Les Nuits Bota : Samedi 17 mai

 

Avec un soleil pareil, c'est presque à une parade de vahiné ou à une danse du crabe entre le Chapiteau et l'Orangerie à laquelle nous avons jouée ce samedi soir.

Quoi de mieux d'ailleurs pour se mettre dans l'ambiance qu'un peu de musique chill. C'est ce que nous offre Yellowstraps jeune collectif belge qui propose une R&B toute peace satinée de sonorités et de rythmiques afro. On flirte avec du Blood Orange ou du King Krule au niveau d ela voix et on aperçoit en toile de fond des références à The XX. Ça coule tout seul comme du petit lait et c'est une jolie entrée en matière.

 

Direction l'Orangerie avec un autre jeune groupe belge, Fastlane Candies nouveau poulain en provenance de l'écurie Jaune Orange. Leur prestation est courageuse à l'entame tant beaucoup de festivaliers préfèrent profiter des derniers rayons. Leur mélange entre indie et pop est cohérent et livré par un chanteur capilairement fan de Robert Smith et d'une intrigante claviériste qui fait le job vocalement sur un morceau nommé La Chica. Ça se laisse globalement bien écouter même si c'est par instants encore un rien trop maniéré. Sur les dernières notes du très bon Always in the go je m'en vais donc rejoindre le Chapiteau où une des sensations belges de ce début d'année, Applause entame son set. Le quintet vient défendre son premier tiers d'album et proposer de nouveaux morceaux à venir. Gonna Take you long, le superbe Wasted Town, tube en puissance et In & Out ballade dont on ne se lasse décidément pas, installent une superbe ambiance. Le groupe enchaîne ensuite avec nombre de morceaux plus funky les uns que les autres qui font se dandiner les demoiselles. La bataille entre le bassiste et le guitariste est belle pour voir à qui offrira le plus beau riff au chanteur Nicolas Ly. Applause monte en puissance.

 

On part dans la foulée découvrir les Français de Von Pariahs et d'emblée on accroche à leur scénographie : 2 rangées de 3 telles des rugbymen en mêlée. Ils vous attaquent de front, en bloc. Au niveau de l'attitude et de l'énergie, on a l'impression d'un groupe punk des 80's. Mais au-delà du visuel, la claque est également musicale. Un chanteur ultra-charismatique un peu fêlé, deux guitares impressionnantes et une basse surpuissante. On dirait un insaisissable mustang tant le chevelu qui la chevauche la fait aller dans tous les sens. C'est parfois un rien trop noisy à mon goût mais quelle puissance d'ensemble ils dégagent...

 

Du coup, leurs compatriotes de Jamaica nous apparaissent un peu fades. Les Parisiens sont certes sympathiques et essayent de soulever la foule avec enthousiasme, mais ça ne prend pas réellement. Comme annoncé, on a un peu du mal (vu le style, l'accent, la dégaine) à ne pas les comparer à Phoenix et hormis dans quelques morceaux, ils n'ont pas (encore) le pouvoir mélodique tellement catchy de leurs aînés. À revoir dans un autre contexte.

 

Notre climax de la soirée aura lieu à l'Orangerie avec la prestation 3 étoiles de White Denim combo texan qui joue un rock rétro 70's du plus bel effet. Dès les premières notes, on se dit qu'ils ont quelque chose et que ça sonne merveilleusement bien. Certes, il faut aimer la période et les jeux de guitare (certains peuvent y voir une démonstration), et les chansons tirées en longueur, mais il y a au sein même des titres joués des cassures de rythme intéressantes. Ils sont aussi composés de membres ultra-charismatiques qui n'ont pourtant pas forcément le physique de l'emploi. Le (génial) bassiste a une tête de geek et on dirait que le guitariste est un clone de Tom Cruise dans Risky Business... Mais il a surtout des mains de fée qui balancent des sons enivrants en réponse à ceux joués par le talentueux (lui aussi) chanteur James Petralli qui nous bluffe par la maturité de son jeu. L'an dernier, dans le même style, on avait découvert Unknown Mortal Orchestra. Rebelote avec cet énorme coup de cœur.

 

Après avoir acclamé nos nouveaux champions, on se dépêche pour voir Jagwar Ma, tête d'affiche du Chapiteau et auréolé d'une belle réputation. Le trio se présente à notre surprise, quasi en mode de set live électro. Des boîtes à rythmes, des samples de batterie, du bidouillage de sons. Le processus est intéressant, mais on a (personnellement) un peu du mal à rentrer dedans et on leur trouve les mêmes défauts que sur le récent album Howlin c'est à dire que les chansons sont lancinantes et que le chanteur répète 40 fois le même mot. Du coup on a envie après 4 minutes de faire skip sur sa chaîne hi-fi. Or en live, on ne peut pas et le manque d'intérêt visuel n'a pas non plus aidé... Il n'en reste que les Australiens sont drôlement efficaces, qu'ils parviennent à créer une ambiance et à fédérer le public avec leurs tubes. Ils m'ont juste moi complètement laissés à quai. J'avais sans doute la tête encore trop remplie de White Denim.

 

C'est le jeu des festivals où l'on passe d'un style à l'autre... Nous, on rejoue demain en tout cas.

Same player, shoot again.

 

David Salomonowicz