Sons d'Hiver, un festival qui joue la carte de l'imprévisible

"Sons d'Hiver" débute le 29 janvier.
"Sons d'Hiver" débute le 29 janvier. - © Tous droits réservés

Sons d'Hiver, le festival du Val-de-Marne qui fête son quart de siècle, est un lieu d'échanges et d'aventures musicales, dans le jazz et dans d'autres musiques, avec comme maîtres mots la surprise et l'improvisation.

Nul ne sait sur quoi débouchera la rencontre, dimanche au Théâtre de la Cité Internationale -- l'une des deux intrusions dans la capitale de Sons d'Hiver --, entre Michel Portal (clarinette basse, saxophone, bandonéon), Bernard Lubat (claviers-batterie), un autre poids lourd de l'improvisation en France, et le batteur afro-américain Hamid Drake.

"Je pourrais dire que je n'aurai pas amené un seul morceau de papier pour ce concert", a déclaré à l'AFP Michel Portal. Nous sommes des sans-papiers comme dirait Lubat, volontairement. Il faut qu'on soit libre pour voir si c'est possible".

Pour ses 80 ans, le fantasque Basque, incarnation de l'esprit du festival, s'est vu confier une sorte de carte blanche. Il se produira également le 19 février à la Maison des Arts de Créteil, et a tenu pour ce concert à reformer le groupe de "Minneapolis", son album paru en 2001 où il chauffait son free jazz au feu du festival funk, avec des musiciens de Prince.

"Je voulais les retrouver pour savoir ce que ça donne aujourd'hui, ce que devient cette musique avec le temps", explique Michel Portal, à la curiosité toujours aussi aiguisée.

 

"Hasard des rencontres" 

Ce "hasard des rencontres", Fabien Barontini, le directeur du festival, le provoquera aussi avec le duo transgénérationnel composé du batteur Daniel Humair et du saxophoniste Emile Parisien, les 4 et 5 février au Théâtre Romain-Rolland à Villejuif.

Sons d'Hiver garde toujours une oreille attentive sur ce qui se passe dans les grandes métropoles des Etats-Unis, où cette musique de jazz est née, s'est développée, s'est transformée jusqu'à aujourd'hui.

L'AACM ("Association for the advancement of creative musicians") appartient à ce continuum. Pour fêter le demi-siècle de cette institution née à Chicago fin 1965, Sons d'Hiver a programmé en ouverture, vendredi à Vincennes, le pianiste Muhal Richard Abrams, co-fondateur et premier président d'une Association.

"Il faut inscrire cette musique dans son histoire", dit Fabien Barontini.

Symbole de l'idée de continuité et de filiation qu'il défend: la présence en soirée de clôture de l'Hypnotic Brass Ensemble, une fanfare funk-jazz-rap dont les membres sont les enfants de Kelan Phil coran, autre co-fondateur de l'AACM, jouera en soirée de clôture.

Entre son ouverture le 29 janvier et sa clôture le 20 février à la Maison des Arts de Créteil, Sons d'Hiver prendra le pouls du jazz et de ses musiques cousines dans leur côté inventif et défricheur de pistes nouvelles.

Marc Ribot (le 5 février au Kremlin-Bicêtre), est dans le vif de ce sujet: ce guitariste avant-gardiste a abordé à peu près toutes les musiques dans sa carrière, les réinventant sans jamais en trahir l'esprit.

"Les grands jazzmen, quand on regarde leur histoire, sont des gens d'audace qui sont allés sur des terres inconnues, des découvreurs", dit Fabien Barontini.

Dans Sons d'Hiver, les musiques proposées conjuguent souvent le populaire et le savant. Les rappeurs Mike Ladd ou Yacine B, par exemple, traitent une musique populaire d'une façon artistique très savante.

C'est aussi la démarche du guitariste danois Hasse Poulsen et de la contrebassiste Hélène Labarrière (en duo le 16 février au Théâtre d'Ivry), qui donneront à des chansons populaires (de Stromaë, Michel Berger ou Leonard Cohen) des allures de standards.