Lescop en interview, pour un premier album très réussi !

Lescop
3 images
Lescop - © photo : Antoine Carlier

Son single « La Forêt » s'est frayé, depuis quelques mois, un chemin dans les oreilles curieuses, Lescop chante une pop sombre et sans concession qu'il proposera le 8 novembre prochain au Botanique à Bruxelles.

Comme les journalistes cherchent toujours à coller des étiquettes aux nouveaux artistes, on pense inévitablement aux univers de Daho ou de Taxi Girl. Mais Lescop arrive directement à imposer son style grâce notamment à une écriture ciselée et à un déhanché improbable sur scène. Nous l'avons
rencontré à la sortie de sa première prestation spadoise :

"Mes parents écoutaient du classic rock", précise-t-il d'emblée. "Depuis le jour où j'ai écouté Eddie Cochran, à l'âge de 5 ans, j'ai su que je voulais faire de la musique. Après, j'ai évidemment voulu être Jim Morisson. Bon, je sais c'est un peu raté ! J'ai pas les cheveux adéquats, la barbe ça donne rien, j'arrive pas à grossir, je suis maigre comme un clou.. Sérieusement maintenant, ce moyen d'expression, le type d'échange qu'il permet avec le public m'a toujours fasciné."

Silence, on tourne !

Dès le début de l'entretien, le cinéma s'impose comme un sujet majeur : "Je suis un grand fan de cinéma ! Le single La forêt m'apparaît comme dans un vieux film de gangster où il y a un type avec un flingue à la main et qui menace le héros. Mais le héros ne bouge pas, il reste sur place. L'atmosphère sur ce titre ressemble à ça. Ça n'existe pas d'avoir un rendez-vous dans une forêt pour se faire tuer ! Pour moi, cette chanson fonctionne comme un scenario de court métrage..".

Revenant 30 ans en arrière, le style musical de Lescop fait sans doute office d'OVNI en 2012. Mais ce mélange improbable entre esprit punk et variété française marche dès la première écoute. Lescop tient à chanter en français. Dans le cocktail réussi de ce premier disque, la percussion des textes joue d'ailleurs un rôle primordial :

"Contrairement à d'autres artistes, je n'écris pas en fonction de ce que je vis mais bien, à l'inverse, je pense que ta vie finit par ressembler à ce que tu écris, ce que tu composes ou l'énergie globale d'un disque. J'ai d'ailleurs toujours écrit. Quand j'étais ado, et forcément un peu con, je ne lisais jamais. Je ne voyais pas l'intérêt de lire ce qu'écrivaient d'autres gens mais par contre j'avais besoin d'exprimer ce que je vivais moi. En grandissant, j'ai découvert progressivement le plaisir et l'importance de lire. Notamment parce que l'écriture doit toujours se nourrir de ce qu'écrivent les autres."

Ne s'épargner aucun effort

Écrire et arranger, transformer la chanson en pop à la française. Voilà ce que Lescop nous propose d'entendre sur cet album imaginé en duo : "Je suis très bien entouré par mon producteur Johnny Hostile, bidouilleur de génie mais moi je ne suis pas du tout un arrangeur. L'influence de Steve Reich est évidente même si nos influences sont multiples. On veut triturer le son, ne s'épargner aucune recherche et en même temps on sait assez bien où on veut aller. J'aime bien le côté noir, obscur, pas directement accessible."

Un premier disque directement distribué par Universal : "Le disque sort sur le label Pop noire, on voulait tout maîtriser. On a proposé l'album comme un produit fini. Comme on avait du public dernière nous, ça n'a pas été trop difficile de trouver une licence dans une grande maison de disque."

En concert, Lescop ne peut cacher son plaisir, son immersion complète dans ses chansons en dansant d'une manière très particulière qu'on ne peut décrire. Il donne l'impression d'être à la fois présent et dans sa bulle : "J'aime tourner. C'est le plus intense. La scène c'est la vie en mieux ! Être un itinérant c'est chouette, il y a un côté cirque qui me plaît beaucoup. Et puis la fatigue, le fait de devoir aller au-delà pour satisfaire le public. Être artiste me permet d'être mon propre patron, d'être responsable de ce que je propose au public, sur disque comme sur scène. Je n'ai pas toujours vécu de la musique. J'ai fait quelques boulots alimentaires qui m'ont permis d'apprendre plein de choses et de rencontrer des gens très intéressants. Cette expérience façonne en partie ce que je
suis et me permet de savourer d'autant plus ma vie d'artiste et ma rencontre avec le public."

Une démarche artistique complexe et authentique, un univers surprenant à découvrir notamment le 8 novembre au Botanique à Bruxelles.

François Colinet

 

Lescop " Lescop " (Pop Noire / Universal)*

Paraphrasant Daniel Darc, dont on sent l'influence, il explique dans sa bio vouloir "concilier l'inconciliable" et remettre la pop française en danger ! Le pari audacieux de ce premier album nous paraît vraiment réussi ! Lescop, c'est d'abord une atmosphère épaisse et dense qui vous enveloppe avant de vous livrer, au compte-gouttes, quelques clés pour en saisir les différentes couches. Le single "La forêt" ne vous lâche plus et vous voilà partis pour un étonnant voyage, entre Daho et New Wave, à l'issue duquel vous trouverez les années 80 étonnament modernes ! FC