Les Nuits Bota : lundi 19 mai

 

Installé dans l'environnement douillet et feutré du Grand Salon, nous profitons des ambiances les plus délicates de cette foisonnante programmation, loin des bousculades et des foules hurlantes. La curiosité et... l'endurance sont des qualités indispensables aux journalistes musicaux ! Car, si parfois les premières parties réservent de merveilleuses surprises, il arrive aussi qu'elles se transforment en tunnel sans fin ! C'était malheureusement notre sensation lors de la prestation de Sean Nicholas Savage en ouverture de programme.

Devant une grosse poignée de spectateurs à peine, le Canadien a montré qu'il avait une jolie voix et un sacré penchant pour les sonorités des années 80 avec quelques musiciens en guise de potiches, qui n'ont pas osé poser un orteil au-delà de leur périmètre. À part quelques qualités vocales intéressantes, nous ne sauvons pas grand-chose de ce set ! Un grand échalas en chaussettes qui se dandine et saute constamment comme s'il avait des ressorts à la place des pieds. Des mélodies au degré zéro de l'originalité, des arrangements plats voire inexistants, quelques jolies notes de saxophone, tout au plus, pour donner une atmosphère un rien sexy. Bref, un bien long ennui !

 

 

Pendant ce temps-là, pas mal de beau monde à l'Orangerie pour observer la prestation du duo de jeunes filles belges Blondy Brownie accompagnées sur scène par Léo Campbell, le talentueux batteur bordelais de Paon, un matou sur son t-shirt. Dès l'entame, c'est une très jolie complémentarité de voix à laquelle on assiste et elles nous font passer un très bon moment avec une pop frenchy très fraîche. Il y a aussi un subtil dosage des références 80's sans tomber dans le cliché "Taxi Girl" et l'apport rythmique et à la guitare ainsi que l'influence garage de l'homme-chat rendent le mélange savoureux.

D'autant que derrière les multi-instrumentistes (on a droit à du trombone ou à du Steel Pan), les compositions sont intéressantes et l'humour est également au rendez-vous. Preuve en est avec la reprise de Careless Whisper de Wham dont les couplets sont susurrés par Léo (Que ne sait pas faire ce garçon ?). Petite surprise avec la montée sur scène d'Antoine Wielemans, chanteur des Girls in Hawaii pour une bien jolie ballade. Il y a certes des rodages à effectuer par-ci par-là, mais le premier contact est agréable.

 

Retour au Grand Salon où le public est nettement plus nombreux pour accueillir Piers Faccini, un de nos chouchous depuis notre première rencontre, en 2006 à l'occasion de la sortie de son magnifique Tearing Sky. Avec un tel bijou, il aurait dû devenir un incontournable de la scène folk. Sa voix si caressante aurait dû prendre par la main toutes les âmes mélancoliques et apaiser tous les cœurs qui saignent. Et pourtant, son génie est resté confidentiel, malgré 3 autres albums sublimes sortis depuis, dont le dernier Between dogs and wolves figurait en bonne place dans notre top album 2013.

 

Son talent est à découvrir sans tarder ! Loin de la renommée populaire, il livre, en effet, des prestations 4 étoiles. Des moments de grâce murmurés. Très calme, tellement calme qu'il en rigole lui-même. Même quand il donne de la voix on a l'impression qu'il susurre à notre oreille. Et, au début du concert, cela nous gêne un peu. On aimerait lui crier d'oser davantage, d'ouvrir grand la bouche et de déployer sa voix magnifique. Mais c'est aussi ça qui fait son charme à Piers. La discrétion, l'air de ne pas y toucher. Pourtant, il touche en plein cœur ! Ses ballades, comme un souffle doux, font progressivement place à des morceaux plus enlevés avec la très belle complicité de son batteur. Avec Two grains of sand puis If I, l'ambiance bascule vers quelque chose de plus chaloupé. Son jeu de guitare se fait plus rythmé et rappelle quelques influences africaines présentes sur certains de ses disques.

 

En guise de prolongation, retour à la beauté de quelques interprétations en guitare/voix tout à fait indiquées dans un lieu aussi intimiste. Le moment était simple, beau, sincère, et partagé, comme cet écho venu du public sur Tribe pour clôturer ensemble cette parenthèse musicale d'une rare délicatesse.

 

 

 

Florent Marchet a quant à lui parqué sa soucoupe volante au pied de l'Orangerie et monte sur scène avec 3 spectres effrayants. Fort d'un brillant mais haut perché dernier opus nommé Bambi Galaxy, il a l'air sorti d'un film de série B sur les extra-terrestres et propose une pop lunaire aux textes hallucinants mais hyper bien torchés. Marchet, c'est aussi la version Zorglub d'Alain Souchon tant vocalement, le mimétisme est, sans singerie aucune, proche. Où étais-tu?, Héliopolis, Space Opera, Que font les Anges ? autant de superbes titres aux pouvoirs mélodiques venus d'ailleurs.

Lorsqu'il enfourche le piano entouré de lumière, on ne peut s'empêcher d'y voir un parallèle avec Polnareff, autre allumé.fr aux envolées géniales. Entre les chansons, il manie l'humour avec brio et nous conte des histoires farfelues sur les endives, Rael ou... Plastic Bertrand dont il magnifie la chanson Tout petit la planète. Qui d'autre que lui pour reprendre une telle chanson? Il nous a en tout cas emmené sur la sienne et on y reste encore pour quelques heures, juste le temps de faire un aller-retour vers le Bota où nous attendent de nouvelles aventures.

 

À demain

 

François Colinet (Grand Salon) et David Salomonowicz (Orangerie)