Lost Frequencies, la trajectoire folle

Lost Frequencies, Felix De Laet
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Lost Frequencies, Felix De Laet - © DR

Bombardé nouveau phénomène de l’électro sur foi d’une poignée de tubes deep house hédonistes, le jeune DJ et producteur bruxellois sort son premier album "Less Is More" avec l’ambition de s’inscrire dans la durée.

À vingt-trois ans, le Bruxellois Felix De Laet, alias Lost Frequencies, possède un curriculum vitae que peu d’artistes noir-jaune-rouge pourront revendiquer à la fin de leur carrière. Le garçon a joué devant 100.000 personnes à Sao Paulo lors de la dernière édition brésilienne du Tomorrowland qui s’est tenue au printemps dernier. Il été programmé à Rock Werchter, au très branchouille Coachella dans le désert californien, a enchaîné trois sold-out au Sportpaleis d’Anvers en première partie de Dimitri Vegas & Like Mike et a fait partie du line-up de la tournée itinérante du Lollapalooza. 

Il est aussi le premier Belge à avoir décroché un numéro 1 au hit-parade des singles en Angleterre avec sa chanson Are You With Me. C’était en mai 2015 et son exploit est passé complètement inaperçu en Belgique qui baignait alors en pleine folie Stromae. Et pourtant, c’est historique. Aujourd’hui, le clip officiel d’Are You with Me dépasse les 198 millions de vues sur YouTube.

Des plages thaïlandaises de Koh Phangan aux caves de Berlin, des spectacles de fin d’année à l’école maternelle de Morlanwelz aux afters-partys huppées de Los Angeles, cette scie a fait danser tout le monde. Et même les haters de Lost Frequencies, -élément indissociable de toute success story digne de ce nom-, se sont déjà surpris à la fredonner " à l’insu de leur plein gré" lorsqu’elle passait à la radio.

Mais oui, rappelez-vous, c’est ce truc qui fait I wanna dance by water ’neath the Mexican Sky... L’histoire de ce tube hédoniste improbable résume à elle seule le modus operandi de Felix De Laet. Une philosophie qui donne, du reste, son nom au premier album de Lost Frequencies, Less Is More : "J’avais toujours rêvé de créer un morceau simple avec une ligne électro minimaliste et une guitare acoustique," nous rappelle- t-il." Quand j’ai découvert sur Internet cette chanson d’Easton Corbijn, un obscur songwriter country californien, j’ai tout de suite kiffé. J’ai introduit les premières mesures dans mon laptop, j’ai bidouillé au casque et ça a donné la version que vous connaissez. De manière générale, j’aime aller à l’essentiel. J’adore le format pop. Dans le monde de l’électro, les dj’s et producteurs ont tendance à proposer des tracks trop longs. Moi, au bout de trois minutes, j’en ai marre et j’ai envie de passer à autre chose. Ceci dit, quand je dis less is more (moins c’est plus - ndlr), ce n’est pas toujours évident. C’est plus difficile de faire un bon morceau de trois minutes que de mettre plein d’idées dans une chanson à tiroirs. Élaguer, aller à l’essentiel, isoler le gimmick qui va faire la différence, ce n’est pas toujours aisé, mais c’est ce qui me fascine."

Hommage à Bruxelles

Le premier album de cet ancien étudiant en sciences économiques de l’ULB compte seize titres. Aucun morceau ne s’étire au-delà de quatre minutes. On y retrouve ses trois hits lancés sur la Toile ces deux dernières années (Are You With Me, Beautiful Life, Reality). Plus loin, l’artiste rend hommage à sa ville de Bruxelles (Funky’n Brussels) et relit à sa manière What Is Love, le blockbuster d’Haddaway sorti en 1993. Oui, c’est l’année de la naissance de Felix. Dans leur forme, les chansons sont basées sur le même moule. Et c’est voulu. Seules les voix viennent apporter un peu de nuances à un disque dénué de tout rythme agressif ou d’esquisse de rébellion. Ce n’est pas le genre de la maison. Le plus beau compliment, je le dois à un fan qui a fait le commentaire suivant sur YouTube : Lost Frequencies, on ferme les yeux et on rêve. Pour moi, mes chansons sont comme des petits couchers de soleil, voire ces petites gouttes de pluie rafraîchissantes après une journée étouffante.

De Britney à Brel

Rangée à ses débuts dans la catégorie " deep house ", sa musique a eu d’ailleurs droit à sa propre étiquette. Lost Frequencies est à la base du mouvement "tropical house" qui a, on s’en doute, entraîné pas mal de suiveurs : "Tout le monde m’a toujours dit que j’avais réussi mon coup, que mon parcours était atypique, que j’étais un exemple. Ce n’est qu’avec le succès d’Are You With Me que je m’en suis rendu compte. Jusqu’alors, j’avais toujours cru faire les choses naturellement," lâche-t-il en rigolant.

Passionné de musique (son groupe belge favori est Girls In Hawaii pour qui il aurait remixé des titres, mais on n’en saura pas plus), Felix a commencé à bricoler des morceaux tout seul comme un grand : "Je faisais tout chez moi avec un laptop, un casque et un clavier MIDI. Je postais mes tracks sur YouTube et je me suis pris au jeu. Ce qui m’est arrivé ces derniers mois est incroyable mais maintenant je veux saisir la chance qui s’offre à moi. Les clicks sur Internet, c’est complètement fou, mais ça reste abstrait. Faire le buzz avec un morceau, c’est grisant mais aussi éphémère. Une chanson sur YouTube, ça monte, ça descend et puis ça disparaît. Un album, par contre, ça reste. C’est aussi une tranche de vie. Je peux raconter une histoire, affirmer mon identité. Sur Less Is More, j’ai remis les titres qui m’ont fait connaître car je suis très fier de ça, mais je montre aussi d’autres facettes. Mon travail s’est aussi professionnalisé. Quand j’ai commencé à travailler sur cet album, ça partait un peu dans tous les sens. Dès que j’avais un peu de temps libre, j’en profitais pour bosser sur mon disque : dans ma loge avant de donner un DJ set, dans un aéroport entre deux avions. Et puis très vite, je me suis rendu compte qu’un tel format nécessitait de la concentration et de l’investissement."

Comme sur scène où il n’a pas peur de jouer des titres qui pourraient sonner ringards auprès de l’intelligentsia électro (le Baby One More Time de Britney mais aussi un sample de Ne me quitte pas de Jacques Brel), Felix n’essaye pas de révolutionner la musique avec Less Is More. Mais comme le disait justement le grand Jacques, le talent, c’est avoir l’envie de faire quelque chose. Et dans son style, Lost Frequencies le fait très bien. Et ça, même les gardiens du temple ne pourront pas lui reprocher...

Article extrait du magazine Larsen n°20

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n° 20 de Larsen est en ligne