Maxime Le Forestier fait rimer nostalgie et utopie, au Cirque Royal

Maxime Le Forestier
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Maxime Le Forestier - © photo : Michael Crotto

Salle comble et énorme ovation, son très bel album "Le cadeau" a donné la réplique à quelques pépites attendues par un public fidèle et ravi.

L'entrée en piste est directe. A 66 ans, Maxime resplendit. Ses cheveux, qui ont uniformément viré au blanc, lui donnent la Sagesse du fou qu'il chantait déjà en 1991. Sa voix, d'une impressionnante profondeur, nous caresse dès les premières strophes de San Francisco qui, ce qui est fait n’étant plus à faire, résonnent d'emblée et comblent une foule presque aussi grisonnante que le troubadour du soir.

 

D'hier à aujourd'hui

 

Des retrouvailles placées sous le signe du souvenir sous toutes ses formes :

Souvenirs des feux de camp bien sûr. Né quelque part et Ambalaba passent moins bien sans les chœurs exotiques mais le mix entre Éducation sentimentale et Fontenay-aux-Roses en duo avec Manu Galvin, fidèle guitariste, est aussi audacieux que convaincant. Il n'y a finalement que sur Mon frère que la justesse de sa voix, impeccable par ailleurs, sera prise en défaut.

 

Souvenirs lorsqu'il s'agit d'évoquer les amours qui naissent (Chienne d'idée) se transforment (Restons amants) puis nous restent en mémoire (le magnifique Impasse des oiseaux issu du dernier album).

 

Souvenirs émus de ses complices d'écriture : Georges Moustaki qui s'endort quand il lui compose Une cousine, Michel Rivard qui lui demande de terminer Bille de verre et bien sûr Julien Clerc, qu'il décrit comme un éternel pressé, avec qui il a toujours une collaboration de toute beauté comme le prouve Le p'tit air et Double enfance.

 

L'esprit de mai 68 n'est jamais très loin

 

Comme un arbre dans la ville nous donne des frissons et rappelle l'esprit frondeur de ses débuts. Celui qui nous a séduit adolescent et qui a marqué plus d'une génération, comme en témoigne le projet de reprise La maison bleue, sorti il y a deux ans.

 

Si malheureusement l'homme n'entonne plus les cinglants Parachutiste ou La vie d'un homme (en soutien au militant d'extrême gauche Pierre Goldman alors emprisonné) il n'en n'a pas pour autant perdu ses convictions humanistes. La p'tite hirondelle est ainsi rattrapée par l'actualité dramatique au large de l'île de Lampedusa.

 

Tendre, nostalgique ou engagé, les textes de Maxime sont toujours remarquablement écrits et intelligents. Ajoutez-y des musiciens d'une grande finesse avec une touche salsa signée par le percussionniste Sebastian Quezada et vous obtenez un moment rare et émouvant. Le public, qui en redemande, sera comblé par Les jours meilleurs puis La rouille en dernier rappel, histoire de maintenir le cap des doux souvenirs et de refaire le plein d'idéal.

 

François Colinet

Maxime Le Forestier "Le Cadeau" (Polydor / Universal)