Les 5 meilleurs albums de l'année 2014

Et si vous ne les avez pas encore, vous savez désormais quoi demander au Père Noël..

5) ZAZ - "Tourcoing"

Deux mois après la sortie de son album "Paris", ZAZ revient déjà, et en très grande forme, avec l’album "Tourcoing". Si "Paris" renfermait (et il sentait d’ailleurs bien le renfermé) une foule de tubes consacré à Pâââââris – "Sous le ciel de Paris", "A Paris", "J’aime Paris", "La romance de Paris", "Paris si la monnaie" - "Tourcoing", lui, est entièrement composé de morceaux dédiés à la ville de Tourcoing. Mais c’est à l’écoute que l’album révèle tous ses charmes. En effet, on peut y entendre… du silence. Pendant 75 minutes. L’explication est donnée par ZAZ dans le livret de 24 pages, qui regorge de photos d'elle dans la ville : " A ma connaissance, il n’existe aucune chanson sur Tourcoing. C'est pour ça que vous n'entendez rien durant tout l'album. Mais je tenais malgré tout à rendre hommage à cette ville que j’aime tant, et où il y avait une certaine forme de légèreté sous l’Occupation. "

Cela dit, si vous tendez bien l’oreille, vous pourrez quand même entendre de petits bruits frappés qui parcourent tout le disque. Ce sont les petits sauts sur place que fait ZAZ dans le studio d’enregistrement, pour exprimer cette joie de vivre permanente et communicative. " Je suis tellement fière de cet album, je pense que c’est celui qui me correspond le plus à ce jour. Tenez, j'en fais un petit bond de joie. Et hop ! Et surtout, j’ai tellement hâte de le présenter en concert. Je ferai une tournée en 2015 qui se déroulera uniquement à Tourcoing et aux alentours. Le 12, je serai au quartier Blanche-Porte. Le 14, aux Flocons. Le 15 à Brun-Pain. Et le 17 à Virolois. " Une chose est sure : les fans de ZAZ attendent avec impatience ce "Tourcoing Tour coins".

4) "La bande à bécots" - Artistes divers

On en rêvait, une maison de disque l'a fait. "La bande à bécots" est un album entièrement composé de sons de vedettes qui se font la bise en se croisant en studio, puis qui échangent quelques mots avant d'aller enregistrer une reprise pour un énième album dommage (ndlr : Christophe voulait dire " un album d'hommage ").

On a été fort touché par la plage 7, où on entend Grand Corps Malade faire un bécot sur la joue de Cœur de Pirate lors de l'enregistrement de l'album "La bande d'arrêt d'urgence à Renaud". Puis Grand Corps dit à Cœur "J'adore ton nom de scène", Cœur répond à Grand Corps "Oh ben merci Grand Con", Grand Corps dit "Non, moi c'est Grand Corps" et Cœur conclut "Oui, je sais". Le mariage de leurs voix sur ce duo est tout simplement magique.
Autre chanson-phare : la plage 12, avec deux bécots de Thomas Dutronc à Marc Lavoine dans les coulisses de l'enregistrement de l'album "Ils chantent Patrick Sébastien avec un doigt dans le derrière". Puis Thomas dit "Ça va, Marc?". Marc répond "Oui. Et toi Thomas ?". Thomas dit "Ça va...". Et Marc conclut "Alors, ça va." Un beau moment de complicité sur des arrangements purs et dépouillés pour deux grands artistes qui ont su rester simples et généreux.

3) "Chants funéraires" - Arielle Dombasle

Probablement l’album le plus joyeux de 2014. Jamais à court de bonnes idées, Arielle Dombasle nous propose un magnifique disque entièrement composé de chansons funéraires, sur des arrangements de bossa nova et de samba. Croyez-nous sur parole, "La marche funèbre" de Chopin sur un air à la Chico Buarque ou le "Agnus Dei" de Samuel Barber avec une rythmique à la Gilberto Gil, ça vous met une de ces ambiances. Sans parler de la magnifique voix cristalline de l'éternellement jeune Arielle Dombasle, qui a tout donné pour cet album. " Pour être au plus proche de l'émotion qui se dégage de ces morceaux immortels et arachnéens, j'ai tenu à reconstituer un cimetière dans le studio. Tous les jours, on enterrait vivant un des techniciens. C'est à ce moment-là que je pouvais donner le meilleur de moi-même. Mais je ne vous cache pas que je suis ressortie épuisée de cet enregistrement. " Lessivée, Arielle ? Certes, mais le jeu en valait la chandelle, au vu du résultat final. "Chants funéraires" est un album dédié à la mémoire du frère de la chanteuse, Pierre Dombasle.

2) "Brel et Dalida" - Brel et Dalida

On connaissait les albums de duos de chanteurs vivants avec des chanteurs morts. Voici une nouveauté : un album de duo d'un chanteur mort (Brel) avec une chanteuse morte (Dalida). Si l'on peut s'étonner de voir ainsi réunis deux univers à priori fort différents, pour ne pas dire opposés, tous les doutes s'envolent dès la première écoute. Quand Jacques Brel rejoint Dalida sur " Itsi bitsi petit bikini ", le morceau bascule tout d'un coup dans une intensité rare. Un travail exemplaire que l'on doit à Orlando, frère et producteur de Dalida. " C'est déjà moi que j'avais eu l'idée de l'album où Hélène Segara, que elle travaille aussi pour moi, elle avait fait les duos avec Joe Dassin. Ca avait pas été compliqué car il suffisait de reprendre la voix de Joe, et Hélène elle enregistrait les mêmes paroles que lui il avait déjà chanté de quand il était vivant. Mais pour cet album-ci, ça a été plus compliqué, car le Brel ou ma soeur ils avaient pas enregistré les morceaux de l'autre avant de mourir. Donc on a du prendre des syllabes de pleins de leurs chansons différentes pour les recoller ensemble et faire des nouvelles phrases avec. "

Le sommet de l'album est sans conteste le morceau "Paroles de bonbons", qui réunit les mélodies et les textes des "Bonbons" de Brel avec le "Paroles, paroles" de Dalida. Un mélange fin et subtil qui prend tout son sens quand Brel et Dalida chantent à l'unisson "Caramel, bonbons et chocolat, parce que les fleurs, ça est périssable".

"Brel et Dalida", une merveille de prouesse technique pour un résultat bouleversant de sincérité et d'intelligence.

1) "Toutes les femmes sont bof-bof" - Frank Michael

Sans doute l'album le plus surprenant de cette année. Alors qu'il a toujours chanté l'amour et la beauté des femmes, Frank Michael fait un virage à 180° avec ce "Toutes les femmes sont bof-bof", où il dévoile en quinze titres sa haine de l'autre et son dégoût de la vie sur des sonorités heavy metal. Un changement de registre radical qu'il nous a expliqué : " J'ai allumé ma radio un matin. Alors qu'elle est normalement toujours branchée sur Nostalgie, ce jour-là, pour une raison que je ne m'explique pas, je me suis retrouvé sur Classic 21. Et j'ai entendu le morceau " Antisocial " de Trust. Cela m'a fait l'effet d'un électrochoc. J'ai compris que j'avais fausse route durant toutes ces années avec mes chansons romantiques, et qu'au fond de moi sommeillait un anarchiste profondément misanthrope ".

Une révélation qui se traduit dans le titre des morceaux qui composent ce "Toutes les femmes sont bof-bof" : "Une rose dans ta tronche", "Ton amour, tu sais où tu peux te le mettre", sans oublier le très remarqué "Burn in hell Frédéric François".

Quant à ce "Toutes les femmes sont bof-bof" qui offre son nom à l'album, Frank Michael en parle avec une franchise rare : " J'ai chanté pendant des années "Toutes les femmes sont belles". Mais le mois dernier, lors d'un concert à la salle Marc Goblet de Flémalle, les lumières se sont rallumées accidentellement pendant que je la chantais. Pour la première fois j'ai vu mon public. En sortant de scène, j'ai écrit en cinq minutes les paroles de "Toutes les femmes sont bof-bof".

Bien qu'emprunt d'une sincérité attachante, l'album "Toutes les femmes sont bof-bof" n'a pas reçu l'accueil espéré par Frank Michael auprès de son public de fidèles. " Je ne me l'explique pas. Alors que pendant des années mes fans me lançaient sur scène des petites culottes ou des roses, aujourd'hui elles me balancent des enclumes. Mais bon, comme j'ai une petite écurie dans ma propriété, je m'en sers pour ferrer mes chevaux, donc ça va ".

"Toutes les femmes sont bof-bof", un album à découvrir en cuisinant du steak haché.

 

Christophe Bourdon