Leonard Cohen, la voix de l'élégance, à Forest National!

Cette soirée de dimanche ensoleillée sera un délice. Avec Leonard, c’est écrit dans les astres. Mais il nous faut d’abord affronter l’enfer du parking aux abords du temple ! Même en arrivant plus d’une heure avant le début du spectacle, c’est une vraie plaie. D’autant plus quand on a du mal à se déplacer et qu’on ne peut donc se garer à un quart d’heure de marche ! Toute infrastructure de spectacle moderne se doit aujourd’hui de prévoir un nombre suffisant d’emplacements réservés aux détenteurs de cette fameuse "carte bleue" de stationnement. Visiblement, Forest National se plaît à faire exception. Sur place, on s’est fait baladé de gauche à droite, sans aucune indication claire, chacun se renvoyant la responsabilité du manque de place. Pour être tranquille, il nous aurait fallu un ticket VIP. Comme quoi tout s’achète. Même des jambes en pleine santé ?

Cher mais pas vilain !

La voiture est garée, on peut enfin laisser redescendre notre colère et profiter de la chance d’être là. Vrai privilège, en effet, que d’être invité à faire son métier de raconteur quand de nombreux fans n’ont pas trouvé de place alors que les tickets coûtent une fortune (plus de 100€ pour les fauteuils en première catégorie. Quitte à lutter contre des moulins à vent, on continuera inlassablement à écrire que c’est indécent, quel que soit le talent ou l’aura de l’artiste !)  .

Le gentleman canadien attend à peine la fin du quart d’heure académique pour monter sur scène, apparemment en bonne forme physique. La route, qu’il à repris pratiquement sans relâche depuis 5 ans, semble lui convenir parfaitement. Dès les premières notes de "Dance me to the end of love", l’élégance s’impose comme le maître mot de la soirée. Elégance de l’homme au chapeau présentant chacun de ses musiciens dès leur première intervention. Cela peut paraître évident, mais tant d’artistes oublient pourtant cette politesse élémentaire. Pas Cohen qui va même jusqu'à présenter son équipe technique avant la pause !

Elégant donc et malicieux aussi quand il lance : "Merci a ceux qui ont eu le courage de se percher tout là-haut pour venir nous écouter et merci à ceux qui ont payé très cher pour être installés juste devant nous ! Ce soir, on va vous donner tout ce qu’on a !". La promesse est plus que tenue avec un show de plus de 3 heures en deux parties. Pas mal pour un troubadour de bientôt 77 ans !

Une carrière en or !

La liste de chansons ne recèle pas de surprises pour tous ceux qui ont déjà la chance de le revoir depuis son retour aux affaires. "Bird on a wire", "The future" et "Everybody knows" sont rapidement balancés avec une classe incroyable. Les musiciens sont au top. Mention spéciale pour le guitariste et le violoniste qui font des merveilles. Sobre et délicat, ce band prouve une fois pour toute que l’on peut avoir un son impeccable à Forest. Question de matériel et d’ingénieur, point final. La voix de Léonard semble un peu moins puissante avec les années qui filent, elle aurait d’ailleurs pu être un peu plus amplifiée, mais son timbre reste absolument unique. Et le cœur y est tellement… ! On craque pour ce contraste magique entre les graves de la voix du maitre et les harmonies des chœurs. Dans ce registre, "Come healing", l’un des rares titres du dernier album, est un ravissement.

Le public est venu entendre ses tubes et il en aura pour son argent. Ce concert marathon proposera les inoubliables "So long Marianne" et "Hallelujah" pour que chacun soit heureux. Mais personnellement, c’est "The Partisan" qui nous file la chair de poule. Surtout avec le jeu de guitare qui l’accompagne. "Suzanne", l’incontournable nous rappellera que nos premiers contacts avec l’œuvre de Cohen nous les devons à Graeme Allwright et à ses fidèles adaptations en français. Tout comme R.E.M. nous a familiarisé avec "First, we take Manhattan", qui sera au menu d’un des trois rappels du soir.

On sent qu’il ne veut vraiment pas s’en aller, sautant comme un cabri entre chaque rappel. Mais Leonard sait que la musique c’est aussi une histoire de transmission quand il lance un touchant "Merci d’avoir fait vivre mes chansons pendant toutes ces années". "Heart with no companion" et "Take this Waltz" parmi d’autres perles finales, il peut partir le cœur léger. Le public sera là pour l’applaudir tant qu’il tournera. Et la transmission générationnelle s’occupera du reste…

 

François Colinet