Le Conservatoire royal de Bruxelles : La fin d'un effondrement?

Le Conservatoire royal de Bruxelles
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Le Conservatoire royal de Bruxelles - © Gerald de Hemptinnel

Datant de 1876, le Conservatoire royal de Bruxelles, une des dernières œuvres de Jean-Pierre Cluysenaar (Galeries Saint-Hubert), est entièrement classé. Sa salle de concert Second Empire, son orgue Cavaillé-Coll et sa riche bibliothèque de partitions devraient asseoir sa notoriété et son prestige. C’est pourtant son état de délabrement avancé qui inquiète grandement mélomanes et usagers... jusqu’à ce qu’une association, l’asbl Conservamus, décide de faire face à l’urgence. Retour sur un chantier d’importance longtemps en suspens.

Le long du Conservatoire, on remarque des échafaudages sur les trois pans de façade qui encadrent la cour d’entrée. Une bâche nous exhorte : " Adoptez un châssis ". Si certains cadres de bois à l’étage sont rongés par l’humidité, d’autres, du côté droit, ont déjà été décapés, et vernis, à l’identique de ceux de Cluysenaar, un choix établi d’après une étude stratigraphique. Une initiative concrète que l’on doit à l’asbl Conservamus, réagissant au cri d’alarme lancé par des spécialistes du patrimoine quant au temps de survie faible de ces châssis et souhaitant poser un acte tangible vis- à-vis de ses membres et mécènes, gagnés à cette cause par un travail de sensibilisation et de communication de tous les instants.

 

Créée en 2007, l’association compte un noyau d’amoureux de la musique et du patrimoine désireux non seulement d’alerter le grand public sur l’état scandaleux des bâtiments mais aussi de leur redonner l’aura qu’ils méritent. Tous ses membres sont issus de la société civile et bien décidés à mettre à disposition leurs compétences professionnelles et leur réseau pour le bien commun du dossier. Les directeurs des conservatoires francophone (Frédéric de Roos) et flamand (Kathleen Coessens, héritant du siège de Peter Swinnen), également membres du conseil d’administration, ont veillé à ce que les besoins spécifiques d’une telle institution soient bien évalués.

 

Avouons que ce cas épineux aurait pourtant eu de quoi décourager les sacerdoces les plus pugnaces : il y a 40 ans, murs et institution " Conservatoire " ne faisaient qu’un. Avec la fédéralisation de l’enseignement, sont créés un conservatoire flamand et un conservatoire francophone qui dépendent désormais des communautés. L’état fédéral, toujours propriétaire du bâtiment, considéra qu’il n’était pas de son ressort de se charger de son entretien, parce qu’il n’en avait pas l’usage. Les occupants – techniquement, pas des locataires – soutenaient quant à eux qu’il ne leur revenait pas d’endosser la charge financière et technique. Sans modus vivendi rapide entre ces parties, ce qui se profila alors et se propage toujours est catastrophique, comme nous l’expose Gérald de Hemptinne, coordinateur de Conservamus : un tiers des locaux a été déclaré inaccessible par les pompiers ou d’autres spécialistes. Soit parce qu’il y avait déjà eu effectivement problème ou parce que les dangers qui se profilaient dans certaines pièces étaient imminents.

Au cours de notre visite, nous verrons des plafonds béants dans des pièces condamnées, des signes " un professeur et un élève maximum " placardés pour épargner les sols instables. L’escalier menant à la loge royale dans la salle de concert est, quant à lui, carbonisé suite à un incendie en 2015. Difficile d’imaginer que les étudiants trouvent là les meilleures conditions d’apprentissage, eux qui doivent bénéficier d’une intimité cloisonnée pour pratiquer leur instrument ou, que jusqu’en 2011, on accueillait dans ces pièces vétustes les jurés du Reine Élisabeth. La bibliothèque, cogérée par les deux conservatoires, est située dans le cœur plus moderne du bâtiment et donc un rien plus préservée. Son fonds inestimable est une des raisons qui pousse ces deux institutions à continuer à occuper le bâtiment actuel. L’orgue Cavaillé-Coll est réduit au silence à cause des gravats et la salle de concert, jugée joyau d’acoustique pour la musique de chambre, a vraiment connu des jours meilleurs même si elle accueille toujours du public.

 

Le rôle de Conservamus fut d’obtenir une concertation et désormais, de continuer à veiller jusqu’à ce que la dernière brique soit brossée nous explique son coordinateur actuel. L’association a mené une étude pour déterminer à qui incombait la responsabilité du bâtiment, puis analysé la faisabilité des travaux en faisant appel à un architecte spécialisé, afin d’évaluer ce que représenterait concrètement et financièrement la restauration et les aménagements nécessaires pour moderniser ce Conservatoire (des coûts aujourd’hui estimés à 60 millions d’euros). Un " business plan " a été établi. En 2010, il a été proposé de constituer une S.A. réunissant à parts égales trois actionnaires – le Gouvernement fédéral, la Communauté flamande et la Communauté française – et que le Conservatoire leur soit cédé contre un euro symbolique. Le 23 octobre 2013, fut énoncée la promesse de restauration suivant le plan établi par Conservamus, mais il fallut attendre juillet pour que la S.A. " Conservatoire royal de Bruxelles " soit formellement créée. Dans l’intervalle, via Beliris, a déjà été lancée une série d’études pour pouvoir, dès que possible, lancer l’appel à projets permettant à des équipes d’architectes de proposer leur plan d’action concernant le bâtiment. La sélection devrait être effectuée en 2018, les marchés publics pour les entre- preneurs devraient être lancés en 2019. Rêvons qu’en 2020 ou 2021, on puisse s’y mettre concrètement, conclura Gérald de Hemptinne, non sans envisager quels rouages de cette énorme machine pourraient être découverts encrassés d’ici là. Hors intempéries, la rénovation des châssis devrait quant à elle être terminée en mars 2019.

En apprendre davantage sur les missions de Conservamus : www.conservamus.be

 

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