Raphaël à l'AB: très touchant mais trop bruyant

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Raphaël mûrit, son public aussi. Il a été chaudement applaudi dans une Ancienne Belgique bondée au cours d'un concert inégal mais séduisant. Une nouvelle date est annoncée au même endroit le 15 mai prochain...

Ceci n'est pas ni un chanteur à minette ni un rockeur

Raphaël Haroche occupe une place à part dans la galaxie de la variété française. Discret jusqu'à la sortie de son troisième album Caravane à la rentrée 2005, il sera vite catalogué par une certaine presse bien pensante comme le nouveau chanteur pour jeunes filles en fleurs. Une écoute attentive nous dévoile au contraire un disque sensible, habité, brillant de bout en bout, et remarquablement produit. Une perle rare bien mal considérée, un « délit de belle gueule » en quelque sorte. L'univers de Raphaël se rapproche bien plus de celui d'un Bashung, d'un Christophe ou d'un Eicher que d'un Obispo ou autre Mae, insupportablement à la mode.

Cinq ans plus tard nous arrive Pacific 231, nouveau disque que certains (parfois parmi ceux qui l'avaient descendu en 2005) nous présentent comme « le disque de l'année, un virage dans la carrière du chanteur résolument rebelle, une œuvre indispensable » et on en passe. A notre avis, ce nouvel album mérite que l'on s'y attarde car certaines chansons sont d'une beauté rare mais l'ensemble n'arrive pas à la cheville de Caravane. Il est plus inégal et moins cohérent malgré d'indéniables qualités.

Ces excès dans un sens puis dans l'autre prouvent que la trajectoire de Raphaël est singulière. Et qu'il oscille perpétuellement entre deux postures que l'on perçoit à tort comme opposées. Le concert de ce mercredi l'a d'ailleurs très bien montré. Raphaël n'est jamais aussi bon que quand il laisse sortir sa sensibilité avec un accompagnement minimal. Or, il se perçoit par moments comme un authentique rockeur; qu'il ne sera à notre sens jamais. Il reste d'ailleurs figé comme un piquet pendant près de deux heures.

Sensibilité étouffée sous les riffs

Le temps passe et la meute d'adolescentes criardes (parfois accompagnées de leurs chéris) a laissé la place dans le public à des (jeunes) adultes bien plus calmes et posés. L'ambiance est chaude sans être hystérique (à quelques exceptions près!) Raphaël est en forme. D'humeur blagueuse, il sait que les gens attendent avant tout les morceaux de Caravane et il en rigole. Sur ce point le public sera comblé puisque le concert s'articulera quasi exclusivement autour de ses tubes et de ses nouvelles chansons.

Son groupe est bien en place. Le son est impeccable. Mais cette posture rock gâche clairement une partie du plaisir. Le magnifique Chanson pour Patrick Dewaere est massacré par une guitare électrique mal dosée. Globalement les morceaux impliquant tout le band sonnent trop lourd, trop bruyant. Raphaël réussit de beaux effets en poussant sa voix mais l'émotion est étouffée par les décibels. Le violoncelle et les percussions sont trop souvent noyés dans l'ensemble.

Heureusement qu'il y a un autre face à ce concert contrasté. Par exemple un Caravane au crescendo émotionnel impressionnant. (C'est décidément une chanson parfaite!) L'option guitare – voix et boucles (qui permettent d'enregistrer puis de rejouer à l'envie des parties instrumentales) est privilégié sur plusieurs morceaux et cela redonne beaucoup d'authenticité. Quand il laisse paraître sa fragilité, il est irrésistible. Le tube Schengen, et les nouveaux Versailles et Dharma Blues sont très beaux, tout dépouillés et témoignent des préoccupations sociales récurrentes dans ses textes.

Le magnifique Rendez-vous écrit pour Stephan Eicher souffre terriblement de l'absence des cuivres, affreusement remplacés par un synthé. Par contre, C'est bon aujourd'hui seul au piano nous confirme dans nos convictions: le talent de Raphaël se suffit à lui-même. En rappel Le vent de l'hiver est poussif et peu inspiré au contraire de Modern love reprise de Bowie, seul à la guitare et touché par la grâce. Après avoir joué les prolongations, c'est finalement sur le Bruxelles de Annegarn qu'il prendra congé d'un public enthousiaste. La ficelle est grosse, la reprise moyenne mais la Place DU Brouckere nous a bien amusé.

Nouvelle séance pour ce spectacle le 15 mai, toujours à l'AB. Les réservations sont ouvertes.

Si vous souhaitez (re)découvrir Raphaël sous son meilleur jour, procurez vous Une nuit au Chatelet, enregistrement de la tournée acoustique de 2006. Il y reprend entre autres Bashung, Christophe, Gainsbourg, Lavilliers et Barbara. Un régal! En espérant qu'il en refera une petite à la fin de l'année...

François Colinet

Raphaël Pacific 231 (Delabel / EMI)