Michael Jones: "Ma rencontre avec Jean-Jacques Goldman? Passionnelle!"

Michael Jones: "Ma rencontre avec Jean-Jacques Goldman? Passionnelle!"
Michael Jones: "Ma rencontre avec Jean-Jacques Goldman? Passionnelle!" - © Tous droits réservés

Le guitariste gallois revient sur scène pour 4 soirs en Belgique présenter son dernier album « 40-60 » et interpréter quelques titres signés Jean-Jacques Goldman, son ami de 40 ans…

Le souvenir est marquant, précis. 12 octobre 1991. Le jour est enfin arrivé, nous allons découvrir le plaisir unique des concerts " pour les grands " ! L’arène de Forest National accueille Fredericks-Goldman-Jones, dont l’album ne cesse de tourner dans les enceintes familiales. Les lumières s’éteignent " La nuit t’habille dans mes bras… " C’est parti pour deux heures inoubliables, qui déclencheront notre appétit vorace pour la musique live.

Près de 24 ans plus tard, nous voilà tranquillement attablé avec Michael Jones. Pour parler de sa musique, du Pays de Galles, de sa venue prochaine en Belgique. Et, bien évidemment aussi, de ses aventures avec Carole Fredericks et Jean-Jacques Goldman. Une période qu’il fera revivre sur scène, chez nous, au mois de mars…

En voyage au pays de Galles, on a rencontré des gens particulièrement sympathiques et joviaux, comme le montre aussi le très beau film "Pride"…

Michael Jones : Il faut absolument que je voie ce film! Je pense que les Gallois sont charmants avec tout le monde, sauf avec les Anglais ! C’est traditionnel. Par exemple, si vous avez une plaque anglaise et que vous posez une question, on va vous répondre en gallois. C’est une animosité héréditaire. Cela date de l’envahissement de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons. On partage ce point commun avec les Écossais et les Irlandais. Cela dure depuis le neuvième siècle. Nous sommes des Celtes, les Bretons. Ceux qui ont quitté l’Angleterre lors de cette invasion se sont installés en Bretagne. Il n'y a que les Gallois et les Écossais qui ont pu résister.

Comment vous êtes-vous retrouvé en France ?

Michael Jones: Mon père est arrivé en France lors du débarquement en Normandie et a rencontré ma mère. On venait essentiellement en France en vacances. Et un jour, en 1971, on m’a proposé de venir jouer avec des musiciens en France. Je pensais que cela allait durer un an, et ça dure depuis 43 ans !

Vous êtes un autodidacte de la musique?

Michael Jones : Oui J’ai appris à jouer de la guitare tout seul. Par contre, les bases de la musique, je les ai apprises à l’école. Au pays de Galles, c’est très important d’apprendre à chanter. L’instrument national, c’est la voix. Les chorales du pays de Galles sont connues mondialement.

Le blues semble être le terreau principal de votre inspiration…

Michael Jones : Ma musique est un mélange. La première que j’ai apprise, c’est la musique celte, à l’école. Ensuite, j’ai d’abord été frappé par la pop anglaise et le rock ‘n’ roll, grâce aux Beatles, et ensuite sont arrivés les Rolling Stones et le " Blues boom " anglais. J’ai vécu le blues comme un Britannique. J’ai découvert Clapton, Jeff Beck, etc. Ensuite, bien sûr, BB King, Robert Johnson et d’autres, mais d’abord les Anglais. J’ai pris cette décennie de plein fouet ! J’ai plongé dedans et ça reste pour moi la musique conviviale. Quand on fait une " jam ", on fait du blues ! Par exemple, Francis Cabrel et moi, nous nous sommes trouvés à travers le blues. On partage un duo sur cet album. Le blues nous a réunis.

Comment se passe le processus d’écriture pour vos albums solos ?

Michael Jones : J’écris les textes originaux en anglais. Par contre, les textes en français, je les confie toujours à d’autres car je n’ai pas à la culture nécessaire pour être un bon parolier dans cette langue. J’amène mes idées mais j’ai besoin de quelqu’un qui mette ça ensemble.

" Je te donne " est un peu le morceau emblématique de votre double appartenance linguistique. Vous en proposez une version acoustique sur votre dernier disque, retrouvant ainsi Jean-Jacques Goldman en studio…

Michael Jones : Sans " Je te donne ", je n’aurais sans doute jamais été chanteur en France. Grâce à cette chanson, j’ai pu faire cette carrière incroyable dont je ne me serais jamais douté ! Malheureusement cette chanson est plus que jamais d’actualité !

Vous allez d’ailleurs rejouer certains de ses morceaux sur scène…

Michael Jones : Ces chansons, je les ai jouées toute ma vie. Mais je ne les avais jamais mises dans ma tourné solo. Comme il y avait beaucoup de demandes et que j’avais proposé au public de choisir des morceaux via Internet, j’ai posé la question à Jean-Jacques. Il m’a répondu par une phrase de Paul McCartney. A un journaliste qui lui reprochait de reprendre sur scène des chansons des Beatles, il a répondu: " Il y a des milliers de groupes dans le monde qui jouent les chansons des Beatles, pourquoi moi je n’aurais pas le droit ? ".

Comment qualifieriez-vous votre rencontre avec Jean-Jacques Goldman ?

Michael Jones : Passionnelle ! J’ai rencontré Jean-Jacques dans les années 70. J’avais répondu à une annonce pour entrer dans le groupe " Taï Phong ", pour le remplacer lors d’une tournée. Ensuite, je suis resté dans le groupe et on a eu un vrai coup de foudre musical.

Vous l’avez accompagné sur scène lors de sa carrière solo. Et puis, voilà qu’en 1990 vous apparaissez en haut de l’affiche à ses côtés pour former un trio avec Carole Fredericks. Comment avez-vous réagi lorsqu’il vous a proposé cette aventure ?

Michael Jones : Jean-Jacques nous a toujours mis en avant. Il n’a jamais été le mec devant avec les autres derrière. Mais quand il m’a parlé de faire cet album à trois, je suis tombé des nues. Carole aussi d'ailleurs ! La naissance du groupe est venue par la nécessité imposée par les chansons car ces nouvelles chansons, il ne pouvait pas les chanter seul. L’association de nos trois voix était évidente pour lui.

Quelle est l’histoire de votre rencontre avec Carole Fredericks ?

Michael Jones : Cela remonte à la tournée qui suivait l’album " Entre gris clair et gris foncé " (immortalisé par l’album " Traces " sorti en 1989, NDLR). Pour les représentations parisiennes, nous avions un chœur gospel new-yorkais qui nous rejoignait sur scène. Mais, pour la tournée, il était évidemment impossible de déplacer 50 personnes. On a donc demandé aux musiciens laquelle de ces choristes ils nous conseillaient pour nous accompagner sur les routes. Et la réponse unanime a fusé : Carole !

Quels souvenirs gardez-vous d’elle ?

Michael Jones : Il y a tellement d’images et de souvenirs de Carole. Elle était capable de se mettre en colère avec une force incroyable quand on a la vexait. Mais aussi capable de tant de douceur... Carole faisait tout à fond sans nuance, et c’est ça qui l’a tuée. Je lui rends d'ailleurs hommage lors de cette tournée.

Fin 2002, comment avez-vous réagi à la décision de Jean-Jacques Goldman de se retirer?

Michael Jones : Le jour même où il m’annonce qu’il arrête, je reçois un coup de fil de la Star Academy ! Je pensais qu’il faudrait que je m’avance tout seul, devant une nouvelle page blanche. Et, en fait, la nouvelle page était là devant moi. C’est probablement ce qui m’a fait accepter tout de suite.

Pour terminer, la question que tout le monde vous pose : Y a-t-il une chance que Jean-Jacques Goldman remonte sur scène ?

Michael Jones : Il y a toujours une chance même si pour le moment, rien n’est prévu. Je dis dans une chanson que " Parfois le temps fait mentir… ". On doit donc lui donner la possibilité de changer d’avis. Moi, je suis toujours partant. mais cela dépendra du moment où il se décide. Avec plaisir, si je suis toujours en forme !

Entretien : François Colinet

En Concert : le 12 mars au Centre Culturel d'Uccle (Bruxelles), le 13 au Grand Théâtre de Verviers, le 14 à la Maison de la Culture de Namur et le 20 au Trocadero à Liège

 

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