Rencontre avec Feu! Chatterton, en toute confiance...

Feu! Chatterton
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Feu! Chatterton - © Fanny Latour-Lambert

Le quintet a sorti en mars dernier, "L’oiseleur", un des meilleurs disques francophones de l’année ! Un deuxième album entêtant, riche et ambitieux. qu’ils présenteront ce 25 août aux Solidarités et le 19 janvier à l’Ancienne Belgique. A ne pas rater !

On dit souvent que le hip- hop règne en maître sur cette décennie, que le rock est une musique d’un autre temps… En voici la preuve inverse avec l’incroyable puissance de Feu! Chatterton. Cinq potes qui n’ont comme limite que la découverte toujours plus précise de leurs goûts, leurs envies et des liens qui les unissent dans le plaisir grisant de la musique à partager.

Après l’excellente surprise de leur premier album "Ici le jour (a tout enseveli)", ils poussent encore plus loin l’exploration sur "L’oiseleur", un disque riche de leurs influences multiples. Arthur Teboul, leur charismatique chanteur, résume avec nous la teneur d’une délicieuse discussion tous ensemble sur la chanson, l’indispensable confiance et le cycle de la vie qui avance…

Après le gros succès de votre premier album et une belle tournée, dans quel état d’esprit avez-vous abordé la création de ce nouveau disque ?

Il a fallu un moment d’adaptation parce que la tournée, c’est hyper excitant mais absolument sans repère ! C’était notre première en plus. Donc, on avait le stress de ne pas décevoir les gens. On a vraiment appris le métier sur le terrain. C’était vraiment formidable mais, après, il a fallu se réadapter au vide, retrouver une intimité, retrouver son intérieur. Quand il n’y a plus d’échéances à court terme, il faut l’habiter et l’accepter.

Vous arrivez à proposer un disque très fluide à partir d’influences extrêmement variées. Comment se passe ce mélange entre votre différents goûts et envies ?

L’envie qu’on avait d’explorer ensemble a donné cette fluidité. C’est une affaire de partage, d’échange entre nous dans la joie. Nos goûts deviennent finalement les choix de tous. Plus on avance, plus on laisse l’autre libre parce qu’on a plus confiance dans les goûts des autres. Ne pas refaire la même chose, c’était la seule contrainte.

Les notions de deuil, de départ, mais aussi de renouveau sont très présentes dans les textes…

On continue de découvrir le sens de nos chansons. C’est un plaisir d’artisan de faire les choses sur un temps court, de tirer le fil sans savoir ou il va nous emmener. C’est une aventure mystique de découverte de soi… En effet, ces thèmes ont une résonance particulière parce que le hasard a voulu que l’on vive tous des moments charnières dans nos vies pendant cette période. Les coïncidences ont parfois été très loin. Après, parler de l’amour et de la mort cela réunit tout le monde, sans doute.

Le premier album était une collection de chansons déjà existantes, comme un recueil de nouvelles. Celui-ci est un roman, un refuge, un jardin, mais aussi un cours d’eau parce qu’on peut le prendre à n’importe quel endroit, les chansons coulent sans arrêt. Une ronde, un cercle, le début pourrait être la fin. Le deuil et le renouveau…

En écoutant les deux disques à la suite, on remarque que votre voix s’ouvre, élargit son terrain de jeu…

Oui. Sur le premier, j’étais un peu frustré parce qu’on n’avait pas eu beaucoup de temps pour peaufiner les voix. C’est hyper excitant de sentir sa voix qui se libère, qui se maîtrise, qui ose aller ailleurs. Du coup, on s’autorise d’autres émotions. Dans ma façon d’écrire aussi, j’évolue. Avant, je partais du texte que l’on devait mettre en musique. C’était ma sécurité. Mais la chanson, ce n’est pas de la littérature mise en musique. C’est un alliage étrange entre le sens et la forme dans un interstice particulier. Donc, un texte sur papier doit être décevant ! Du coup, je suis arrivé avec des bribes, des débuts de sens, d’histoires pour construire les chansons ensemble.

Ce disque se distingue aussi du premier par une prise de risques dans des styles nouveaux comme des pointes de soul et de funk…

On revient à la confiance qui était totale envers notre section rythmique. On a pu faire des clins d’yeux à 30 ans d’histoire de la rythmique rock, pop, funk… Pour s’aventurer dans ces rythmes là, on est obligé d’être hyper précis. C’est génial de se dire que sur un disque, tout le monde a la part belle. On a chacun la chance de pouvoir risquer des choses parce qu’on sait que les autres vont assurer. Chacun peut dire qu’il a donné le maximum sur ce disque.

Dans un monde musical où on se contente parfois de son smartphone comme seul instrument, vous oser proposer un disque ambitieux, complexe qui peut paraître difficile d’accès…

Aujourd’hui, on a l’impression que même une guitare c’est devenu presque folklorique ! C’est, en effet, un disque très dense. Es-tu prêt à prendre le temps d’y entrer ? On était préparé à l’idée que le public ne nous suive pas, mais cela marche. Les gens sont là pour partager la complexité. Et ça, c’est formidable…

Entretien : François Colinet

En concert : le 25 août aux Solidarités (Citadelle de Namur) et le 19 janvier à l’Ancienne Belgique (Bruxelles).

les dates de la tournée sont sur leur page Facebook

Feu! Chatterton " L’oiseleur " (Barclay/Universal)