M exclusif et ludique au Botanique

M au Botanique
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M au Botanique - © copyright : Liza Rose

Matthieu Chedid et ses acolytes de tournée ce sont offerts un concert juste pour le plaisir, un moment unique que le public bruxellois n'est pas prêt d'oublier !  

Notre premier rendez-vous avec M, c'était déjà dans ces lieux il y a 15 ans, alors que le titre "Je dis M" le révélait au grand public. Cinq albums plus tard, nous en sommes maintenant à notre treizième concert. Et celui-ci sera vraiment tout particulier ! Parce qu'il était complètement inattendu, annoncé seulement il y a quelques semaines, presque en catimini. Et parce qu'il arrive après la fin de sa tournée comme une cerise sur le gâteau que l'on n’aurait osé espérer.

 

Officiellement, Mathieu vient présenter son projet "Labo M" dans le cadre duquel il a enregistré toute la semaine dans un studio à Bruxelles. (Un premier album instrumental était d'ailleurs sorti sous ce titre il y a une dizaine d’années.) Et quoi de plus agréable pour des musiciens aguerris que de terminer ces quelques jours de travail par une petite sauterie musicale avec quelques fans ? Se rappelant du bon vieux temps, c'est naturellement qu'il s’est tourné vers le Botanique pour cet événement en forme d'unique date presque improvisée.

 

Bien plus que de l’instrumental

 

Une heure avant les premières notes, le mystère plane en effet sur ce qui nous attend derrière cette appellation. Présentée comme instrumental et expérimental, ce concert s'annonce particulier à plus d'un titre. Mais rien que le plaisir de le revoir dans une salle aussi petite justifie amplement le déplacement. Après une heure d'attente intrigante et décontractée, le voici qui entre avec ses deux compères, un bassiste et un batteur, lunettes scintillantes sur le front. La fête sera totale…

 

Au début, ils avancent masqués et font rapidement penser à Daft Punk avec ces versions instrumentales matinées de bidouillages électroniques dans tous les sens. Bien calé au premier rang, on ne peut s’empêcher d’admirer la guitare improbable de Brad Thomas Ackley agrémentée d’une série de samplers colorés la faisant ressembler à un ustensile Fisher-Price et lui permettant toutes les excentricités. Derrière leurs lunettes luminescentes, le plaisir se lit sur leurs visages comme celui de jazzmen qui ne cesseraient d’improviser des rallonges aux mélodies originales.

 

La mise en bouche est audacieuse, mais le public ne peut s’empêcher de manifester sa joie quand enfin il empoigne le micro pour entonner les premières strophes du "Complexe du Corn Flakes" : "C’est un moment particulier mais on va quand même chanter un petit peu parce que cela nous rassure", confesse-t-il à une foule déjà bien en jambes et en voix, qui s’égosillera ensuite sur le génial "Mon ego".

 

Improvisation et participation

 

Au moment où l’on se dit que les effets de guitare pourraient à la longue nous lasser, Matthieu a la très bonne idée de troquer son électrique pour une acoustique qui changera vraiment l’atmosphère. Commence alors le défilé des spectateurs sur scène par un prof de physique ayant vécu au Guatemala et qui entonne un reggae délicieux sur lequel nos trois amis ne pourront s’empêcher d’improviser à leur tour.

 

Un peu plus tard, un trou de mémoire sur "Ma mélodie" permettra à ma voisine de gauche de monter sur scène pour sauver le chanteur en perdition et garder à jamais ce souvenir d’un duo très rapproché complètement improbable. Quelques minutes plus tard, cinq danseurs sur vitaminés viendront encore ravir le public de leur présence excentrique et échanger quelques bonnes vibrations avec la star du soir. On aura aussi droit à nos petits privilèges puisque Matthieu mettra genou à terre juste devant nous pour nous faire profiter au plus près d’un de ses solos légendaires, comme si nous étions seuls au monde… Exceptionnel !

 

Les plaisirs des premières loges

 

De notre poste d’observation avancé, le plus formidable c’est que, pour une fois, on voit tout : les sourires, les mimiques, les petits mots envoyés discrètement aux musiciens, et le jeu incroyable de ses doigts sur la guitare. (Au fait, mille mercis pour l’onglet !)

 

Car plus que jamais il s’agit bien d’un jeu. Quand on interrogeait Vanessa Paradis sur son travail avec Matthieu Chedid, elle disait souvent que la relation que Matthieu entretient avec la musique était avant tout une relation ludique. En le voyant s’amuser comme un gamin et offrir un tel moment de plaisir, on ne peut évidemment que lui donner raison.

 

Le temps passe à une vitesse folle. Nous en sommes déjà au délicieux "Machistador" en rappel, unique relique de son premier disque, tellement groovy qu’on y laisse toute notre énergie. Tout le monde salue, y compris les spectateurs improvisateurs d’un soir. Preuve que c’était avant tout un partage.

 

Matthieu prendra enfin congé après avoir interprété magistralement la reprise de Jacques Brel "Au suivant" qui lui va décidément comme un gant. "C’était un moment intense, unique, pour vous comme pour nous. On s’en souviendra, à la prochaine. Merci !". Voilà comment se termine une soirée qui en effet restera comme un tout grand moment et inaugure notre année musicale 2014 sous les meilleurs auspices…

 

François Colinet

L'album Live 2013