Rencontre avec GiedRé et son humour noir bourré de charme, à découvrir!

Rencontre avec GiedRé et son humour noir bourré de charme, à découvrir!
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Rencontre avec GiedRé et son humour noir bourré de charme, à découvrir! - © @Clément Halborn

« Mon premier album vendu dans les magasins » donne le ton : sarcastiques, cyniques et scatologiques, les chansons de GiedRé bousculent tous les tabous et décoincent toutes nos pudeurs, à découvrir ce dimanche 4 août à Ronquières et le samedi 17 août au Brussels Summer Festival.

 

Son sourire d'ange fait un contraste parfait avec son humour d'une noirceur jubilatoire. Sans aucune gêne, GiedRé (se) permet de titiller le malheur, la pauvreté, le handicap, le racisme et le sexisme ordinaire. Certains trouveront sa démarche d'une infinie lourdeur. Nous y trouvons tout le contraire : quelque chose de franchement drôle et libérateur !

 

Elle nous expose une vision lucide, et honnête de la société telle qu'elle la perçoit. Rencontre émouvante avant un mémorable concert spadois !

 

Quel plaisir trouvez-vous à égratigner les tabous dans chacune de vos chansons ?

 

GiedRé : Je n'ai jamais lu « Le dictionnaire des mots interdits ». Apparemment il existe vu tous les sujets tabous que l'on n'ose évoquer qu'à demi-mots, avec de la gravité, du sérieux ou du sentimentalisme. Je pense fondamentalement que toutes ces précautions empêchent souvent de faire face aux problèmes dans leur complexité. L'humour permet juste de parler de tous ces sujets de façon frontale, même si c'est avec cynisme et une grosse dose de dérision. Au moins, je n'évite pas les vraies questions de société.

 

Vos chansons comico-réalistes bourrées à l'humour noir vous donnent une identité forte. N'avez-vous pas peur que cela vous empêche d'écrire par exemple des «jolies chansons» poétiques plus tard ?

 

GiedRé : J'en fais un effet comique dans cette «jolie chanson» mais en fait, je ne me sens pas du tout coincée dans un rôle. Il ne tient qu'à moi de changer de style si j'en ai envie. Ceux qui se disent obligés de rester dans un certain style sont des artistes bloqués par leur ego, qui ne peuvent pas prendre le risque de s'entendre dire: «Ce que tu fais maintenant, je n'aime pas, je préférais ton style d'avant !». Je ne compose pas en fonction de ce que les gens attendent. J'aime être ce petit trublion comique mais demain, je pourrais très bien proposer autre chose. De toute façon, la liberté, si tu ne la prends pas, tu ne l'auras jamais! Je ne sais pas pour combien temps je suis là alors autant la prendre tout de suite!

 

Dans «La bande à Jacky», vous cumulez trois tabous : la sexualité, le handicap et la prostitution de façon jubilatoire. Avez-vous eu des réactions choquées ou mécontentes ?

 

GiedRé : Comme par hasard, les seules rares réactions négatives sont venues de personnes valides qui ne connaissaient sans doute rien au handicap! Au contraire, j'ai reçu des supers messages de personnes handicapées ou de leurs familles me remerciant d'en avoir parlé. J'ai même été contactée par l'association «Sexualité et handicap», qui m'a invitée à venir chanter pour leur événement l'année prochaine. Cette chanson a vraiment permis de très belle discussions et rencontres!

 

Dans «Et Toc !», vous ironisez en disant que vous êtes bien heureuse de ne pas être ni noire, ni pauvre, de vivre du bon côté de la planète. Où placez-vous la limite entre l'humour au dixième degré et la moquerie gratuite ?

 

GiedRé : Je pense que je ne me moque jamais! Je parle plutôt à tous les gens qui font semblant que les étrangers sont bien intégrés. On sait bien que ce n'est pas vrai, qu'il y a un racisme latent très présent. Que la pauvreté existe de plus en plus de notre société moderne. C'est à tous ces hypocrites qui font semblant que cela n'existe pas que je m'adresse dans cette chanson!

 

Quel rapport entretenez-vous avec les grandes figures de la chanson réaliste?

 

GiedRé : J'ai beaucoup écouté Brassens, Vian, Boby Lapointe, Fernandel aussi mais je ne peux pas savoir à quel point cela peut influencer mon écriture. De toute façon, si tu essaies de faire du Brassens, tu ne feras jamais rien de ta vie hein! Ce que tous ces maîtres m'ont appris, c'est qu'une chanson, cela peut être ce que tu veux. Si tu veux taper sur une casserole avec une cuillère en bois pendant trois minutes, tu peux, c'est ta chanson ! Quel que soit le contenu, la musique, le format. Du moment que tu chantes, tu as une liberté totale.

 

Pourquoi avez-vous fait, depuis le départ, le choix de produire vous-même vos disques?

 

GiedRé : J'ai décidé de garder une liberté totale. C'est déjà tellement compliqué de gérer ma propre dualité que je ne voulais pas avoir de comptes à rendre à personne. Je voulais apprendre les différentes étapes de la création d'un disque, l'enregistrement, la pochette, la distribution. J'ai appris plein de choses. Et puis surtout, je trouve très important d'être un choix pour les gens. Le public qui vient me voir le fait par adhésion à ce que je propose, ou en faisant confiance à un(e) ami(e) qui aime mais pas parce qu'ils ont entendu mes chansons cent fois à la radio ou parce que le présentateur leur a bourré le crâne. Du coup, j'ai vraiment une chouette histoire avec mon public!

 

On le sait peu mais vous êtes d'origine lituanienne. Avez-vous envie d'écrire dans cette langue ?

 

GiedRé : Non, je n'écris pas en lituanien même si c'est la première langue que j'ai apprise. Cette culture est assez paradoxale. Ils ont un sens particulier de la pudeur. Ils vont se rouler nus dans la neige en toute décontraction mais ils ne prononceront jamais de gros mots car ils n'existent tout simplement pas! Il faut avouer qu'avec mes textes, cela poserait un vrai problème (rires!).

 

Entretien : François Colinet

En concert le 4 aout au Ronquières Festival et le 17 août au Brussels Summer Festival

 

 

 

 

 

GiedRé " Mon premier disque vendu dans les vrais magasins"