Le nouveau BaliMurphy déroute son public

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Il y a 4 ans déjà que sortait Poussière, l'album qui valu au groupe belge, la reconnaissance du public et un succès mérité. Un nouveau chapitre s'ouvre avec La déroute, disque écrit pendant leur longue tournée.



Un projet résolument plus sombre et moins festif, qui risque de déconcerté une partie des fans mais qui mérite pourtant une écoute attentive. Un nouvel univers à découvrir ce jeudi 16 février au Cirque Royal à Bruxelles, démarrage d'une tournée qui s'annonce...







Se renouveler est probablement l'un des défis les plus ardus de la création. Surtout quand cette remise en question intervient après un vrai succès public. C'est dans ce contexte que le groupe bruxellois BaliMurphy a remis le travail sur le métier, il y a deux ans déjà, en pleine tournée comme nous l'expliquent François et Mathieu, les deux auteurs du groupe : «La tournée Poussière a surpassé toutes nos espérances et s'est prolongée longtemps à l'étranger. Nous ressentions donc le besoin de nous remettre à bosser, à écrire, à essayer de nouvelles choses. On a joué certains nouveaux morceaux sur scènes pour les tester mais on a assez peu mélangé les deux chapitres parce qu'on sentait bien que l'atmosphère du prochain album serait fort différente. »

Rester imprévisible, pour ne pas être frustré

Le virage musical est, en effet, assez marqué et le titre de l'album assurément bien choisi ! Bien sûr on y retrouve la gouaille de la voix de Cédric van Caillie et quelques joyeuses envolées mais la tonalité de l'ensemble est bien plus grave qu'à l'habitude. Le violon se fait notamment beaucoup plus discret ce qui se ressent fort sur l'ambiance dégagée par le disque. « On n'est pas rentré en studio avec des plans pré établis, en disant qu'on allait mettre plus de piano et moins de violon par exemple. Cette évolution est venue naturellement » explique Mathieu.

Ce disque reflète ce qu'est BaliMurphy aujourd'hui. Quand on sort un disque, on doit figer les choses à un moment donné, mais on essaie toujours de vivre cette aventure comme une perpétuelle évolution. »



Au point de vue des textes, l'humeur du moment serait donc plutôt plombée comme montrent les titres L’homo ça pionce ou le très réussi Roxane sur la prostitution. Des textes écrits, et c'est rare, par deux membres différents du groupe. « Mathieu et moi on a des sensibilités différentes, nous dit François, mais on se connaît tellement bien que j'ai parfois l'impression qu'il a mieux exprimé que moi quelque chose que je cherche à écrire. Cette situation est particulière d'autant que nous ne chantons pas. Mathieu fait les secondes voix mais nous sommes avant tout musiciens.

Cela a l'air de convenir à tout le monde et les idées de chacun sont prises en considération. Cédric, le chanteur, ou tous les autres savent qu'ils peuvent se mettre à écrire, que rien n'est figé. » « Je pense qu'une des spécificités de BaliMurphy c'est d'essayer de lutter continuellement contre la frustration ajoute Mathieu. Chacun peut exprimer ses envies et comme elles sont changeantes, les ambiances de nos albums le sont aussi ! »







S'ouvrir à d'autres horizons

Sur ce disque, on retrouve aussi la patte de Kris Dane et son humeur ténébreuse : « Une collaboration qui nous a permis d'explorer d'autres contrées musicales et qui nous a offert un regard neuf sur notre travail, notamment pour la réalisation artistique. On est ensemble depuis près de 10 ans et il était très important d'accueillir un vent frais, porteur d'une autre expérience, » se réjouit François. Un univers dans lequel l'aspect visuel a depuis toujours une grande place. La pochette de l'album est d'ailleurs très réussie. Sobre et contrastée, en noir et blanc, elle reflète bien l'esprit de l'album. « On a toujours aimé soigné les à côtés de la musique, les pochettes, les affiches, et bien sûr, la scénographie de nos concerts.

Le Cirque Royal c'est, à ce point de vue, un vrai rêve de gamin. Une salle dans laquelle on peut laisser libre cours à notre imagination. Mais la pression commence à monter ! On a hâte de jouer dans cette salle qui nous est si familière comme spectateur. Une belle façon de lancer la tournée et de repartir à la rencontre des gens » conclut Mathieu.

Dérouté et déçu, malheureusement !

Un concert qui intervient quelques jours à peine après la sortie de ce nouveau disque. Drôle de choix pour défendre un album plus difficile d'accès et qui ne nous a pas tellement séduit. Certains morceaux sont très beaux (Roxane, La saison des claques) ou tapent justes (L’homo ça pionce) mais la tonalité générale nous paraît trop lourde (les guitares sur La déroute ou le déprimant Je rêve )

Le côté festif qui ressortait si agréablement de Poussières est absent et laisse la place à une impression parfois un peu vieillotte (Le caméléon, Lettre A). Un disque sans compromis mais qui risque d'en détourner plus d'un. Ce qui serait d'autant plus dommage que leurs prestations scéniques sont toujours un vrai plaisir. Et ça ne devrait pas changer pour cette tournée-ci !Alors, allez les voir et faites-vous votre propre idée!

François Colinet

En concert ce jeudi 16 février au cirque Royal et en tournée




BaliMurphy « La déroute » (SAM Records / AMG)