Rencontre avec Emily Loizeau, qui présentera "Mona" ce samedi au Théâtre 140

Rencontre avec Emily Loizeau, qui présentera "Mona" ce samedi au Théâtre 140
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Rencontre avec Emily Loizeau, qui présentera "Mona" ce samedi au Théâtre 140 - © Micky Clement

Dix ans de carrière déjà pour l’artiste franco-britannique, qui présentera "Mona", son quatrième album au Théâtre 140 ce samedi. Coup de cœur absolu!

Il y a 10 ans, elle nous emportait à "L’autre bout du monde" dans son univers aux épices folks, gracieuses souvent, drolatiques parfois. Artiste polymorphe (chanteuse, comédienne, auteur dramatique et de musiques de film), Emily Loizeau nous touche au cœur par sa douceur mais aussi par la pertinence d’un propos sonnant souvent juste, que ce soit en français (langue paternelle) ou anglais (langue maternelle).

Nourrissantes contraintes

Après avoir revisité ses trois premiers disques sur un délicieux album au piano et violoncelle, elle réunit nombre de ses talents dans "Mona", un album né d’une pièce de théâtre jouée en janvier dernier à Paris. "Je voulais trouver le moyen d’écrire autrement, réfléchir a la construction d’un cadre précis qui restreint les possibles mais se transforme en vivier d’inspiration. Revenir aussi à mes premiers amours du théâtre, au départ d’une nouvelle que j’avais écrite. En faire une pièce avec une bande originale, qui se retrouve finalement sur ce disque."

Cette pièce, et donc cet album, nous plongent au creux de l’intime familial. Il raconte notamment la relation que l’artiste a entretenue avec Mona, sa maman, atteinte de troubles psychiatriques. Un monde dont elle a découvert les méandres, la réalité contrastée d’un encadrement à géométrie variables. "On est parfois confronté à l’absurdité du monde psychiatrique, à ceux qui ne pensent qu’avec leurs remèdes chimiques et pour qui il est difficile d’être bienveillant. Et puis, heureusement, on en rencontre d’autres qui sont vraiment dans la rencontre et l’accompagnement du patient. Ils ont besoin d’être dans la vie, avec nous, mais souvent, les personnes psychotiques dérangent. Ce constat-là est le plus douloureux."

Maternité à bascule

Au travers des pistes de "Mona", Emily évoque avec une rare délicatesse le dilemme de tous ces aidants proches obligés de trouver un équilibre, forcement culpabilisant, entre l’envie d’être présent au plus près et le besoin vital de continuer à nourrir sa vie propre vie. A la fois âgés de 8 jours et de 73 ans, elle trouve un chemin poétique et ingénieux  pour évoquer ses parents, redevenus nouveau-nés, ce basculement qui renverse la responsabilité des générations. "Devenir le parent de son parent, c’est une expérience singulière. Imaginer ce bébé de 73 ans pour les besoins de cette pièce bouleverse aussi ma vision de la maternité."   

Maternité, filiation, ce disque évoque aussi son grand-père, engagé très jeune dans les rangs de la Navy alors que sa fiancée attendait famille.  Pour faire ce choix, il faut être convaincu que l’humanisme vaincra, c’est ce qui nous manque aujourd’hui."

L’humain, ses failles, ses espoirs et leurs transmissions nourrissent chaque note d’un disque qui s’interroge sur les liens qui nous unissent avec une pertinence rare et sans rien imposé à l’auditeur.

La marque des toutes grandes!

A retrouver d’urgence sur scène ce samedi au Théâtre 140 à Bruxelles, avant de se délecter du disque au coin du feu de l’hiver qui s’annonce…

 

François Colinet

Emily Loizeau, "Mona" (Universal)