Rencontre avec Christophe Willem, entre tristesse et allégresse

Rencontre avec Christophe Willem, entre tristesse et allégresse
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Rencontre avec Christophe Willem, entre tristesse et allégresse - © Yann Orhan

Il incarne pour nous la noblesse des chansons populaires et des plaisirs simples à partager et promet de mettre le feu aux Francofolies de Spa ce samedi 21 juillet. Avant de revenir en octobre, le 9 à l’Ancienne Belgique et le 16 au Théâtre de Mons.

Au fil des années, certains artistes ont marqué notre trajectoire journalistique. Comme, par exemple, Christophe Willem qui nous touche au cœur ! Ambianceur en maitre, prêt à éreinter son public en le faisant hurler d‘une joie simple et communicative. Véritable bombe à émotions comme nous l’écrivions lors de son passage en avril dernier.

Il se confie, entre autres, sur l’inspiration de son dernier album "Rio". Et sur sa vie presque normale de chanteur populaire.

Pourquoi avoir nommé votre nouvel album "Rio" ?

J’ai été invité à jouer au "Club France" pendant les Jeux Olympiques de Rio. Et les gens m’ont vraiment inspiré : leur mentalité, leur dynamisme… J’ai ressenti une espèce de bonté. Vu les grosses difficultés économiques et sociales, souvent ils ne peuvent pas se projeter dans le futur. Donc, ils profitent de l’instant présent. Je pense qu’il y a une forme de sagesse là dedans. Arrêtons d’anticiper, vivons ce que l’on a à vivre ! On avait déjà composé la musique mais cette expérience se retrouve vraiment dans les textes.

Le souvenir des attentats terroristes est présent également, notamment dans le magnifique "Madame"

Oui. Les attentats ont marqué la tournée précédente. Cela m’a fait prendre conscience de toute l’Importance du métier de saltimbanque, de divertir les gens. Ce besoin n’avait sans doute jamais été aussi important. On vit désormais avec cette nouvelle chape de plomb, avec des paramètres qui nous dépassent totalement.

Dans ce contexte, j’ai voulu rendre hommage à Latifa Ibn Ziaten, la maman du militaire qui a été tué par Mohamed Merah que j’ai découverte dans un reportage bouleversant. Cette femme musulmane est venu s’installer en France et a tout fait pour donner des chances de réussite à ses enfants. Malgré la perte de son enfant, elle a toujours mis en avant des valeurs d’ouverture et de tolérance. Je la vois comme un trait d’union entre les gens. Cela dérange évidemment tous ceux qui préfèrent diviser.

"Madame" rend hommage à son combat mais aussi à son parcours de résilience. L’époque actuelle grille trop les étapes. On ne prend pas suffisamment le temps de vivre le deuil. La mort d’un enfant ne s’efface jamais mais elle s’est reconstruite intérieurement pour la transformer en énergie, ce qui n’empêche pas une immense tristesse. Que ce soit à partir d’un événement tragique, d’une envie ou d’une émotion, la transformation est un processus qui m’intéresse beaucoup.

Après des morceaux très dansants, à la fin de votre nouveau disque, on retrouve des versions acoustiques. Comme les deux faces d’une même pièce…

Je ne veux pas choisir entre des choses totalement dépouillées, qui me connectent à l’essentiel, et l’incroyable énergie des morceaux "Up tempo". Le travail de production permet de sublimer les émotions, dans un sens ou dans l’autre. On retrouve ses deux facettes dans le nouveau spectacle qui résume toutes les étapes de mes 10 ans de carrière. J’ai beaucoup de plaisir à interpréter des anciens titres. J’apprécie à nouveau certains morceaux, je comprends mieux certains autres, je m’amuse.

"L’air de rien, ça fait du bien. Chanson populaire, ça en a tout l’air. L’air de rien, en un refrain laissez moi vous plaire" chantez- vous dans "Marlon Brando". Quel rapport entretenez-vous avec la célébrité ?

Franchement, je m’arrange pour que ma vie soit la plus simple possible. Le coté star ne m’amuse pas. Je préfère être propre des gens qui écoutent ma musique. Par exemple, je fais presque toujours les dédicaces avant le concert pour garder le rapport d’humain à humain. Cela permet de vraiment discuter avec les gens. Avec le show, l’excitation le concert amène une certaine "hystérisation" de la relation qui rend le lien beaucoup plus superficiel.

Ce coté chanteur populaire vient de "La Nouvelle Star" qui a tissé un lien très fort avec le public, un lien  qui les ramène dix ans en arrière, à un moment de leur vie dont ils se rappellent précisément. Populaire, pour moi, cela se traduit par le fait d’accompagner les gens au jour le jour avec sa musique. L’autre jour une dame me disait, toute émue, que ma chanson "Sous mes pas" avait pris un sens tout particulier en coïncidant avec la fin de sa psychanalyse. C’est beau ! Chaque chanson se connecte intimement avec les gens qui l’écoutent. C’est magique !

Entretien : François Colinet

En concert : le 21 juillet aux Francofolies de Spa. Le 9 octobre à l’Ancienne Belgique (Bruxelles) et le 16 octobre au Théâtre de Mons (Complet)

Christophe Willem "Rio" (Sony Music)