Quand Sade rencontre Lewis Carroll : Mai Lan, révélation musicale de la saison

"Easy" Mai Lan, album cover
"Easy" Mai Lan, album cover - © Tous droits réservés

Dans sa famille, le non-conformisme est un art de vivre. Fille du graphiste Kiki Picasso et soeur du réalisateur Kim Chapiron, Mai Lan a choisi la voie de la musique avec un premier album éponyme délicieusement surréaliste qui en fait une des révélations de la rentrée.

"Depuis que je suis petite, on crée beaucoup à la maison, c'est une façon de s'exprimer chez nous. Moi, mon frère, on dessinait beaucoup, et moi j'étais très créative en petites histoires, en petites musiques", raconte cette belle Franco-Vietnamienne aux longs cheveux noirs et à la peau ambrée.

Pourtant, Mai Lan a mis 30 ans avant de se lancer "officiellement" dans la musique, avec cet album publié lundi (3e Bureau/Wagram) avant une série de concerts cet automne dont un dans le cadre du festival des Inrocks.

Auparavant, elle s'est tournée vers la mode et a créé avec une amie Bezemymailan, une ligne de vêtements ethniques.

"La musique m'a toujours énormément attirée et en même temps ça m'a toujours fait un peu peur. Le chant est une mise en avant de soi-même impressionnante", dit-elle.

C'est son frère qui l'a convaincue de sauter le pas.

"Il a toujours su que c'était ça mon truc, comme s'il faisait abstraction du reste. Il était super fier, me suivait dans ce que je faisais, mais il m'a toujours redirigé et comme il sait qu'il a de l'emprise...", confie-t-elle.

C'est d'ailleurs dans un film de Kim Chapiron que le public a, pour la première fois, entendu la voix claire et faussement candide de Mai Lan.

C'est elle qui chantait la cauchemardesque berceuse Gentiment, je t'immole dans son premier long métrage, Sheitan.

Mai Lan partage avec sa tribu le goût "du fantastique, de l'absurde", jusque dans le choix de la pochette du disque qui rappelle les trésors accumulés par André Breton dans son fameux bureau.

"C'est mon mouvement artistique préféré, confirme-t-elle. J'aime bien qu'on puisse ne pas s'attendre à quelque chose, mais qu'en même temps on soit sur un terrain assez confortable pour pouvoir se laisser aller et prendre du plaisir", déclare cette admiratrice de Tim Burton, Terry Gilliam et Lewis Carroll.

Alors que son frère dérange et choque, Mai Lan veut faire de "l'art délicieux".

On trouve sur son album "un petit garçon à la chasse au dahu, une histoire d'amour avec mon sac à main, une histoire de quête de soi". Et même une chanson sur les huîtres, directement inspirée de Lewis Carroll, "parce que c'est un animal tellement étonnant, j'aime bien le personnifier et lui donner du caractère", dit-elle.

Musicalement très abouti, l'album, qu'elle a composé avec son ami d'enfance Max Labarthe, oscille entre pop, folk, hip-hop, trip-hop, ballades électro qui pourraient être signées par Air.

Un éclectisme maîtrisé qui reflète ses mille influences: "les muses d'enfance Sade, Kate Bush et Suzanne Vega, le hip-hop des années 80-90, la new-jack, le rock, le jazz, le classique et Schumann en particulier...".

Peu de musiciens admettent aussi ouvertement leurs références. "Peut-être qu'ils ont peur qu'on les associe à un style, qu'on se dise qu'ils ont pompé des idées. Moi, je n'ai pas de mal, parce que que ce sont des choses dont je suis tellement fan et tellement proche. Et puis ce que je fais, ça ne ressemble à pas grand chose en vérité", s'amuse-t-elle.

 

AFP Relax News