Midlake renaît ! Le nouveau chanteur nous parle d' "Antiphon"

Midlake
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Midlake - © PIAS

Trois ans après le magnifique "The Courage of others", le groupe texan, orphelin de son leader, ouvre un nouveau chapitre en toute liberté, "Antiphon", disque plein de belles promesses, à découvrir le 2 mars à l'Ancienne Belgique.

La musique, c'est bien connu, est avant tout une histoire d'émotions. Et Midlake en est, pour nous, la meilleure illustration ! Un samedi radieux de juin 2010, des centaines de personnes sont rassemblées dans la douleur pour saluer la lumineuse mémoire de Denis Wielemans, batteur de Girls In Hawaii, décédé tragiquement sur la route quelques jours plus tôt.

C'est lors de cette cérémonie, d'une puissante beauté, qu'a frappé à nos oreilles la mélancolie enchanteresse de Midlake, que Denis aimait tant. Sa famille et quelques amis ont interprété "Act of men" avec une telle profondeur que la magie disputa au tragique ce moment unique et que l'album "The Courage of others", ne quitta plus nos platines pendant des semaines. Trois ans plus tard, le sourire de Denis accompagne toujours nos écoutes de ce disque magique, cocktail subtil entre rock progressif et old folk façon Pentangle ou Fairport Convention.

 

Dérouter pour rester en vie...

 

Comme cet album restera à jamais comme un chemin direct vers nos émotions les plus enfouies, nous étions partagé, à l'annonce de la sortie d' "Antiphon" entre une extrême excitation et une terrible angoisse de déception. Angoisse doublée d'une curiosité puisque le groupe annonçait rien moins que le départ de son chanteur Tim Smith. En définitive, s'il prend des chemins plus déstructurés et moins folks, ce nouveau disque conserve l'âme de Midlake tout en l'amenant ailleurs...

 

Le nouveau leader du groupe Eric Pulido s'est confié sur ce tournant à quelques heures de leur retour sur scène, dans l'intimité de la Rotonde, au Botanique :

 

"Le départ de Tim a forcé une transition. Artistiquement, il n'était jamais satisfait de ce qu'on créait ensemble depuis la fin de la tournée précédente. Il n'avait plus d'espoir de trouver ce qui lui plaisait dans le groupe. Et il a finalement décidé de partir parce que, de notre côté, on voulait continuer ce groupe, ce projet qui nous semblait encore plein de promesses et de possibilités, contrairement à ce que Tim ressentait.

Ça a été un coup dur, on en est triste évidemment, mais on le prend comme un nouveau chapitre à écrire. Vous savez, la vie ne s'arrête pas à faire partie d'un groupe de rock. Et après avoir passé tellement de temps, avoir éprouvé tant de difficultés à trouver ce qui te plaît dans la musique, tu peux te sentir comme dans une roue de hamster ! On était comme des frères. On pensait qu'on serait toujours là l'un pour l'autre... et on le sera d’ailleurs! Mais quand le leader d'un groupe n'est pas heureux avec le résultat du processus de création, on ne peut pas continuer indéfiniment. Je ne suis pas sûr qu'il ait trouvé ailleurs ce qu'il cherchait mais c'est son chemin..."

 

Une page blanche avec un fameux backgroud !

 

Nouveau départ donc mais sur les bases solides du passé. Midlake ne renie rien de ce qu'il a été mais s'autorise plus de liberté : "On a voulu s'éloigner de la zone de confort, reprendre les mêmes recettes n'a aucun sens pour nous. Après, on ne maîtrise rien. Cet album plaira à certains et d'autres n'y retrouveront pas ce qu'ils aimaient chez nous, c'est la vie ! "

 

Illustration la plus claire de ce virage plus rock psychédélique, le morceau "Vale" qui surprend par sa puissance, à la moitié du disque : "Le hasard veut qu'on ait fait cette chanson sans Tim mais avant qu'il ne s'en aille. On adorait la passion qui se dégage de ce morceau, on fait souvent des jams ensemble et on en enregistre certaines. C'est super d'avoir pu capturer l'énergie de celle-là. C’est le morceau le plus aventureux du disque, un mix de prog rock et de psyché. On adore la liberté de ces années-là, les synthés analogiques, les sons planants, les changements de rythmes... "

 

Le génie de Midlake réside justement dans cette capacité à proposer du neuf sur chaque album, tout en gardant une humeur qui les transcende. Les morceaux plus anciens conservent ainsi beaucoup d'importance pour le groupe : "Ce changement nous amène aussi à porter un nouveau regard sur nos vieux disques. On les apprécie peut-être même plus avec ce nouveau regard !. On prend beaucoup de plaisir à rejouer certains morceaux sur scène, même si Tim n'est plus là ! On espère que les gens apprécieront les nouvelles versions. Tim est parti mais l'histoire de Midlake, fort de son passé et de ses nouvelles énergies, est en marche ! "

Sur scène, cette philosophie est appliquée à la lettre puisque 2 anciens morceaux ouvrent le set et que quelques classiques sont revisités. C'est puissant, jouissif par moment même si l'on regrette un coté folk fort gommé au profit d'arrangements plus bruyants parfois trop chargés. On perd en mélodie ce que l'on gagne en puissance pour bien marquer la rupture.

Que cela n'empêche évidemment pas les fans et les curieux de se précipiter pour  (re)voir ce grand groupe à l'Ancienne Belgique le 2 mars prochain!

 

François Colinet

Midlake "Antiphon" (Bella Union / PIAS)

"The Courage of others" restera pour nous un album mythique. En espérer une copie conforme aurait été stupide. Mais, du coup, l'adaptation à "Antiphon" a demandé quelques écoutes attentives. Plus débridé, plus rock et moins mélancolique, il offre à Midlake un terrain de jeu plus complexe tout en conservant les éléments essentiels de leur recette : une voix envoûtante, des synthés planants avec quelques notes de flutes et des mélodies qui touchent au cœur. En se mettant en danger, ils prouvent leur talent et propose un disque déroutant mais vraiment réussi ! FC