Rencontre avec Alex Beaupain, qui se joue du temps qui passe...

Alex Beaupain
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Alex Beaupain - © Copyright - Rudy Waks

Tout est dans le titre de son nouvel album "Après moi le déluge", un quatrième album qui creuse le sillon de chansons torturées mais raffinées qu'il présentera au Botanique le 17 octobre.

La musique du film "Les chansons d’amour" a été une première carte de visite pour Alex Beaupain. L'adéquation avec l'univers artistique de Christophe Honoré semblait tellement évidente. Cette collaboration a offert un nouvel envol à la carrière d'un chanteur charmant, à la fois franc et sensible. Il nous a reçu pour un moment délicieux, loin du cynisme et des tourments qu'il prend plaisir à chanter sur un album qui s'apprivoise au long cours. Bref, un chansonnier de grande classe !

La démarche artistique est-elle la même quand on écrit pour un film ou pour ses propres albums ?

Alex Beaupain : Honnêtement, je me consolais quelque part avec la musique de film parce que, au fond, ce que je préfère, c'est écrire des chansons et les chanter. J’écris les chansons de la même façon mais les contraintes d'arrangements sont différentes. C'est du bricolage sur des images. On est au service d'un réalisateur alors que sur mes albums je suis le chef. Mais si il vient me chercher, c'est qu'il aime mon univers. A priori, cela doit donc bien se passer. Mais rien n'est jamais garanti !

Ici l’histoire est particulière : mon premier album a été un échec commercial. Ce n’est jamais agréable et donc, je me suis remis en cause, plein de doutes etc. et puis Christophe Honoré me propose de mettre les chansons dans son film et hop, elles marchent ! Grâce au cinéma, elles ont eu une deuxième vie. Après coup, je ne me suis pas tout à fait trompé ! Psychologiquement on peut dire que cela a sauvé ma carrière de chanteur; sans cela, j'aurais sans doute arrêté.

Sur l’album "De quoi battait mon cœur", il y avait des morceaux plus engagés comme "Au départ" ou "Je réponds toi"… 

Alex Beaupain : En effet. Je remarque que mes chansons sont toutes des chansons d'amour mais je voulais y mettre aussi autre chose. Elles étaient plus politiques, plus contextuelles. C'est venu parce que j'avais besoin, envie de parler d'une inversion des valeurs : le retour du sentiment "travail, famille, patrie" que je déteste. Plus globalement, la gauche a été quelque chose d'important dans ma vie. C'est essentiel d'être impliqué, de lire les journaux, d'aller voter. J'ai des amis avec qui j’adore vivre les soirées électorales ! Il partagent mes valeurs, cela se ressent dans les amitiés. Je ne pense pas que l'on puisse être amis avec des gens du camp d'en face. Mon cheminot de père, plutôt communiste, et mon institutrice de mère, plutôt socialiste m'ont beaucoup influencé. On ne peut pas rester indifférent aux choix de société auxquels nous avons la chance de pouvoir participer en votant.

La thématique du deuil semble très présente dans vos textes. Une façon d'avancer ?

Alex Beaupain : Mon amoureuse est décédée il y a quelque temps. Ces chansons étaient nécessaires pour moi mais je ne l'ai pas vécu consciemment comme une thérapie. Le but c'est toujours d'écrire des bonnes chansons sans forcément vouloir se guérir de quelque chose. Mais comme ce deuil m 'habitait à ce moment-là de façon très forte, il a forcément imprégné mon inspiration. Cela avait sûrement une fonction thérapeutique souterraine, tant mieux mais je ne l'ai pas consciemment recherché.

Dans la thérapie, il y a l'idée de raconter les choses telles qu'elles sont advenues. Si je faisiais ça en chanson, ce serait obscène, de l'ordre de la télé réalité, loin de l'idée que je me fais de la création. L’intérêt, c'est d'essayer de transcender tout cela par la musique et par la poésie que l'on peut essayer de mettre dans les textes.

Le sombre Alex Beaupain s'associe au solaire Julien Clerc. Les opposés s'attirent ?

Alex Beaupain : Julien Clerc fait partie de ces gens très rares qui ont tellement de personnalités musicales qu'on les reconnait immédiatement dans les mélodies qu'ils composent. Je lui avais proposé le texte de "La nuit c'est tous les jours"; on ne peut plus nocturne en effet ! On a une relation chaleureuse. Je me suis senti accueilli, il est très partageur et très confraternel. Il m'a proposé une musique en me disant "Vous êtes sûr que c'est pas trop joyeux pour vous ?" et je l'ai rassuré en lui disant de ne pas s'inquiéter, que j'allais y apposer un texte absolument lugubre et que le contraste serait parfait ! (Rires)

Vous avez maintenant quatre albums. Comment choisissez-vous les morceaux que vous jouez sur scène ?

Alex Beaupain : Je joue évidemment le nouvel album en grande partie puisque les nouvelles sont toujours un peu les préférées du chanteur. Pour le reste, je joue celles qu'on maitrise le mieux avec le groupe. Et puis il y a quelques chansons tirées des "Chansons d’amour" que les gens attendent. Je me fais un plaisir de les jouer parce que je suis super frustré quand je vais voir un chanteur et qu'il a décidé de ne plus jouer ses tubes. C'est du foutage de gueule parce qu'on sait que les gens viennent d'abord pour entendre les chansons qu'ils connaissent. Ne pas les jouer, c'est un manque de respect !

 

Entretien : François Colinet

 

En concert le 17 octobre, Botanique, Bruxelles

 

Alex Beaupain "Après moi le déluge" (AZ / Universal)