Rencontre avec Alain Chamfort, de retour avec un grand album !

Rencontre avec Alain Chamfort, de retour avec un grand album !
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Rencontre avec Alain Chamfort, de retour avec un grand album ! - © Boris Camaca

Alain Chamfort retrouve son ami Jacques Duvall pour un nouvel album sublime qui sort cette semaine. Après 12 ans de patience…

Jacques Dutronc l’engage comme musicien à 17 ans. Claude François le pousse à chanter. Serge Gainsbourg lui écrit son plus grand tube " Manureva ". Et Jacques Duvall prend le relais depuis bientôt 35 ans… Alain Chamfort traverse les époques. Sans faire de bruit mais de la bien jolie musique ! Après plusieurs années de discrétion, il nous rappelle avec ce nouvel album, que personne mieux que lui, ne fait sonner la pop en français…

Rencontre avec un monument, en toute simplicité, pour évoquer une carrière au long cours et un nouvel album irrésistible !

12 ans déjà que l’album " Le plaisir " annonçait votre " Grand retour ". Depuis ce disque, vous avez été plus discret, mais pas inactif pour autant…

Le temps passe vite ! Mais, en effet, depuis il y a eu cet album sur Yves Saint Laurent qui n’a pas été très exposé, notamment parce qu’on n’avait pas trouvé de distributeur. L’auteur Pierre-Dominique Burgaud et moi avons dû faire tout le travail d’un label, sans forcément en avoir les moyens. Et puis, j’ai été contacté par Universal pour faire l’album de duo " Elles et Lui " qui m’a donné la chance de partager le micro avec de ravissantes chanteuses. J’étais ravi qu’il me contacte. En espérant que cela permette ensuite de faire ensemble un album de chansons originales, ce qui ne fut pas le cas…

Ce disque aura au moins permis de faire découvrir vos chansons à un public plus jeune…

Pas vraiment, malheureusement. On n’a pas eu le temps de faire le bilan de cet album. Il est sorti au mois de mai, avec un mois de promo en juin. Mais, dès septembre, on m’a annoncé que l’on arrêtait le travail dessus. Or, il aurait fallu au moins y travailler jusqu'à Noël…

Vous avez connu de nombreuses maisons de disque et vous voilà, à 66 ans, sur un label qui fait du…développement !

Oui c’est cocasse ! Je suis passé par Flèche, le label de Claude François, puis Sony, EMI, Universal et maintenant PIAS, qui correspond beaucoup plus à ce que j’aurais toujours souhaité. Les réflexes des Majors sont avant tout liés aux actionnaires. Ils se comportent aujourd’hui comme dans n’importe quelle entreprise marchande. L’artistique a été rattrapé par le commerce. Ils doivent investir dans des périodes très très courtes. Leur principe, c’est de lancer plein d’artistes. Et dans le lot, il y en a un ou deux qui vont marcher, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Ils vont alors tout miser sur ceux-là et laisser tomber tous les autres. Les indépendants, eux, travaillent avec moins d’artistes, moins de moyens, mais sur du plus long terme ! Par ailleurs, pour PIAS, c’est l’occasion d’intégrer dans leur catalogue un artiste qui ne correspond pas à leur public habituel.

Pourquoi ne pas avoir donné de titre à votre album ?

Ce n’était pas simple de trouver un titre. On avait pensé à " On meurt ", un titre fort ! On nous aurait sûrement demandé pourquoi choisir ce titre. Mais, cela aurait pu être dérangeant. Arriver dans les radios en disant. " Voici le nouvel album d’Alain Chamfort, il s’appelle : 'On meurt'. Au secours ! L’effet de rejet aurait sans doute été immédiat. On peut comprendre que la maison de disque ait été plutôt réfractaire.

Comment votre route a-t-elle croisé celle de Frédéric Lo, le réalisateur de ce nouveau disque ?

Je ne connaissais pas Fréderic. C’est l’ingénieur du son François Delabrière qui me l’a présenté.. C’était un travail sans parachute puisque je n’avais pas de contrat, pas d’obligation non plus. J’ai toujours quelques mélodies en réserve. On a partagé nos idées. On a vite senti que l’on partait dans la même direction. On a d’ailleurs choisi ensemble les musiciens pour la future tournée.

" Joy " est la mélodie qui nous reste le plus en tête…

Une fois n’est pas coutume, elle est arrivée par les paroles. D’habitude, c’est l’inverse mais, là, je reçois ce texte léger, qui tranche avec le reste de l’album. Je l’ai lu deux fois. Et en dix minutes, la musique était faite. Si je me mets au piano sans texte, je suis devant l’immensité sans fin. Mon humeur va être déterminante. Ce texte était gai et a irradié en moi. Je suis heureux de constater que je peux encore composer des mélodies primesautières, qui donnent de la joie, c’est mon côté Trenet !

Jacques Duvall est toujours à la plume. Avec notamment une ingénieuse pirouette entre " Ensemble " et " Semblant "…

Oui, celle-là est incroyable ! A chaque fois cela me conforte que Jacques est le meilleur auteur depuis de nombreuses années. Ses fulgurances ne font que renforcer ma musique, l’intérêt de mes chansons. Notre histoire dure depuis 1981. Il est venu à mon secours par l’intermédiaire de Lio, sur l’album " Amour année Zéro ", le troisième que je faisais avec Serge Gainsbourg. Serge a repris le texte de " Souviens-toi de m’oublier " qu’il avait écrit sur une de mes musiques, pour le proposer à Catherine Deneuve, en espérant que cela débouche sur un album. Il m’a donc laissé avec ma musique, à Los Angeles. Sur conseil de Lio, je l’ai envoyée par courrier à Jaques. Et une semaine plus tard, je recevais, par téléphone, deux propositions, dont une a donné " Rendez-vous au paradis ". Depuis, on est devenu ami. Notre collaboration est devenue indispensable pour moi. C’est une évidence de travailler avec lui. Je serais très malheureux et très inquiet de ne pas faire mes prochaines chansons avec lui.

Entretien : François Colinet

 

Alain Chamfort, "Alain Chamfort" (PIAS Le Label/PIAS)

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