Rencontre avec Ben Mazué, délicieux poète de l'intime!

Rencontre avec Ben Mazué, délicieux poète de l'intime!
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Rencontre avec Ben Mazué, délicieux poète de l'intime! - © Martin Lagardere

Sur son troisième album "La femme idéale", il rend hommage à la fragilité des gens qui l’inspirent. Une vie en chanson à découvrir d’urgence et à applaudir le 29 mars prochain au Botanique!

Au fil de ses dernières années, on était devenu presque accro à son flow, à son écriture ciselée façon slam et à ses observations sociologiques. Sur "33 ans", son album précédant, il avait ainsi dépeint les enjeux de l’existence à 14, 25, 35 puis 73 ans avec une subtilité addictive.

"Sur ce nouveau disque, j’ai vraiment voulu écrire des chansons. Proposer un voyage plus cohérent dans le propos musical. Je voulais des rengaines qui se réécoutent, ce qui est plus difficile avec des textes déclamés. Je les garde donc pour la scène, ce qui donne une vraie plus-value aux concerts. L’album est d’ailleurs né autour du spectacle que je devais monter parce que j’avais déjà des dates, notamment ProPulse chez vous, pour défendre mon univers devant des professionnels. C’est en quelque sorte une bande originale du spectacle. Cela m’a aussi permis de cultiver le plaisir particulier du chant sur la longueur."

"Je les comprends, les gens, j’arrive à rentrer dans leur tristesse, dans leur bonheur, (…) et je sens que je suis des leurs." chante Ben Mazué. Famille, amis, inconnus croisés au détour d’une rue ou d’un transport, il aime rendre hommage et érige l’empathie en ingrédient premier de son écriture. "Quand j’ai l’impression de comprendre quelque chose, j’ai envie d’écrire dessus. La femme idéale du titre, ce sont ces femmes débordées entre les enfants et le boulot, entre leur homme et leurs engagements sociaux. Je les croise, à commencer par mes deux sœurs et ma femme.

Quand je les vois jongler avec tout ça, je pense parfois à ma maman, cantonnée à son foyer et qui en a souffert, qui, sans doute, aurait aimé être débordée. L’empathie est indispensable pour écrire. Je passe mon temps à élaborer des théories plus ou moins fumeuses sur les gens."

Ces nouvelles chansons témoignent également des touchantes fragilités d’un homme habité par la nostalgie et le doute. "J’ai écrit que la nostalgie est une liqueur triste mais que ça vaut parfois la peine. Le temps passe, je suis un peu cabossé, abîmé par la vie mais j’essaie de ne pas m’y réfugier trop souvent."  Le disque démarre d’ailleurs sur "J’arrive", incantation volontariste comme une perfusion de courage. " J’étais désespéré, je traversais un moment très difficile. C’est une  sorte de psaume laïc à l’adresse de l’espoir. La finalité ce n’est pas forcément de réussir, le but c’est juste l’espoir. Et puis je voulais vraiment écrire un premier morceau, celui qui lancera le disque, il me porte." Et nous aussi!

Avec "La liesse", la légèreté s’invite avec brio: "C’est le premier morceau que j’ai écrit. Venu un jour de printemps, quand il faisait beau et que tout allait bien. Si je n’avais pas été obligé d’écrire ce jour-là, j’aurais fait autre chose. J’ai toujours plus difficile d’écrire sur des choses légères. Y a pas de mots pour dire comment je vais, alors je prends le premier qui descend,  c’est exactement ce que j’ai fait, le plaisir de l’écriture automatique".

Au gré des notes et des tableaux, gros coup de cœur pour ce Ben Mazué, qui fait chanter la vie sur un troisième album aigre-doux tout en poésie, à découvrir sans tarder!

 

François Colinet

En concert le 29 mars au Botanique (Bruxelles)

Ben Mazué, "La femme idéale" (Sony)