Sharko : "J'ai l'impression d'être un artisan, pas un artiste"

Sharko aux D6bels music awards en janvier 2017
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Sharko aux D6bels music awards en janvier 2017 - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Avec son album "Hometour Acoustic Woaw", David Bartholomé témoigne d’un virage essentiel dans son approche du métier, après 18 ans de carrière. Il se rend chez les gens pour valoriser l’échange et la simplicité.

Sharko creuse son sillon dans l’histoire du rock belge depuis bientôt 20 ans. Témoin privilégié d’une société et d’une industrie musicale qui s’est complètement transformée. Détendu et affable, David Bartholomé est venu nous raconter l’histoire d’une prise de conscience, devenue évidence…

" Au Fly Away Festival, en Corse, j’ai expérimenté la force de la proximité ! Suite à un problème technique, je me suis retrouvé à chanter sans sono, seul à la guitare, sous un arbre, au milieu des gens. Et là, la claque ! Au diable la technique ! Il y avait autant de puissance, de communication, de plaisir sans sono que la veille avec full band et grosse amplification ! Waouw le lien, l’échange, la simplicité, l’humanité ! Cela m’a donné la confiance de chanter sans sono, de travailler la dynamique de ma voix comme je ne l’entendais plus, parce que la technique écrase la voix. "

Et voilà comment a commencé la nouvelle aventure de Sharko, gravée aujourd’hui sur un CD acoustique. Une aventure qui est, visiblement, plus qu’une étape pour David, qui a pris de plein fouet, une évidence qui modifie son approche du métier : " le secteur de la musique a changé. La pop et le rock ont moins d’impacts que la musique électronique ou le R&B aujourd’hui. Mon style de musique est moins diligenté chez les gens. Je me suis demandé comment je pouvais faire pour réagir et quand l’idée qu’il fallait aller chez les gens directement m’a percuté, c’était tellement énorme et en même temps complètement évident ! "

Intimité, simplicité, humanité

Seul avec sa guitare, David sillonne les routes, parfois jusqu’à cinq fois par week-end, pour partager un moment d’intimité autour de ses chansons. " J’ai été très surpris par la rapidité de réaction. Je voulais faire 12 concerts et j’en suis à plus de 50 Il y a une demande folle ! Les gens sont prêts à une autre forme de promotion. On perd la simplicité dans tous les domaines dans la société actuelle. Il y a clairement chez moi un besoin et une envie de revenir à l’échange, venir chez les gens en toute simplicité, être soi, ne pas se prendre la tête. Et cela semble faire écho chez beaucoup de monde. "

En se présentant sans artifice, sans tambours ni trompette, le rapport au public est complètement chamboulé. Ce n’est plus une foule qui fixe un point d’attraction mais bien un échange beaucoup plus circulaire qui s’installe : " La proximité ne permet pas de tricher, tout est lisible les doigts sur le manche, le visage qui se déforme, les émotions sans filtre. "

L’art de ralentir

Une toute autre approche du métier qui semble lui plaire, une forme de libération sous certains aspects : " Avant je me m’étais beaucoup de pression, j’étais tellement au taquet, c’est épuisant et c’est rarement joyeux. Ici, sans pression, chez les gens, c’est totalement différent. Cela me permet même de tester de nouveaux trucs, c’est très ludique. Pour les deux premiers concerts, je n’étais pas à l’aise,  et puis tu lâche la pression et tu comprends qu’il faut juste être très naturel… "

Les versions de ses meilleurs morceaux ont, bien sûr, dû être adaptées à ce tournant acoustique, l’occasion de les redécouvrir autrement, pour lui comme pour nous : " Comme je reviens à l’essence des morceaux, il faut faire des choix. Toutes les chansons ne s’y prêtent pas. " Motels ", par exemple, est très difficile à traduire en acoustique. Pour " We should be dancing " j’ai trouvé un autre arrangement amusant. Et je joue " Sweet protection " de façon très délicate. Au départ, je pensais enregistrer chez les gens pour être cohérent, mais j’ai changé d’avis rapidement parce que c’était très accaparant pour les gens.  Avec plus d’une heure de branchements et de réglages, le charme est vite rompu et on perd la simplicité. Alors, autant enregistrer ces versions  dans des bonnes conditions.  Mais il y avait toujours des gens en studio. Pour avoir des gens à qui chanter ! "

Ce disque propose donc de redécouvrir totalement l’univers d’un Sharko, toujours en mouvement. Sillonnant les salons privés jusqu’à la fin décembre, il présentera aussi ses pépites dans quelques salles à taille humaine. Il sera notamment le 10 janvier prochain à l’Atelier 210 à Bruxelles. A ne pas rater !

François Colinet

Sharko "Hometour Acoustic Woaw"

Les dates de concerts se trouvent sur le site officiel de Sharko