Pour Alisa Weilerstein, chaque violoncelle a son caractère

Alisa Weilerstein
Alisa Weilerstein - © MANDEL NGAN - AFP

La violoncelliste Alisa Weilerstein a bâti sa réputation grâce à un instrument considéré de loin comme le nec plus ultra, jusqu'à ce qu'elle en découvre par hasard un autre encore meilleur.

Lorsqu'elle a apporté, au début de l'année, son William Foster de 1790 chez un luthier de New York pour une visite d'entretien de routine, elle a posé le regard sur un Montagnana de 1723. "C'est l'un des meilleurs violoncelles que j'aie jamais vu", a-t-elle confié.

Un véritable coup de foudre puisqu'elle a abandonné, à 32 ans, le violoncelle de fabrication anglaise qui l'accompagnait depuis ses 16 ans. Elle a expliqué avoir toujours fait preuve de prudence face à des instruments aussi coûteux mais le trésor vénitien l'a envoûtée.

Un changement qui n'est pas sans conséquence puisqu'elle a dû apprivoiser le caractère de l'instrument, fabriqué par le fameux luthier vénitien Domenico Montagnana. "Chaque violoncelle, raconte-t-elle, réagit différemment à des éléments comme l'humidité ou les salles de concert, et s'adapte en plus à son musicien."

"C'est comme comparer une BMW et une Ferrari. Les deux sont de très bonnes voitures", a-t-elle expliqué à l'AFP à New York, où elle a récemment joué un concerto pour violoncelle de Dvorak avec le Philharmonique de la ville américaine.

"Chaque instrument a une personnalité très spécifique dans la façon dont il réagit au toucher, à la pression ou même au climat", a-t-elle ajouté, précisant qu'il lui avait fallu plusieurs heures pour comprendre son nouvel instrument.

"Je me suis rendue compte que je n'avais pas besoin d'y aller fort. Si je le faisais, y aller fort physiquement, il se fermait", a raconté Alisa Weilerstein. "C'est comme frapper une personne au lieu de lui demander quelque chose, vous n'aboutissez à rien."

"Impact viscéral"

Le Montagnana est à mille lieues de son tout premier violoncelle, confectionné avec des boîtes de céréales Rice Krispies assemblées avec l'aide de sa grand-mère lorsqu'elle avait deux ans.

Elevée à Cleveland dans l'Ohio (nord des Etats-Unis) dans une famille mélomane, Alisa Weilerstein appartient à une nouvelle génération de violoncellistes salués non seulement pour leur maîtrise technique mais également pour l'intense émotion qu'ils dégagent.

En 2011, elle a reçu la "Bourse des génies" attribuée par la Fondation MacArthur, publié son premier album "Elgar & Carter: concertos pour violoncelle" et remporté le prestigieux prix du BBC Music magazine pour l'enregistrement de musique classique de l'année.

Selon le jury, cet album enregistré à Berlin sous la direction de Daniel Barenboim a offert pour la première fois depuis des années le célèbre concerto d'Edward Elgar "avec une sorte d'impact viscéral".

La violoncelliste a un agenda bien rempli, avec des représentations prévues d'ici mai à travers l'Europe et l'Amérique du Nord, à Tokyo et Taipei.

Discuter avec Beethoven

Dans son dernier album, elle interprète des oeuvres de Zoltan Kodaly ainsi que des travaux plus expérimentaux comme "Seven tunes heard in China" du compositeur sino-américain Bright Sheng.

Elle passe des riches tonalités caractéristiques du violoncelle à des sons de la musique folk chinoise. Sur l'un des morceaux, elle joue de son instrument favori avec un médiator de guitare et sur un autre, elle tape dessus pour figurer des tambours tibétains.

"J'ai passé un moment merveilleux avec tout ça. J'ai toujours été fascinée par des cultures différentes et par des instruments indigènes", a-t-elle expliqué.

Bright Sheng a été ravi de l'interprétation surprise de son morceau composé il y a une vingtaine d'années et Alisa Weilerstein a apprécié de pouvoir discuter avec le compositeur.

Les musiciens classiques occidentaux ont tendance, selon elle, à respecter obstinément les indications des compositeurs. Mais échanger avec un compositeur permet de s'apercevoir que les auteurs eux-mêmes changent d'idée sur la façon de jouer leurs oeuvres à travers le temps.

"J'aurais aimé pouvoir poser tellement de questions à Beethoven, avant qu'il ne soit sourd", a relevé la violoncelliste. "Il paraît que c'était un homme très difficile mais j'aurais adoré pouvoir l'entendre jouer sa propre musique."

 

AFP Relax News