9) ALABAMA SHAKES "Sound & Colour" (Etats-Unis)

On connaissait le cri de Munch. On a appris cette année à connaître le cri de Brittany Howard. Et mazette quel cri lâché par la chanteuse américaine, figure centrale du groupe Alabama Shakes au début de la chanson Don't Wanna Fight ! Un second album toujours parfaitement équilibré entre soul, blues et rock. Et par-dessus tout une voix, the voice !, comme en illustre le moment hors du temps qu'a été ce Gimme all Your Love au Cirque Royal en novembre. Une vraie diva à la Aretha Franklin ou Ella Fitzgerald. Magique.   

10) MARIKA HACKMAN "We slept at last" (Angleterre)

Une année marquée également par l'émergence de nombre de chanteuses à la voix fragile et aux textes folk et doux (voir également n°32). Et dans ce flot incessant d'albums tendres, notre préférence va à l'Anglaise Marika Hackman et à son très joli We Slept at Last sur lequel s'empilent les caresses auditives nommées Drown, Skin, Animal Fear et Next Year. Mélancolique mais lumineux.

11) IBEYI "Ibeyi" (France-Cuba)

Les 2 sœurs franco-cubaines auront fait un sacré tintouin en ce début 2015 avec leur premier album éponyme et quelques titres (River, Ghosts, Oya) qui ont tourné en boucle en FM. Une hype très vite confirmée par des prestations très convaincantes à l'AB Club, aux Nuits Bota et même à Rock Werchter dans une configuration festival de masse pas forcément adaptée à leur répertoire. Un album atypique mêlant avec bonheur R&B, chants ancestraux afro-cubains, samples ambient et cajon. Jeunesse, double-voix, générosité, bonhomie et immense sourire ultra-communicatif. Le vent de fraîcheur du début d'année.  

12) COURTNEY BARNETT "Sometimes I Sit and Think and Sometimes I Just Sit (Australie)

Incontestablement notre songwriter de l'année avec des punchlines nonchalantes et superbement non sense : "Give me all Your Money and I'll make some origami, Honey"). 2 singles très remarqués en début d'année (Pedestrian at Best et Depreston) qui font l'apologie du spleen et surtout un phrasé lent et caractéristique qui malheureusement au total de l'opus est un rien lassant sur la longueur. Joli Breakthrough quand même.  

 

13) ACTION BRONSON "Mr Wonderful" (Etats-Unis)

L'autre figure rap qui aura marqué le début d'année se nomme Action Bronson. Physique atypique de hipster à l'embonpoint assumé (c'est un ancien cuistot qui fait des vidéos de ses meilleurs gueuletons), il a lâché durant les premiers mois de 2015 tube sur tube avec Easy Rider, Baby Blue et Actin Crazy tous 3 accompagnés de clips hilarants dans lesquels il entretient son image cool et sans prise de tête. Les prods sont signées Mark Ronson et The Alchemist et l'Albanais d'origine démontre que derrière la façade parfois un peu kitsch se cache un excellent MC à la superbe voix. Petit bémol pour sa (très courte) prestation à l'AB...  

14) METZ "II" (Canada)

Une année 2015 où on aura beaucoup entendu parler de Kurt Cobain (avec le controversé documentaire Montage of Heck), de Nirvana et du grunge en général donc il était difficile de ne pas évoquer les Canadiens de Metz qui ont lâché une bombe atomique sobrement intitulée II . Sale, intense, gueulard et fait de roulements de batteries et de hurlements primaires comme on les aime.

15) GREAT MOUNTAIN FIRE "Sundogs" (Belgique)

Depuis Canopy (et sa revisite acoustique qui avait suivi), on était curieux de voir dans quelle direction allaient se diriger les Bruxellois de Great Mountain Fire. Et après un power-rock très efficace sur le premier, ils ont pris un virage psyché et rétro du plus bel effet. On virevolte d'une chanson à l'autre entre les 60's et les 70's (influence probable du lieu d'enregistrement - le théâtre américain de l’Expo 58 sur le plateau du Heyzel) et tant le clavier coloré que la basse funky serpentent agréablement entre les riffs de guitare planants. Le tout est livré avec une imagerie soignée et des performances scéniques très convaincantes (Orangerie et Dour). L'album belge de l'année.     

16) JAMIE XX "In Colours" (Angleterre)

Échappé depuis quelques temps de The XX, Jamie, beatmaker de talent et DJ reconnu dans le milieu électro (il a remixé à peu près tout le monde) a finalement (et enfin) compilé ses propres prods dans un album. Celui-ci se nomme In Colours et comme on pouvait s'en douter part à peu près dans tous les sens. Un festival de beats intelligemment entrecroisées et quelques featurings intéressants avec Young Thug, Popcaan et bien sûr Romy, chanteuse de The XX.     

17) ALAMO RACE TRACK "Hawks"   (Hollande)

La Hollande, l'autre pays du rock psyché. Les Amstellodamois d'Alamo Race Track sont en effet une des très bonnes surprises du cru 2015 qui a fait la part belle à quelques groupes bien haut perchés (King Gizzard & the Lizard Wizard, Rats on Rafts) mais ils ont peut-être un peu plus que les autres réussi à doser cette étrangeté venue d'un autre temps. C'est déstructuré certes, mais tellement intelligemment amené que ces longues plages instrumentales sont des rampes de lancement idéales à la voix charismatique du chanteur David Corel.

18) THE DISTRICTS "A Flourish and a Spoil " (Etats-Unis)

Le titre 4th and Roebling est sans doute celui qui a le plus tourné dans notre casque durant les premiers mois de 2015 tant sa fougue et ses cassures de rythmes ont enchanté nos oreilles. Un rock saturé, presque délavé et surtout étrangement mature malgré le jeune âge de ses livreurs. c'est langoureux et sale en même temps, empli de désuétude et d'émotion. Curieux et impatient de voir où tout cela va les mener.     

19) ROISIN MURPHY " (Irlande)

La chanteuse irlandaise a toujours eu un chic assez unique, en solo ou avec Moloko, pour nous raconter des histoires, même improbables. Avec ce nouvel essai étrangement intitulé Hairless Toys et fait de chansons insaisissables (Exploitation, Unputdownable), elle arrive une nouvelle fois à nous surprendre dans le bon sens du terme. Moins fan de sa prestation (démonstration un peu vulgaire où elle force le trait en changeant de tenue toutes les 3 chansons...) à l'Ancienne Belgique, mais une grande tout de même.  

20) OTHER LIVES "Rituals" (Etats-Unis)

Le groupe originaire de l'Oklahoma fait partie de ces rares combos capables à chaque opus de livrer au moins 5 titres précieux. Rebelote donc sur Rituals où d'entrée le ton est donné avec Fair Weather suivi par Pattern et Reconfiguration. Des compositions fournies mêlant teintes classiques (violon) et modernes (boîtes à rythmes) livrées par des multi-instrumentistes de talent et par la voix toujours intelligemment posée de Jesse Tabish même si l'album est un rien trop long. Other Lives est constant dans sa discographie et un "must see" en live comme l'illustre son passage au Beurschouwburg.    

21) KURT VILE "B'lieve I'm goin down" (Etats-Unis)

Guitariste et fondateur de The War On Drugs (qu'il a quitté en 2008 pour se consacrer à sa carrière solo), Kurt Vile enchainait depuis lors les albums et les tournées avec une inconstance qualitative dommageable. Avec B'lieve I'm goin down, il signe à nos yeux son premier grand opus, enfin régulier de A à Z et surtout truffé de perles catchys à l'image de Pretty Pimpin et Life Like This accompagnées de très belles vidéos. Enfin !    

 

22) MICK JENKINS "Wave(s)" (Etats-Unis)

On connaît déjà Earl Sweatshirt, on vous a déjà parlé du groupe new-yorkais Ratking et on a vu poindre un intéressant Vince Staples, mais notre chouchou de l'année en rap mélodique low-fi se nomme Mick Jenkins. Il avait déjà signé un EP interpellant nommé Water(s) l'an dernier et a remis le couvert cette année avec Wave(s). Toujours une question de liquide donc, mais qui vous coule avec joie comme une fontaine de lyrics sombres. Avec en prime un concert convaincant au VK fin octobre.  

23) YOUTH LAGOON "Savage Hills Ballroom" (Etats-Unis) 

Troisième effort studio du torturé Californien Trevor Powers, Savage Hills Ballroom a été notre opus de la rentrée de septembre. Une pop lumineuse et très instrumentale truffée de piano, de trompète et d'une voix haut perchée, toujours légèrement cassée et très caractéristique (qui rappelle un certain Neil Young jeune). Highway Patrol Stun Gun et surtout The Knower valent rien qu'à elles 2 déjà le détour et le reste se laisse vraiment écouter. Un album et un personnage touchants.   

24) STATIK SELEKTAH "Lucky 7"(Etats-Unis)

Le DJ et insatiable producteur du Massachussets Patrick Baril alias Statik Selektah a livré une nouvelle praline dorée intitulée Lucky 7 de près de 70 minutes et sur laquelle il fait rapper nombre de MC's qui ont fait 2015 comme Joey Bada$$, Action Bronson, Mick Jenkins, Ab-Soul et Big K.R.I.T. Groovy, mélodique, old school. Tout pour plaire. Sauf l'imagerie gangsta un peu vulgos. Nobody's perfect.

25) BJORK "Vulnicura" (Islande)

La sortie d'un opus de la reine islandaise - même si son dernier en date Biophilia nous avait quasi intégralement laissé à quai - est en soi toujours un mini-événement. D'autant plus quand les hackers se chargent de leaker un titre et que du coup, elle avance elle-même la date de sortie de Vulnicura. Ce 9ème effort studio, sans être spectaculaire à outrance, porte la marque de ses producteurs, Haxan Cloak et surtout Arca, jeune surdoué vénézuélien qui a sorti un ovni et assuré les beats d'une certaine FKA TWIGS l'an dernier. Du coup, c'est comme toujours ingénieux et palpitant. Un album également né d’une rupture avec l’artiste Matthew Barney avec qui elle partageait sa vie depuis des années. De la blessure naît souvent la lumière. Celle de Björk n'est vraiment pas près de s'éteindre...

26) JOANNA NEWSOM "Divers"(Etats-Unis)

L'anachronique Joanna Newsom à la voix tellement particulière était donc de retour cette année avec une nouvelle plaque nommée Divers cinq très longues années après le triple Have One On Me. Un album dont elle a comme d'habitude soigné l'illustration notamment via les vidéos des titres Sapokanikan et Divers réalisées par rien moins que Paul Thomas Anderson (pour qui elle avait joué un rôle dans Inherent Vice). La harpiste n'en a pas fini d'à chaque fois nous reconquérir. C'est juste tellement splendide et unique que si l'on adhère à cette voix singulière, on ne peut que fondre.

27) BALTHAZAR "Thin Walls" (Belgique)

Dans la foulée d'une interminable tournée qui l'a vu jouer aux 4 coins de l'Europe, le plus gros groupe belge en activité a transformé les heures sur la route en un opus titré Thin Walls à l'image du manque d'intimité que l'on peu avoir on the road. Cela a tout d'abord débouché sur 2 singles à nouveau imparables (presque contractuels?) Then What et surtout Bunker et ensuite, dans la deuxième partie de l'album, à des chansons moins directes, très marquées par les 70's et au final presque plus intéressantes que les tubes. Bel album d'un groupe très complet. On en doutait pas mais on est toujours ravi de se le voir confirmer.

28) BUZZRODEO "Sports" (Allemagne)

Un des invités surprises de cette fin d'année qui nous provient d'Allemagne (pas forcément énorme fournisseur de bon rock...) et qui porte le nom de Buzz Rodeo. Une jolie mandale sans avertissement qui glisse sans détours d'un son grunge bien sale à du post-punk mi-80's mi 2.0. Avec tout ce que ça implique comme urgence. On ne sort pas de Sports sans avoir sué mille jouissives gouttes.  

29) NATHALIE PRASS "Nathalie Prass" (Etats-Unis)

Quelle douceur que la voix de cette sublime américaine originaire de Cleveland et désormais exilée à Nashville sous la protection de Matthew E. White, musicien et surtout producteur via son label Spacebomb Records de ce premier album éponyme. Une orchestration soignée et des très beaux textes qui donnent les singles My Baby Don't Understand Me et Why Don't You Believe in me? et surtout la délicate ballade mélancolique Violently. De véritables déclarations d'amour en chanson.  

30) TAME IMPALA " (Australie)

Au faîte de la hypitude mondiale siègent les Australiens de Tame Impala passés maîtres dans l'art de conjuguer une indie très haut perchée avec des singles d'une force FM imparable comme Let It Happen et The Less I Know The Better. Du coup, ils sont connus tant par la grande foule que par un public plus pointu et exigeant. Un album une nouvelle fois spatial qui était surtout très très très attendu et qui malgré son côté finalement assez quelconque, a fait le job auprès des fans.    

31) BLUR "The Magic Whip" (Angleterre)

La GROSSE surprise de l'année que ce retour de Blur 12 ans après un Think Tank dont l'enregistrement dans les conditions que l'on sait, avait laissé des traces que l'on pensait incurables, notamment entre Damon Albarn et Graham Coxon. De l'eau a coulé dans la Tamise depuis lors et en plus des milliards de projets solos du chanteur, le groupe a donc eu le temps d'enregistrer secrètement des prises à Hong Kong que Coxon a ensuite savamment orchestrées à sa sauce pendant des mois. Cela donne un The Magic Whip plus blurien que foncièrement novateur mais qui aura au moins eu le mérite de créer un émoi notable dans la toujours très large fanbase.

32) ANNA B. SAVAGE "EP" (Angleterre)

15 minuscules minutes qui vous changent une vie. Dès la première écoute de cet EP intitulé EP et dont les titres sont simplement appelés I, II, III, IV, on chavire purement et simplement pour cette drôle de jeune femme anglaise. Taiseuse, habitée, presque déstabilisante, on l'a également récemment aperçue à l'AB et là aussi son set fut fragile, désarmant et heurtant de beauté. 15 minutes que l'on vous recommande et qui, on l'espère, préfigurent 100 autres albums de sa part. L'amour total.    

33) SILICON "Personal Computer" (Nouvelle-Zélande)

Un des rookie découvert cette année, le néo-zélandais Kody Nielson alias Silicon, poto des Unknown Mortal Orchestra, qui a sorti une plaque indie joliment foutraque nappée de sonorités bien étranges et qui semblent sortir tout droit soit de la soupe au chou soit d'une salle d'une séance de spiritisme zen en 2045. Tranquille et détendu. Dans le même ordre d'idée, on peut aussi citer LA Priest et Toro Y Moi. 

 

34) HOP ALONG (Etats-Unis)

Autre belle découverte de l'année que ce quatuor de Philadelphie caractérisé par des mélodies accrocheuses et surtout par la voix très joliment cassée de sa chanteuse Frances Quinlan capable de jouer tant dans un registre calme qu'en hurlant de douces diatribes. Une sorte de Michael Stipe au féminin en devenir, un album très cohérent et à mon sens un des morceaux rock de 2015 avec Waitress.

35) DEERHUNTER "Fading Frontier" (Etats-Unis)

Bradford Cox, leader de Deerhunter a beau être un drôle de coco dans la vie (surtout en interview...), on aime par dessus-tout qu'il le soit dans son monde imaginaire et de composition. Avec Fading Frontier, le groupe a passé ce petit palier qui l'empêchait de complètement briller en société indie. Breaker et Snakeskin sont de vrais tubes indé et là où les albums précédents pouvaient se montrer inégaux, celui-ci est cohérent de bout en bout.  

36) LUPE FIASCO "Testuo & Youth" (Etats-Unis)

Sorti en tout début d'année, Testuo & Youth a rythmé notre année rap tant il n'a jamais vraiment quitté le giron de notre platine. Un signe, souvent. Le rappeur-businessman de Chicago, sans faire énormément parler de lui comme Drake ou d'autres qui passent leur temps à chercher comment casser l'Internet, a signé une cinquième plaque bien plus profonde et jazzy que l'image de son géniteur.   

 

37) SHOPPING "Why Choose" (Angleterre)

Nouvelle super prise pour le génial label Fat Cat Records (ils ont aussi signé le dernier Traams Modern Dancing) que ce groupe londonien qui ne s'encombre d'aucun détour inutile au moment de nous envoyer leur furieux post-punk. Ils avaient déjà envoyé un bien agréable Consumer Complaints voici 2 ans et remettent le couvert avec Why Choose

38) GIRLS NAMES "Arms Around A Vision" (Irlande)

Le post-punk, la new-wave et tous les dérivés possibles de ce rock aux influences du détour des années 80 auront rarement été aussi présents que cette année. A l'instar des Canadiens de Ought auteurs d'un Sun Coming Down qui confirment la belle impression de début ou d'autres nouveaux groupes comme Future Punx ou la Warpaint Girl, Jennylee et son tube joydivisionnesque Never, citons l'opus des Irlandais de Girls Names. Énorme basse omniprésente, synthé lunaire et voix d'outre-tombe du charismatique Cathal Cully.   

39) BEACH HOUSE "Depression Cherry" et "Thank You For Lucky Stars" (Etats-Unis)

L'exploit de sortir la même année 2 albums de très bonne facture est signé cette année par le duo de Baltimore, Beach House. Une dream pop aucunement surprenante (on sait exactement où on met les pieds) mais qui aura eu le mérite de dévoiler plusieurs très bons tracks (Sparks, Space Song, Elegy To The Void, Rough Song) et de montrer que, parfois, le plus appelle le plus.  

40) ODEZENNE "Dolziger Str. 2"(France)

Le groupe bordelais s'érige en porte-drapeau d'une nouvelle génération du rap français dont Nekfeu, Booba ou autre Alpha Wann ont eux aussi fait l'année. Mais au-delà de la provoc' toujours bien présente (plus dans les clips que dans les rimes cette fois), Odezenne a sorti un vrai bel album, cohérent et musicalement un cran au-dessus de tous ses (nombreux) concurrents.  

41) BRAIDS "Deep in The Iris" (Canada)

En attendant James Blake et en trouvant Jamie Woon un peu brouillon dans ses nouvelles prods, on se demandait qui en electronica allait nous chatouiller les neurones. Le guili-guili est venu (comme bien souvent cette année) du Canada via le groupe Braids. Un album diversifié, fait de trip-hop au ralenti ou de dream pop englobante on ne peut mieux amenée par le timbre rassurant de Raphaelle Standell-Preston.

42) LITTLE SIMZ "A Curious Tale of Trials + Persons" (Angleterre)

Un de nos énormes coups de cœur sur la scène hip-hop est une frêle jeune fille de 21 ans répondant sur le passeport anglais au nom de Simbi Ajikawo alias Little Simz. Elle a déjà prêté son flow puissant à pas mal de ses petits collègues, mais a décidé cette année de sortir du bois en solo en livrant A Curious Tale of Trials + Persons avec des bombes comme l'imparable Wings. La belle promesse au niveau féminin, européen, galactique.   

43) WOODIE SMALLS "Soft Parade"(Belgique)

Quasi même constat (au niveau belge et masculin) pour Woodie Smalls originaire de Sint-Niklaas et auteur de 2 singles (About The Dutch, Champion Sound)  compilés sur l'album Soft Parade. Porte-drapeau d'une nouvelle génération hip-hop émergente venue des 4 coins du pays avec quelques noms à retenir comme L'or du Commun, Josly Meso, S-Hasch et JeanJass.   

44) LEON BRIDGES "Coming Home" (Etats-Unis)

Chaque année, on a droit à au moins un magnifique album de rock tout chill saupoudré de soul. Et cette année, c'est Leon Bridges, citoyen d'Atlanta qui a décroché la palme de l'opus qui traverse les décennies et qui nous replonge dans les années 60 via des titres comme Coming Home et Better Man. Forcément rien de révolutionnaire, mais 35 minutes qui font juste un bien fou.    

45) LOWER DENS "Escape From Evil" (Etats-Unis)

Après plusieurs essais pas forcément fructueux, le groupe de Baltimore drivé par l'ambivalente chanteuse Jana Hunter a semble-t-il trouvé la bonne formule sur cet Escape From Evil sur lequel se succèdent les titres aux mélodies 80's nonchalantes et solaires à l'image du single To Die In L.A. qui a enchanté notre premier tiers de 2015. Confirmation en live à l'Ancienne Belgique en première partie de Kurt Vile. Classe.

 

46) ASAP ROCKY "At. Long. Last. ASAP" (Etats-Unis)

Le kid de Harlem a remis le paquet de samples lents et sombres agrémentés de textes obscurs sur ce deuxième effort studio nommé At. Long. Last. ASAP. Des singles aux millions de vues (Jukebox Joints, LSD, Everyday avec... Rod Stewart), une fanbase sans cesse grandissante, un album intéressant et en contraste, une attitude exécrable de gangsta branleur aux Ardentes qui gâche un rien le tableau de l'année.  

47) BENOIT LIZEN "Naomka" (Belgique)

A l'instar du groupe Azerty dont on aurait également pu mettre le superbe album Jalhay, citons le Liégeois Benoit Lizen, atypique dans le milieu (il est chercheur en biologie) et surtout auteur d'un ovni nommé Naomka dont la particularité est d'être chanté dans une langue complètement imaginaire proche du yaourt que l'on chante étant enfant. Un monde naïf et dénué de toute mauvaise onde qui rappelle par instants celui d'Into The Wild. La belle surprise noire jaune rouge.     

 

48) BALOJI " 64 Bits & MALACHITE " (Belgique)

Arrivé en fin d'année, l'EP de l'ancien membre de Starflam nous a éclaté à la figure et a redonné des couleurs à la lente tombée dans l'hiver. Des mélodies mêlant toutes les influences de l'artiste liégeois : la rumba congolaise, l'électro, le rock, le rap bien sûr et même de la dance uk garage qui en font un des albums les plus remuants de l'année. Un appel à la danse de chaque instant.  

49) LAWRENCE LE DOUX "Pollution" (Belgique)

Poulain du très recommandable label électro bruxellois Vlek, Lawrence Le Doux a sorti un petit chef d'oeuvre d'électro minimaliste. Entre ambient et house susurrée à l'oreille, il arrive à créer un univers dans lequel on a envie de se lover. Liquide, Floor, Story, autant de bulles dans lesquelles on se glisse pour traverser les tempêtes. Joli boulot.   

50) MUGWUMP "Unspell" (Belgique)

Nul n'est prophète en son pays. Et ce n'est pas Geoffrey Dewandeler alias Mugwump, présent sur les dancefloor depuis belle lurette, qui nous contredira. Encensé par pas mal de magazines hype hors de nos frontières, il peine à faire passer en radio ses beats à la fois house, punk et disco. La chanson sexy de l'année avec Until You're Worth It, une collaboration avec l'ex-Rapture Luke Jenner et des prestations live (Dour, Beautés Soniques) absolument soufflantes. Le projet belge sous-estimé de l'année et qui méritait assurément place en ce top. 

Pour les amateurs de chansons en français voyez le Top 10 de François Colinet: www.rtbf.be

Bonne année musicale à tous.

#lavraiemusiqueestailleurs

David Salomonowicz