Vingt-cinq ans de succès pour le Spirit of 66 à Verviers

25 ans de succès pour le Spirit of 66 de Francis Geron à Verviers
3 images
25 ans de succès pour le Spirit of 66 de Francis Geron à Verviers - © Philippe Collette

Cela fait 25 ans que le Spirit of 66 à Verviers fait partie du paysage musical du pays. Avec au total plus de 3700 concerts à son actif.

Cher à Francis Geron, le Spirit of 66 traverse donc les décennies avec un succès qui ne faiblit pas auprès du public belge mais aussi d’un large public étranger, venu parfois de très loin pour applaudir un artiste.

Une histoire étonnante que celle de ce club de musique né un peu par hasard! Car l’idée du Spirit ne vient pas de Francis Geron mais bien de son fils: ce dernier souhaitait ouvrir un café  avec un ami; il y prévoyait un concert le vendredi soir, une ambiance discothèque le samedi soir et un simple bar le reste de la semaine.

A court de ressources matérielles et financières, les jeunes amis décident de faire appel à Francis Geron pour qu’ils puissent assurer l’ouverture de l’établissement. L’ancien bassiste de Pierre Rapsat se pique au jeu: il vient à la rescousse et décide de programmer les concerts du vendredi. Le 1er juin 1995, le groupe liégeois "François Monseur  Blues Band" inaugure la scène dressée dans un ancien cinéma porno du centre-ville, temporairement transformé en fast-food. Le Spirit of 66 est né!

Le DJ du samedi est très vite remplacé par un deuxième concert car cela engendrait moins de souci, puis le public manifestera son souhait d’applaudir des artistes également en semaine: deux ans plus tard, 24 concerts sont organisés par mois!

Le vrai déclic: Paul Rodgers en 97

Pour Francis Geron, le déclic s’est produit lors de la venue en 97 du bluesman, rockeur à ses heures, l’Anglais Paul Rodgers, celui-là même qui a chanté avec les musiciens de Queen après la mort de Freddy Mercury. En fait,  par ce concert d’une star de la musique, artistes et public ont accordé de la crédibilité à un club de Province, loin des grands centres. "Quand on a pu organiser ce concert", raconte Francis Geron, "les gens se sont dit: comment est-il possible d’amener une telle pointure dans un club à Verviers? On l’a fait, on a réussi, et c’est ce concert qui a vraiment lancé le Spirit. Il lui a donné de la crédibilité pour la suite de l’histoire. Des gens ont commencé à venir de loin au Spirit, de toute la Belgique et de l’étranger. De plus, la situation géographique nous est favorable. Par exemple un groupe peut partir de Londres le matin et jouer le soir à Verviers, mais pas à Francfort car c’est trop loin. Le Spirit est en fait bien placé pour une escale concert d’un groupe qui rentre ou vient de Londres".

Éclectique mais classic rock avant tout

Connaisseur en musique  - mais pas de tout, ce serait prétentieux, avoue Francis Geron lui-même – le patron du Spirit programme les musiques de sa génération. Il est né avec les Beatles et les Stones et a baigné dans le rock des années 60, 70 et 80 qui fut leur contemporain.

Pas étonnant que la programmation soit d’abord classic rock, style Classic 21. Pendragon, Slade, Wishbone Ash, Nazareth, Uriah Heep, Canned Heat,  Barclay James Harvest, Dr Feelgood, Pavlov’s Dog, Iron Maidens, Manfred Mann’s Earth Band, Marillion, Ike Turner, The Animals, Steve Hackett, entre autres, sont montés sur la scène verviétoise, mais Francis Geron ne néglige en rien la chanson française qu’il apprécie. Jugez plutôt avec ces monuments français qui ont aussi fait vibrer le Spirit: Axel Bauer, Daran, Ange, Duteil, Leforestier, et autre Bertignac: "Le problème aujourd’hui, c’est que les artistes français sont quand même chers", constate le patron du Spirit. "Et leur cachet ne permet pas de rentabiliser une salle d’une capacité de 350 personnes au grand maximum".

La programmation fait aussi la part belle à l’actualité musicale: Hooverphonic, Sttellla, Arno, Jacques Stotzem, Machiavel, Ozark Henry, Typh Barrow, Romy Conzen, Sirius Plan, Gens de la Lune, Girls in Hawaï, et même Joe Banamassa, pour ne citer qu’eux,  ont tous foulé les planches du Spirit, sans oublier BJ Scott que Francis Geron a lancée bien avant The Voice: "On la programmait bien longtemps avant", raconte Francis Geron, "mais lorsqu’elle a été jury dans The Voice, ce fut la folie. Vu la demande, on a dû la programmer 5 jours de suite, du jamais vu! On a presque fait la même chose avec Typh Barrow avec quatre concerts consécutifs."

La programmation plus que le lieu

Si l’on ajoute l’engagement d’excellents coverbands belges et étrangers (Beatles, Dire Straits, Phil Collins, Queen, Pink Floyd, France Gall, Muse, Supertramp, AC DC, les Stones avec Bouldou, Abba, Led Zeppelin, Bob Marley et bien d’autres), il apparait une grande diversité de style qui a permis de constituer un public large et fidèle dans ce lieu improbable, décoré à l’américaine aux murs quelque peu délavés, à l’ambiance chaleureuse et doté d’une acoustique remarquable.

Mais pour le patron, ce n’est pas le lieu qui fait le succès: "Certainement pas, c’est la programmation", dit-il. "On vient pour les artistes, pas pour la salle. Quand j’ai des spectateurs qui viennent en avion d’Espagne ou de France, voire plus loin, ils viennent pour écouter un artiste dont ils sont fans." 

Certains artistes se sont produits plusieurs fois: "Ils reviennent au Spirit avec plaisir car ce n’est pas partout que le patron aide à débarquer et monter le matériel ou fait même le son du concert si le groupe n’a pas d’ingénieur son dans l’équipe. Ce côté familial a aussi joué sur notre succès".

En 25 ans, Francis Geron ne peut épingler des concerts phares tant il y en eut. Tout de même, celui de Paul Rodgers reste marqué dans sa mémoire mais il ne peut oublier les deux concerts de son ami, le regretté Pierre Raspat: "Je n’osais pas lui demander de venir chanter chez moi car il menait une belle carrière et financièrement, ce n’était pas très rentable pour lui; mais un jour, afin de préparer une nouvelle tournée, c’est Pierre qui est venu me demander de jouer deux fois au Spirit. J’étais évidemment très content!"

L’avenir ?

Contraint à la fermeture depuis mi-mars pour raisons sanitaires, le Spirit of 66 ne devrait pas rouvrir avant septembre, si tout va bien. "J’avais tout prévu sauf ça", regrette Francis, "une fermeture due à un événement extérieur, et donc forcée, ça, je n’aime pas. On est dans le flou. Si on peut recommencer, on y va mais jusque quand, impossible à dire."

Et preuve de la motivation intacte du patron du Spirit, 41 concerts figurent toujours à l’affiche d’ici fin décembre. Le premier concert est prévu le 4 septembre avec l’excellent coverband de Seraing BeFloyd qui interprétera le répertoire de Pink Floyd.

Infos : spiritof66.be