Rencontre avec Hooverphonic, et leurs imperfections rétro-futuristes

Rencontre avec Hooverphonic, et leurs imperfections rétro-futuristes!
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Rencontre avec Hooverphonic, et leurs imperfections rétro-futuristes! - © copyright : Matthias Therry

Populaire depuis longtemps, leur tournée avec orchestre les a fait entrer dans une autre dimension, le groupe phare de la pop belge sort son 8e album "Reflection", aussi attendu que séduisant, qu'ils présenteront sur scène au printemps.

De la Trip-Hop au Rock en passant par la formule "Orchestre symphonique", la trajectoire musicale d'Hooverphonic a déjà connu bien des sinuosités. Après avoir changé de chanteuse en 2008 et avoir triomphé avec "The night before", ils sortent "Reflection" un album enregistré chez les gens, loin de la tyrannie technique des studios. Priorité absolue à la voix et à des sonorités authentiques pour faire passer l'émotion.

Alex Callier et Noémie Wolffs expliquent la genèse de ce nouveau disque alors que leur compère Raymond Geerts, tout en discrétion, n'en perd pas une miette...

 

 

Votre nouveau disque sort ces jours-ci. Fiers de votre bébé ?

 

Noémie : On est très fier de ce disque, personnellement je ne voudrais rien changer !

 

Alex : Et puis, il ne faut pas être trop perfectionniste. Je dirais que ce disque représente la parfaite imperfection. Il lui reste des défauts qui sont le reflet de ce que l'on a vécu ensemble. Et c'est aussi cela qui apporte l'émotion.

 

Un album qui tourne le dos aux artifices numériques...

 

Alex : On veut faire des disques hors du temps. Vous savez, certains disques des années 80 restent cool sans avoir idée de la date à laquelle ils ont été enregistrés. L'électronique ne doit pas devenir un dogme. Tout le monde utilise les mêmes plug in, on assiste à une standardisation numérique qui me paraît paradoxalement démodée. On veut, au contraire, faire des disques intemporels.

L’important, c’était la voix de Noémie, la mettre en avant, créer plus d'espace pour la voix. Les cordes et les orchestres, c'est très joli mais cela prend beaucoup de place. On a voulu des orchestrations moins chargées. Même les pianos qu'on a utilisés étaient plus petits.

 

La voix devait redevenir le véhicule premier de l'émotion ?

 

Alex : Absolument. On a aussi cherché des jeunes choristes pour donner de l'importance à ses secondes voix. Comme il n'y avait plus d'orchestre, on avait de la place. On peut faire beaucoup de choses avec des voix. De nombreux chanteurs n'utilisent vraiment pas les palettes de possibilités de leur voix. Or, ici l'objectif était justement de jouer avec cet instrument vocale dans toutes ses facettes.

 

Noémie, vous êtes arrivée dans l'aventure alors que "The night before", l'album précédent était déjà bien sur les rails. L'expérience a dû forcément être différente avec celui-ci...

 

Noémie : Oui, maintenant je suis en première ligne, même si le disque précédent reste mon premier bébé. J'ai appris beaucoup lors de tout ce processus d'enregistrement. J'ai acquis un côté plus pro mais pour chanter, j'adapte ma voix sans réfléchir. Arriver à moduler sa voix pour atteindre l'ambiance que l'on cherche, s'adapter à un orchestre ou à un petit lieux acoustique, c'est ça le challenge de la chanteuse !

Pourquoi avoir choisi d'enregistrer ce disque dans des maisons de particuliers, loin du confort des studios ?

 

Alex : Après 17 ans de studio, on a voulu sortir dans des endroits qui ne sont pas prévus pour enregistrer. Le monde standardisé nous oblige à réagir en étant original. Pas seulement dans les chansons et dans les performances mais aussi dans l'acoustique que l'on voulait unique. On a été jusqu’à enregistrer le même morceaux dans plusieurs endroits avant de procéder à un vrai collage par petits bouts : la guitare d'un tel endroit, la batterie de tel autre etc.

On a enregistré avec des instruments analogiques et on a utilisé les outils numériques modernes pour coller les différents bouts, ce qui fait vraiment d'Hooverphonic un groupe rétro-futuristes

 

Votre tournée avec orchestre fut un gigantesque succès et vous a amené un autre type de public. Comment, dans ces conditions appréhender la nouvelle tournée qui se profile ?

 

Alex : Travailler avec un orchestre, c'est super, c'est magique mais on ne veut pas s'habituer a cette magie on le refera peut-être dans 5 ans mais ça doit rester une aventure. Cela prend beaucoup plus d'énergie de tout changer, de chercher des jeunes musiciens mais la satisfaction au bout est énorme. Il faut surmonter le découragement qui arrive parfois mais le public nous donne cette énergie. Ils attendent de nous que l'on propose de nouvelles choses. On ne peut pas rester dans le confort, La voix, la mélodie, l'émotion c'est l'essence de notre travail. Orchestration symphonique ou intimiste c'est de l'emballage, c'est très important un bel emballage, mais ce n'est pas l'essentiel.

 

Entretien : François Colinet

Hooverphonic - "Reflection" (Columbia / Sony Music)

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