Sofiane Pamart : le pianiste sorti du conservatoire, aujourd’hui compositeur phare de la scène rap

Sofiane Pamart est devenu, à force de travail, le pianiste de référence pour les rappeurs belges et français. Après avoir signé des collaborations avec Medine, Kery James ou encore Scylla, le virtuose a entamé une carrière en solo. Son premier album "Planet" vient d’être réédité avec six titres supplémentaires pour proposer une version "Gold". Avec une solide base classique acquise au conservatoire, l’artiste veut se diversifier et continuer à porter son univers musical au-delà des clichés.

Le petit Sofiane n’a que trois ans lorsqu’il commence à reproduire des mélodies sur son piano d’enfant. À sept ans, celui qui grandit à Hellemmes dans la banlieue de Lille intègre le conservatoire, soutenu par ses parents. Petit-fils de mineur, il embrase une formation musicale soutenue et apprend auprès de maîtres qui lui enseignent les classiques du piano et interprète les mélodies des plus grands compositeurs pour piano comme Chopin, Bach ou Debussy. De la musique classique qui le berce depuis son plus jeune âge.

Classique dans les doigts, rap dans la tête

Mais au quotidien, l’univers de Sofiane Pamart est loin de la musique de Mozart ou de Schubert. La musique qu’il écoute chez lui, c’est du Hip-Hop. Il se nourrit de cet univers rap dans lequel il se sent à l’aise.

Malgré un caractère "rebelle" et un parcours "border line", il ressort du conservatoire de Lille avec la médaille d’or en 2008. Sofiane Pamart veut alors voler de ses propres ailes et exprimer ses émotions à travers ses notes. Il donne des cours et crée un premier groupe de rap, "Rapsodie" dont il est le pianiste.

Avec son bagage classique, le groupe lance des sessions acoustiques "En Résidence" dans lesquelles des rappeurs célèbres comme Medine, Swift Guad ou le groupe "Psy 4 de la rime" interprètent leurs titres accompagnés uniquement par des musiciens.

Un "clash" savamment orchestré avec Scylla

Parmi les invités à ces sessions acoustiques, il y a le rappeur belge Scylla. Mais finalement, l’enregistrement prévu n’a pas lieu. En effet, la connexion entre le Lillois et le Bruxellois est tellement forte qu’ils décident d’entamer une collaboration plus large. Le pianiste et le rappeur à la voix grave et aux textes profonds travaillent ensemble de façon étroite pendant plusieurs années, Sofiane Pamart participe à la composition de plusieurs morceaux qui figurent sur les albums de l’un des piliers du rap belge.

En 2018, le duo fait monter la tension sur les réseaux sociaux à coups de piques. La "tension" entre les deux artistes se réglera autour d’un "clash" savamment orchestré. Filmé au Conservatoire Royal de Bruxelles, le duel entre les deux complices est diffusé sur la plateforme Youtube et fait mouche. L’alchimie est palpable entre la douceur et les mélodies du piano de Pamart en opposition avec la force brute et les textes profonds de Scylla.

Pleine Lune 1 et 2 : le piano voix revisité

Dans la foulée, les deux comparses sortent à l’automne 2018 "Pleine Lune". Un album emprunt de poésie qui remet au goût du jour la formule du piano voix dans la plus pure tradition de la chanson française. Un pari audacieux qui sera couronné de succès. Le mélange rap et piano fonctionne. Les sorties de singles comme "L’enfant et la mer", "Solitude" ou "Fumer une clope sur la lune" avec Isha se multiplient.

Les salles de concerts se remplissent d’un public très hétérogène qui assiste assis à un concert de rap un peu à contre-courant de la tendance d’un hip-hop plus festif, souvent marqué par l’utilisation de grosses "punchlines" et d’auto-tune.

Un an plus tard, le duo réitère l’expérience et propose à d’autres artistes de la scène rap de participer à l’album : Lonespi, Lord Esperanza ou le groupe belge "L’Or du Commun" apparaissent sur la "track list". Les deux complices devraient monter sur la scène de l’Olympia en 2021 après plusieurs reports en raison de la crise sanitaire.

Des collaborations avec les plus grands rappeurs

Mais Sofiane Pamart ne s’arrête jamais. En parallèle de sa complicité musicale avec le rappeur belge, il s’est doucement forgé une solide réputation de compositeur. Il multiplie les collaborations avec des pointures du rap hexagonal. S’il continue à composer pour plusieurs Médine comme sur "Bataclan", il attire aussi la nouvelle vague de rappeurs belges comme Isha sur "Décorer les murs" ou Koba LaD avec "Matin".

Dans son pays, Sofiane Pamart se fait aussi remarquer. Notamment avec "Journal Perso 2" de l’étoile montante du rap français, Vald.

Cantonner le nordiste de "pianiste des rappeurs" est cependant bien trop réducteur. Car son univers dépasse largement celui, parfois un peu stéréotypé, du Hip Hop.

"Planet" et "Planet Gold"

En 2019, il sort son premier album solo "Planet". Une invitation à un voyage intérieur au travers de cartes postales musicales inspirées, et parfois produites, aux quatre coins de la planète.

De "Medellin", en passant par "Séoul", "Le Caire", ou "La Havane", Sofiane Pamart transporte ses auditeurs au fil des émotions qui lui ont été inspirées par chacune de ces villes qu’il a eu l’opportunité de visiter. Le génie du piano en profite pour travailler son image et sort des clips esthétiques et épurés où il cultive son style élégant et raffiné.

Un an plus tard, l’album est réédité dans une version "Gold" avec l’ajout de six titres, dont "Berlin".

Une carrière diversifiée et de l’ambition

Aujourd’hui, l’artiste travaille déjà sur son prochain album et souhaite explorer d’autres facettes de son art. Il souhaite aussi se diversifier et a déjà collaboré à la bande originale du célèbre jeu vidéo "Assassin’s Creed Valhalla". Formé notamment au marketing et à la gestion, il a lancé une startup "YouPiano", active dans l’apprentissage du… piano. Inspiré par les musiques de films, il pourrait aussi s’aventurer dans la création de bandes originales.

Le pianiste est un "touche à tout" créatif aux multiples facettes qui continue à porter son univers musical au-delà des clichés. Avec toujours un seul objectif en tête, devenir le meilleur pianiste au monde.

Sujet JT du 1/12/2020