Pierre Lapointe au Whalll : sublime "Bonjour tristesse" !

Pierre Lapointe au Whalll : sublime «  Bonjour tristesse » !
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Pierre Lapointe au Whalll : sublime « Bonjour tristesse » ! - © John Londono

L’artiste québécois  à donné un concert en trio et en toute intimité ce mercredi soir pour présenter son album "La science du cœur" et voyager dans l’ensemble de son répertoire. Magistral !

Voilà plus de 10 ans, on découvrait les états d’âmes poétiques et torturés de Pierre Lapointe grâce à "La forêt des mal aimés", un deuxième disque flamboyant, sorti en 2006, avec des irrésistibles cordes…sensibles. Si il y avait  un qualificatif à donner à son répertoire et à sa personnalité, ce serait bien celui-là !

Sensible à l’amour et à ses innombrables soubresauts, sensible à la reconnaissance du public, évidemment, mais aussi sensible à la pureté et à la beauté sous toute ses formes. Les choix artistiques de cette nouvelle tournée en sont la meilleure illustration.

Coutumier des récitals en piano solo ces dernières années, le voici en formule trio avec toujours un piano mais accompagné aussi d’un marimba, sorte de grand xylophone joué par une "marinbiste" à la fois efficace et discrète. Le tout est magnifiquement soutenu par une scénographie visuelle formée d’un cercle de tiges lumineuses aux couleurs et longueurs changeantes au gré des humeurs.  Ingénieux et tout simplement beau !

Ce décor sobre et épuré contraste d’emblée avec la veste bleu phosphorescente de l’artiste qui assume ici le contraste de son caractère à la fois profondément mélancolique et férocement drôle. Une double face qui se traduit aussi dans sa discographie puisqu’il vient de sortir "Ton corps est déjà froid", un disque de rock-punk enregistré avec un groupe d’amis, les " Beaux sans-cœur ".

Mais, ce mercredi soir, c‘était  l’amour, toujours ! Qu’il soit naissant, passionné, déçu ou renaissant comme dans le poignant "Retour d’un amour", chaque chanson est une variation le même thème. Complètement assumé, comme la tristesse qui les accompagne. Pierre Lapointe prévient même le public de ne pas s’emballer avant d’enchaîner deux chansons "joyeuses". "Elles sont joyeuses, oui, mais joyeuses comme une fête de Noel… que l’on passerait tout seul ! "

A chaque tournée, cette posture nous fait chavirer. Elle sert de paravent à  un homme fragile dont les mots touchent souvent la grâce en toute simplicité. Ce fût encore le cas cette fois-ci avec notamment l’audace de ce marimba qui permet de réécrire les couches mélodiques de la plupart des titres, leur offrant ainsi de nouvelles parures à admirer.

Picorant dans l’ensemble de sa carrière, il termine en se demandant comment son tube "Deux par deux rassemblés" sera exploité à sa mort, avant d’en offrir une version au piano, épurée et essentielle, comme (à peu près) toute les chansons de cette délicieuse soirée.

François Colinet

Pierre Lapointe " La science du cœur " (Columbia / Sony Music)