Les Nuits - Entretien avec Bertrand Burgalat, de retour sur scène dimanche!

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Son nom est familier aux oreilles de tous les mélomanes curieux, sans forcément savoir exactement à quoi ressemble sa musique. Après avoir créé son propre label et collaboré avec des dizaines d'artistes, Bertrand Burgalat remonte sur scène ce dimanche à l'Orangerie.



En passant, il pose, en notre compagnie, un regard amusé sur son parcours...




Vous êtes un « touche à tout » impliqué dans plein de projets. Pourquoi avoir décidé de vous poser maintenant et de sortir un nouvel album sous votre nom ?

Bertrand Burgalat : En fait, j'emmagasinais des morceaux depuis un petit temps déjà et je me suis rendu compte qu'ils formaient un tout cohérent, ce qui n'est pas automatique. Je retardais souvent le moment de les enregistrer, par manque de temps ou d'argent. Du coup, quand j'ai eu la possibilité, je n'ai pas hésité !

A l'heure d'aujourd'hui cela coute encore beaucoup d'argent de sortir un album ?

Bertrand Burgalat : Bien plus qu'on ne le croit. Parce que même si je bidouille presque tout moi-même, je voulais m’entourer de musiciens qu'il faut bien sûr payer. Et comme en plus, je suis mon propre label (Tricatel NDLR) je dois payer le pressage en plus de tous les frais de sortie et de promotion. Il y a tout un côté artisanal très agréable parce que très libre mais en même temps c'est usant de devoir presque tout faire seul. J'aime bien d'être le seul maitre à bord. Si je joue moi-même d'un instrument cela sonnera différemment, plus amateur, moins clean. En plus, si je paye un pro et qu'après, je décide de ne pas garder ce qu'il a fait, c'est ennuyeux! Mais j'aime aussi les choses propres et bien pro, donc j'oscille entre les deux et je vois ce que je peux me permettre.



C'est marrant, ta question me fait réfléchir au fait que si je ne sors pas souvent de disque, c'est aussi en partie à cause du fric que cela coute. Par contre, si j'avais plus de moyens, je serais sans doute paralysé, un peu paniqué. Mais le résultat serait sans doute le même. L'important, c'est d'avoir l'énergie. J'aimerais bien en sortir plus souvent, c'est pas l'inspiration qui manque !

Cela veut dire que vous avez dans vos placards des choses qui ne demandent qu'à sortir ?

Bertrand Burgalat: J'ai des choses qui traînent mais en général, je pars de zéro sur un nouvel album. La page blanche c'est très agréable, même si je prends plaisir à intégrer des choses écrites ou composées plus tôt. Sur ce nouveau disque, il y a par exemple Berceuse que j'avais composée en 1991 mais sur laquelle je n'avais pas réussi à écrire de texte. Même si j'écris et je compose moi-même, travailler avec d'autres auteurs c'est une vraie joie !

Le morceau « Voyage sans retour » ouvre l'album et parle de ses relations père / fils qui laisse souvent des traces indélébiles dans nos vie d'adultes...

Bertrand Burgalat: C'est la romancière Elisabeth Barrier qui a écrit ce texte. Un texte qui me touche beaucoup parce que je venais d'avoir 20 ans quand mon père est mort ; ma mère, elle, est morte il y a 10 ans.  On vieillit souvent avec des regrets et je me rends compte maintenant que j'ai été ingrat. Que mes parents ont été géniaux avec moi et que je ne leur avais jamais dit. Chaque fois qu'il m'arrive des chouettes choses, je regrette de ne plus pouvoir les partager avec eux. C'est une chanson sur le départ qui peut se ressentir très différemment en fonction des expériences de chacun. C'est la première chanson de l'album, la première qu'on a faite. Elle servait d'étalon. Je me suis dit que je sortirais l'album quand j'en trouverais 15 de cette trempe !

Dès le premier écoute, on pense directement à Alain Chamfort qui vient de ressortir ses plus grandes chansons en duo. Vous n'avez pas été associé à ce projet ?

Bertrand Burgalat: Je connais bien Alain et l'apprécie vraiment. Mais je n'ai pas été associé à ce projet. Comme je suis un objet pas vraiment identifié, chanteur, arrangeur, patron de label, je crois que beaucoup de gens dans les maisons de disques ne savent pas très bien ce que je fais et donc ne pensent pas directement à moi. En même temps, c'est très agréable d'avoir toutes ces facettes!

Vous jouerez dimanche avec A.S. Dragon au Botanique. Cet album est-il un bon passeport pour la scène ?

Bertrand Burgalat: Honnêtement, je n'avais pas du tout prévu de tourner. On a fait quelques prestations en promo, notamment à France Inter et ici à la Fnac mais c'est finalement suite à une invitation de Paul-Henri Wauters du Botanique que l'on va monter sur scène. On a également une autre date à Paris en juin. C'est un bonheur de remonter sur les planches avec les Dragons qui est un peu le groupe autour duquel on a monté le label.

Avec notamment Ibrahim Maalouf, Staff Benda Bilili et Electric Guest le même soir dans d'autres salles, la concurrence s'annonce rude...

Cool, tu es entrain de m'annoncer qu’il n'y aura personne pour nous voir, comme je suis très mauvais sur scène, ça m'arrange !! J'imagine les gens après 3 chansons : Allez viens, on se casse, on va voir Ibrahim Maalouf ! J'espère que la salle ne sera pas trop éclairée ! En avouant cette faiblesse, les gens ne peuvent qu'avoir une bonne surprise ! (Rires.) Blague à part, venez nous voir dimanche parce que ce sera bien et, en plus, aucune autre date n'est prévue pour l'instant en Belgique !

Entretien : François Colinet

Bertrand Burgalat et A.S. Dragon en concert ce dimanche 20 mai dans le cadre des Nuits Botanique.


Bertrand Burgalat "Toutes directions" (Disques Tricatel)



Une voix chaude et mature, des synthés en pagaille, des textes chantés ou récités (Sous les colombes de granites, Bardot's dance) donne à ce disque un charme intriguant qui se découvre au fil des écoutes. A la fois très années 80 et très moderne, rempli de bidouillage, surprenant et jamais pompeux, vraiment bien écrit,  ce nouvel album de Burgalat est fait pour les curieux ! FC