Lou Tavano, Camille Bertault, Mélanie Dahan, des chanteuses qui s'éloignent des canons

Loin des standards qui les ont bercées, Mélanie Dahan, Camille Bertault et Lou Tavano incarnent une famille de plus en plus nombreuse de chanteuses de jazz françaises qui s'épanouissent dans d'autres directions: folk, pop-folk, bossa, chanson française.

Lou Tavano est Française aux racines bretonne et italienne, dont le pianiste, arrangeur et compagnon est Ecossais par sa mère, qui revendique un jazz européen. "C'est plutôt une urgence personnelle, ça m'a toujours ennuyé de chanter des morceaux des autres et j'avais besoin d'écrire. J'ai commencé par les standards mais déjà, à l'époque, je faisais énormément attention à les choisir. J'ai toujours eu par exemple un problème avec les standards légers, j'ai besoin qu'il y ait une profondeur en plus qui m'ébranle", confie Lou Tavano. Son nouvel album, "Uncertain Weather", paru au début de la crise sanitaire, laisse apparaître des influences celtes, des teintes folk et folk-rock prononcées avec parfois une dimension classique et symphonique.

Les chansons ont été écrites dans une maison en Ecosse, au bord de la mer. Profondeur du chant, intensité dramatique, forte charge émotionnelle... autant d'éléments qui renforcent le lien avec son illustre aînée canadienne Joni Mitchell, "qui me parle énormément".

Camille Bertault prend aussi ses distances avec la tradition

"Si je devais passer ma vie, même en en faisant une version très personnelle, à chanter des standards avec les paroles des autres, je trouverais ça dommage. Une chanteuse, c'est une conteuse, on a ce rôle de raconter une histoire, mais l'histoire qu'on raconte le mieux, c'est la nôtre en général". Son nouveau disque, "Le Tigre", paru en septembre, foisonne d'influences, soul, funk, brésiliennes. Camille Bertault y fait même un clin d'oeil à son passé classique.

Le jazz comme tremplin

"Se différencier sur un album de standards de jazz, c'est un peu difficile parce que ça a été fait, refait, et que les grandes dames du jazz l'on fait avant nous et très bien", affirme Mélanie Dahan. Dans "Le Chant des possibles", son quatrième disque, également paru au début de la crise sanitaire et passé comme celui de Lou Tavano un peu inaperçu, elle tente avec audace de faire swinguer les poèmes d'Aragon.

Son "American songbook", c'est la chanson française et la poésie. "J'ai voulu transposer en français ce fameux American Songbook. Mettre en valeur la poésie, car j'ai toujours aimé les beaux textes". La présence du jazz y est tout de même prégnante, "dans l'improvisation, l'harmonisation, l'orchestration, certaines nuances, une sorte de liberté au niveau de la mélodie".

Camille Bertault et Mélanie Dahan privilégient sur leurs albums la langue française, dans la lignée de leurs aînés Claude Nougaro et Michel Legrand. Pour ces chanteuses, le jazz est un tremplin qui permet "de nous éjecter dans des endroits où on ne serait pas allé sans ça", dixit Camille Bertault.

Le jazz permet une forme de liberté, de s'amuser, de se renouveler davantage (Lou Tavano)

Et si le jazz était, comme l'affirme Camille Bertault, "le champ de tous les possibles" ?