Musique en streaming : YouTube met la pression sur Spotify

"YouTube Music Key" permettra à l'auditeur d'échapper aux publicités et de poursuivre son écoute quand il verrouille l'écran de son smartphone ou utilise une application autre que celle du service de vidéo en ligne, explique la filiale du géant internet Google sur son blog officiel.

Le service est proposé dans un premier temps en version test (beta) et sur invitation aux "plus grands fans de musique" de YouTube dans sept pays: Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Finlande, Portugal et Irlande. Google prévoit toutefois de l'étendre à davantage d'utilisateurs et d'autres pays "dans les prochains mois".

Le tarif annoncé de 9,99 dollars par mois (ramené provisoirement à 7,99 dollars) inclut aussi l'accès aux plus de 30 millions de titres de Google Play Music.

YouTube, que Google avait racheté en 2006 pour 1,65 milliard de dollars, était initialement consacré au partage gratuit de vidéos d'amateurs mais propose de plus en plus de contenus professionnels et a lancé l'an dernier de premières offres de chaînes payantes.

L'accès gratuit "nous a permis d'arriver à un milliard d'utilisateurs", soulignait encore fin octobre sa patronne Susan Wojcicki, "mais il va y avoir des cas où les gens vont dire: je ne veux pas voir les publicités".

Au-delà de son nouveau service payant, YouTube va améliorer son interface pour tous ses utilisateurs fans de musique pour leur permettre notamment d'écouter des albums entiers d'artistes et d'accéder plus facilement à des "playlists" préprogrammées.

Taylor Swift contre Bono

La filiale de Google se disait déjà "le plus grand service de musique de la planète" mais avec ces nouvelles offres, elle s'affirme comme un concurrent direct des services de musique en streaming, qu'il s'agisse de ceux entièrement gratuits comme Pandora Media, ou proposant parallèlement une offre "premium" payante sans publicité, comme le leader mondial suédois Spotify ou le Français Deezer.

Ces plateformes en plein essor se substituent de plus en plus aux ventes de disques physiques, une évolution qui n'est pas sans inquiéter de nombreux artistes et maisons de disques.

Spotify, justement, s'est retrouvé sous les projecteurs quand la chanteuse américaine Taylor Swift a décidé la semaine dernière de retirer l'ensemble de ses chansons du site.

Le groupe suédois avait répliqué que près de 70% de son chiffre d'affaires était reversé dans l'industrie musicale et fournissait une alternative économique au piratage, qui "ne donne pas un centime aux artistes".

Il avait aussi reçu le soutien du chanteur du groupe de rock irlandais U2, Bono, qui avait jugé "évident que le passage au numérique ne se fait pas sans un certain traumatisme" mais avaut souligné que "les services de streaming constituent un formidable moyen de toucher le public".

Beaucoup d'artistes estiment néanmoins n'être pas payés à leur juste valeur quand leur musique est écoutée en streaming.

En France, l'Adami, principal gestionnaire des droits des artistes et musiciens interprètes, dénonçait encore la semaine dernière un "partage inéquitable" des revenus entre les artistes et les intermédiaires (producteurs et plateformes internet payantes).

Aux Etats-Unis, la fille du chanteur Johnny Cash, Rosanne, avait pour sa part expliqué en juin lors d'une audition au Congrès que les musiciens se sentaient "marginalisés et dévalués", évoquant des cachets de seulement 114 dollars pour 600.000 écoutes en streaming d'une chanson.

Reflet de ces tensions, les négociations menées par YouTube avec les maisons de disques pour lancer son nouveau service n'ont pas été sans heurts.

Il avait notamment menacé il y a quelques mois de retirer de sa plateforme en accès gratuit des vidéos d'artistes comme Adele ou les Arctic Monkeys, produits par des labels indépendants, si ceux-ci refusaient les conditions tarifaires proposées pour le service payant.

L'agence de gestion de droits Merlin, qui représente 20.000 labels indépendants, avait finalement signé un accord il y a quelques jours, selon le Financial Times, après les trois grandes "majors" du disque (Universal, Sony et Warner).

 

AFP Relax News