Pierre Lapointe, dépressif lumineux, pour deux soirs au Botanique

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Le fantasque québécois est de retour chez nous, le temps de nous enchanter en version piano / voix. Occasion unique de (re)découvrir la sensibilité qui se cache derrière ses faux airs d'amuseur provocateur. Un répertoire qui chante le mal de vivre avec une troublante beauté. Rendez-vous pour la mise à nu ce lundi soir au Botanique.





























Mieux vaut en rire. Et pour l'humour noir il a toujours une longueur d'avance ! Alors que cette soirée s'annonçait musicalement délicieuse, elle s'est transformée en cauchemar pour Pierre Lapointe. Nous étions le 16 novembre dernier. Après 7 chansons, celui vers qui toutes les oreilles s'étaient tournées avec gourmandise pendant une trentaine de minutes nous annonce, l'air livide, qu'il ne se sent pas bien et demande de faire une pause. Une pause qui s'éternisera, l'artiste ne reviendra pas ce soir-là. C'est pour lui sans doute la pire des frustrations et pour nous une grande première. Jamais nous n'avions assisté à un concert interrompu en cours de partie !

Le moment était donc particulier ce dimanche. La salle comble attend son chouchou avec avidité. Ce soir, nous connaîtrons la suite de l'histoire, enfin ! Et pour se faire pardonner, ce gentleman a prévu une deuxième date ce lundi au même endroit. Avant de démarrer, il tourne cette situation en ridicule, assurant que l'on a été témoin d'un moment unique dans sa carrière. Cette soirée de rattrapage s'annonce sous les meilleurs auspices...

Une tournée essentielle

Rencontré quelques minutes avant ce rendez-vous manqué, Pierre Lapointe nous indiquait combien « cette tournée est importante pour moi. C'est une étape qui marque 10 ans de carrière. À chaque disque j'essaie de nouvelles choses et je tenais particulièrement à revenir à l'épure de mes chansons pour me présenter face au public. Beaucoup de spectateurs sur cette tournée sont déjà venus me voir et connaissent la plupart des textes. Ils aiment me retrouver de façon plus intime. Par contre ceux qui me découvrent avec ce disque seront assez surpris quand ils entendront mon prochain projet. Ce spectacle piano / voix n'est qu'une parenthèse mais une parenthèse essentielle.»



Une tournée que l'on avait pu découvrir en partie sur disque puisque que les prestations à Montréal ont fait l'objet d'un très bel enregistrement. Un de nos confrères nous disait «j'aime bien mais ça fait un peu vieilles chansons .» Mais justement c'est ce qu'on aime dans ce projet !  la simplicité des arrangements qui laissent toute la place à des textes souvent touchants, parfois décalés (Le bar des suicidés, La reine Émilie) et toujours extrêmement sensibles.

Un beau petit bout de Québec

Certes, les humeurs de Pierre Lapointe sont souvent sombres voir dépressives. Sur scène, il en joue dès le départ, promettant au public de sombrer dans une déprime profonde après quelques minutes. Mais en discutant, il explique sans détours : « J'ai eu très tôt conscience de la gravité de l'existence, que la vie était lourde à porter. Je dis souvent d'ailleurs qu'elle ne sert à rien, profondément. J'ai trouvé un échappatoire dans l'art, pour rendre ce poids plus léger. Et je le vis beaucoup mieux maintenant. Le côté dépressif en spectacle, c'est une posture, c'est de l'humour pour exagérer l'atmosphère véhiculée par mes chansons. Mais je quitte cette peau dès que je sors de scène. Cette barrière est très étanche.»

Poète sensible qui fait semblant de se prendre au sérieux, il nous permet, avec cette tournée Best of au piano, de redécouvrir des chef d’œuvre comme Tel un seul homme texte sublime sur l'impuissance qui fait de nous des Hommes. Bavard, il prend le temps d'expliquer certaines chansons. Il se fait émouvant en posant le décor de Moi Elsie, écrite avec le parolier Richard Desjardins pour la chanteuse inuit Elisapie Isaac