Rencontre avec Daran, la voix et la plume d'un artisan

Rencontre avec Daran, la voix et la plume d'un artisan
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Rencontre avec Daran, la voix et la plume d'un artisan - © copyright : S.Rozenbaum

"L'homme dont les bras sont des branches", Daran, rockeur à la voix hypnotique présentera son dernier album le 18 novembre au Spirit of 66 à Verviers et le 19 au Magic Mirrors à Bruxelles, pour notre plus grand bonheur !

C'est ce qu'on appelle une révélation tardive mais quel bijou ce type ! Daran, on le connaît, comme tous les amateurs de rock en français, depuis son explosif succès "Dormir dehors". Et puis, on admet ne plus s'être trop intéressé à une carrière qui n'a pas confirmé ce premier coup d'éclat médiatique. Jusqu'à ce que l'on le retrouve sur la scène des Francofolies de Spa, il y a quelques années et qu'on prenne une belle gifle, comme le chante son dernier single "Une caresse, une claque".

 

Daran, c'est un rockeur au cœur tendre, discret mais prolifique, pour lui et pour les autres. Mais c'est avant tout une voix si particulière, à la fois rugueuse et caressante, qui nous fait, à chaque fois, frissonner!

 

Une voix en or qui a trouvé son Eldorado dans la Belle Province : "Historiquement, la première fois que j'ai entendu une de mes chansons à la radio, c’était la-bas au Québec avec même mon clip qui passait à la TV ! nous confie-t- il. Alors, évidemment ça marque ! Mais déjà à l'époque, j'avais envisagé de m'y installer. Mon succès à l’époque ? Les hasards de la promotion ! Il y a avait une jeune demoiselle qui sortait d'une école de communication et qui rentrait chez Warner. On lui a filé ce groupe "Daran et les chaises" et on lui a dit : "brouille-toi !". Elle était super efficace vu qu' elle jouait son job sur ce disque, on y a gagné tous les deux !"

 

 

J'adore Dormir dehors

 

Malgré la qualité réelle de ses albums suivants, Daran restera pour nous, et pour la plupart du public, éternellement lié au fameux "Dormir dehors" et à son intro hypnotique façon angoisse de western. Un succès qui date de vingt ans et qu'il chante toujours avec autant de plaisir : "Absolument ! Je souhaite à mon pire ennemi de cartonner avec un morceau sur lequel il a fait des compromis ! Quelle chance d'avoir du succès avec un morceau que j'adore. C'est une espèce de carte d'identité. Mais il y a aussi des gens qui connaissent le reste du répertoire qui chantent tous les textes..."

 

Son dernier album, "L’Homme dont les bras sont des branches" est aussi accrocheur par son contenu que par son titre : "Ce titre est une fable qui permet à chacun de construire ce qu'il veut. Je n'aime pas trop guider, il faut laisser de la place à l’imaginaire. J'essaie de trouver un titre énigmatique pour chaque album, mais souvent le titre d'une des chansons du disque s'impose naturellement comme ce fut le cas ici."

 

Une voix mais deux métiers

 

Auprès du grand public, il s'est fait notamment connaître grâce à au beau duo "Dernier voyage" avec Maurane : "Je la vois régulièrement, en plus d'une très grande interprète , c'est une grande dame et une grande amie", se réjouit-il. Il lui a écrit plusieurs titres, tout comme il l'a fait pour Florent Pagny ou Johnny Hallyday, pour ce citer qu'eux : "Ce sont deux métiers différents. J'ai commencé tard, peut-être que j'avais peur de me perdre. C'est se mettre au service de quelqu'un, fabriquer un écrin, comprendre la mécanique des gens. Quand je travaille pour les autres, je sais mieux qui je suis. On a plus de recul, moins d'implication, du détachement que j'essaie après d'appliquer à moi-même, ce qui est moins facile ! (Rires.)."

 

Présent depuis 20 ans dans l'industrie musicale qui l'a rapidement porté aux nues avant de le laisser un peu à l'écart, il prend plaisir désormais à être son propre maître, sans pour autant tout faire tout seul : "Être le seul producteur de mon disque, c’est un choix très positif puisque cela permet de maîtriser toute la chaîne. J'ai rarement fait des compromis mais pour ne pas les faire, il faut toujours discuter longtemps tandis que là je ne dois plus discuter ! Je crois au côté artisanal, dans le sens "amoureux de son métier". La liberté, ce n'est pas de tout faire mais c'est de choisir les gens à qui tu délègues. Si je veux continuer à faire de la musique, je préfère bien m'entourer pour pouvoir me concentrer sur cet aspect".

 

Un homme charmant qui mène sa barque comme il l'entend et nous fait passer de beaux moments en musique, encore et encore. Que demander de plus ? Un petit concert ? C'est pour très bientôt !

 

François Colinet

 

En concert lundi 18 à Verviers (Spirit of 66) et mardi 19 novembre à Bruxelles (Magic Mirrors, place d'Espagne)

Daran - "L'homme dont les bras sont des branches" (Le mouvement des marées / Warner)

"Il y a un animal", le morceau qui ouvre ce disque prouve son goût pour les intros planantes, et les ambiances pesantes, son plaisir à se jouer des formats radio. Torturé dès le départ, on retrouve le Daran que l'on aime, énergique ("Kennedy"), cinglant ("La machine") épuré et tellement émouvant ("Sur les quais"). Des textes qui prennent au ventre ("Merci qui") et une ambiance délicieusement lourde font de cet album, un voyage rock exigeant et varié qui parle tant aux tripes qu'au cœur! FC

Pour rappel, "Dormir dehors"