MO et Banks, le ying et le yang générationnel

La sculpturale Banks à la Rotonde
La sculpturale Banks à la Rotonde - © © RTBF – David Salomonowicz - 2013

Opposition de style entre deux jeunes chanteuses du même âge mais qu'à peu près tout oppose. Comparaison n'est certainement pas raison, mais tentons l'exercice.

25 printemps au compteur pour les deux jeunes femmes. Pas encore vraiment connues, mais en passe de l'être. Des collaborations intéressantes avec des producteurs dans la place et petit à petit des concerts dans des bonnes salles.

 

Vendredi soir, la danoise MO (normalement avec une barre dans le O, mais j'avoue ne pas savoir comment la mettre...) débarquait à l'AB Club. Tandis que ses cousins scandinaves de Trentemoller (là aussi mettez la barre dans le O) remplissent la grande salle, Karen Marie Orsted de son vrai nom (avec une barre dans le O itou) va offrir un set haut en couleurs.

 

Non seulement, l'imagerie qui l'accompagne dans ses clips est là aussi présente sur grand écran, mais c'est surtout son énergie débordante qui va nous laisser une belle impression. Sûre d'elle, d'une confiance inébranlable, elle saute dans tous les sens (même dans le public à de nombreuses reprises) tout en gardant une maîtrise parfaite de sa voix.

 

Musicalement, elle enchaine ses différents singles (qui n'ont jusque là pas fait l'objet d'un album ou d'un EP) comme Maiden et XXX88 dans une version un rien plus soft que celle qu'elle a enregistrée avec Diplo, le beatmaker de Major Lazer. Accompagnée par un batteur, un guitariste et un bidouilleur de "nouveaux" sons, son style est une sorte d'indie assez pop avec des influences des 80's. Ca tape pas très loin de la canadienne Grimes (et elle est presque aussi barrée) mais en plus accessible.

 

Même quand le flow se fait plus lent, cela reste très agréable, et surtout elle va chercher le public avec des colorations funky quasi reggae dans les compos. Elle termine par deux de ses titres-phare : Pilgrim et Glass. On reprend son souffle et on a du mal tant sa prestation est harrassante. On est presque fatigué pour elle tant elle a donné de sa personne. C'est de la juvamine sonore et communicative avec le pari difficile, mais réussi de canaliser son énergie pour rester juste sur toute la ligne. Vivement l'album et vivement la prochaine joute.

 

 

Dimanche soir, c'est une (très, trop?) jolie résidente de Los Angeles qui se produit sur la magnifique scène de la Rotonde au Bota. On est curieux tant la jeune femme est (très, trop?) rapidement sortie de nulle part avec une série impressionante de clips plus lêchés les uns que les autres, un logo hipster (très, trop?) designé et des photos arty de la donzelle à foison.

 

Bref, ça flaire le coup marketing en plein et les premiers instants de la prestation de Banks ne vont pas forcément nous rassurer. Que du contraire même tant sa voix est déformée par je ne sais quel effet synthétique qui la rend extrêmement (très, trop?) proche du single This is what it feels like. Regards mal à l'aise dans l'assemblée. En plus de cet effet de doute dans lequel elle nous plonge, elle aussi en semble remplie tant elle apparaît crispée et tendue sur scène. Littéralement en apnée...

 

Les effets bizarres disparus, elle enchaine avec des chansons RNB langoureuses dont les textes proviennent d'une rupture amoureuse. Rien d'original, mais enfin une voix humaine, certes tremblante, mais humaine. C'est même assez joli. Par contre, elle a une gestuelle très étrange, là aussi empreinte d'un manque énorme de confiance en soi. Au niveau musical, elle est heureusement entourée de deux très bons musiciens qui lui servent des caviars sur un plateau. Ca sonne bien, mais il manque une réelle incarnation dans l'interprétation. On retiendra cependant le morceau Bedroom wall perdu au milieu d'un set (très, trop?) court de 38 minuscules minutes ponctué par ses deux autres tubes : Waiting Game et Warm Water. Mettons également de côté cette reprise laborieuse de Ex-Factor, chef d'oeuvre de Lauryn Hill... Il est de ces montagnes qui s(er)ont trop hautes à gravir, darling...

 

En fait, c'est une impression globale de fake qui nous reste en travers de la gorge car la jeune femme est éminement sympathique. On a presque la sensation qu'elle ne maîtrise absolument rien de ce qui lui arrive. Elle avoue par exemple qu'elle hallucine de se dire qu'un an avant, elle écrivait ses petites chansons seule dans sa chambre. Comme si des producteurs en chasse d'un nouveau "produit" à marketer avaient jeté leur dévolu sur une jeune et jolie californienne avec une voix potable et avaient décidé d'investir des sommes rondelettes en imagerie et en demandant des titres à des producteurs de talent (Totally Enormous Extinct Dinosaurs, Sohn et Jamie Woon!). Sur album ou en clip, ça fonctionne à merveille. Sur scène, le manque de travail et de métier sautent directement aux yeux.

 

Dommage car sans tous ces artifices inutiles et en lui laissant le temps, on se dit qu'il y aurait peut-être même un potentiel à creuser. Là, on se dit qu'elle aura du mal et à devenir un buzz à la Lana del Rey et à se débarasser de l'étiquette de mannequin qui chante.

 

L'authenticité danoise plutôt que la superficialité de Los Angeles. Ce n'est pas forcément neuf, mais ça se confirme. MO-BANKS 1-0. Sans hésitation...

 

David Salomonowicz