Le Bunker, de briques et de rock

Le Bunker, de briques et de rock
4 images
Le Bunker, de briques et de rock - © DR

Le lieu, planqué dans une petite rue du quartier Nord de Bruxelles, une "strotje" comme on disait dans le temps, porte plutôt bien son nom.
On n’y donne pas de thé dansant, pour faire court !
Par contre, si le black metal et autres genres relevant de l’underground vous rendent tout(e) chose...

L'enseigne a été gravée au siècle passé. Les années 10 ou 20, par-là, mais elle est toujours accrochée au-dessus de la porte. "Laboratoires cinématographiques Léon Martin", peut-on y lire... Dans le quartier, à l’époque, les entreprises liées de près ou de loin à l’industrie du film s’étaient multipliées. Avant de disparaître lentement mais inexorablement. Le 66A de la rue des Plantes est alors resté à l’abandon pendant 20 ans. Quelques spéculateurs avaient imaginé que la gare du Nord allait s’étendre de leur côté, mais il n'en fur rien !

En 1999, le bâtiment change de main : un petit groupe de passionnés le transforme peu à peu en un lieu de création. Théâtre, cinéma et musique au programme. Le nom s’impose de lui-même. Comme des films inflammables étaient stockés dans l’immeuble, il devait être équipé en conséquence. Au troisième se trouvaient des pièces spécialement conçues contre le feu, raconte Patrice Bauduinet, aujourd’hui seul aux commandes. Pendant les travaux, on l’avait surnommé "le bunker". Et puis c’est resté, naturellement...

Cianure et black metal

Pour l’anecdote, il n’y a pas eu que de la vieille pellicule à déménager. Mais aussi deux tonnes de produits chimiques à virer des caves ! Des barils de cyanure, et de quoi fabriquer du gaz moutarde, paraît-il ! Il aura fallu dix ans pour tout évacuer légalement ! De Bruxelles Propreté à la protection civile, on a sonné partout et personne n’en voulait. Un jour, le nouveau commissaire de police nous a fait savoir qu’on allait fermer ! Je lui ai montré toutes les démarches entreprises, il a fait les mêmes et s’est vu opposer un non partout. Il a fini par m’appeler un matin : On arrive ! C’est-à-dire trois pompiers en combinaison chimique, une ambulance, la rue bloquée... Il l’a fait à la James Bond, en mettant la Commune au pied du mur. Dans l’après-midi, tout était parti !

Aujourd’hui, l’endroit affiche un look pour le moins brut. Lors des premiers travaux, nous avons évacué trente containers de merde, mais il était encore plus brut que ça ! Avec les années, le cinéma a été mis de côté, les initiatives en la matière n’ayant jamais "pris". Impasse a également été faite sur le théâtre, trop compliqué à gérer : On a même eu de la casse et du vol pendant cette période. Alors qu’avec les concerts rock, black metal et autres, il y a toujours eu un respect complet de la salle et du public ! Du coup, c’est un vrai plaisir de travailler avec des gens comme ça, même si ce n’est pas systématiquement ma préférence musicale.

Le bar et le foyer sont à l’étage, avec la fanzinothèque. Au rez, la salle — brute d’aspect, donc — affiche une jauge d’une centaine de personnes : Tout dépend de la configuration. Avec Daniel Hélin et Didier Super, on a fait sold out, il y avait 150 personnes. Pour un concert "traditionnel", avec musiciens, batterie et tout, il faut compter entre 100 et 120 personnes. Pour l’heure, elle est en mode "tables et chaises", mais il y a une bonne raison : Une fois par mois ont lieu les Mercredis du Fanzine. C’est une sorte de café littéraire, autour du fanzine, inauguré début avril. Précisons que le Bunker organise un festival consacré à ce même média : voilà huit ans que ça dure, et c’était inédit, lors de la première édition !

À la sauvage

À vol d’oiseau, Le Bunker et le Magasin 4 ne sont finalement pas si éloignés l’un de l’autre. Concurrence ? Il arrive que les affiches se rejoignent, admet Patrice Bauduinet, mais pas à la même période ni au même moment. Et puis ici, il y a parfois des choses beaucoup plus pointues que chez eux. Le mois passé, on a eu un concert de black metal : des gens sont venus d’Allemagne, de France, la salle était pleine... C’est un type de musique fort spécifique, rarement présenté à Bruxelles. L’année dernière, on a eu Jozef van Wissem, qui travaille avec Jim Jarmusch ; la salle était pleine. On a eu Lori Goldston, qui a été violoncelliste pour Nirvana : elle est venue avec trois musiciens accompagner un film muet. On a aussi eu un cirque punk ! C’est super spécifique…

Au Bunker, les choses fonctionnent dans le même esprit underground. Un peu "à la sauvage", si vous préférez ! À la débrouille. Quelques bénévoles donnent un coup de main pour faire vivre le lieu. On fait une tournante au bar. Généralement, l’été sert à effectuer quelques travaux et nettoyer un peu. Patrice Bauduinet s’occupe de temps en temps d’un concert : Mais c’est assez rare. Ce sont souvent des organisateurs indépendants qui viennent ici. Ils connaissent l’endroit. Ils font leur programmation en fonction des demandes qu’ils reçoivent, ou arrivent à caser une date entre deux autres déjà bookées dans une tournée.

Voilà aussi pourquoi la salle, même ouverte de septembre à juin, ne connaît pas de saisons régulières, ni même de programmation à proprement parler. Il arrive souvent que des gens nous demandent si on existe encore. Oui, on existe toujours ! On a une newsletter, envoyée à 700 personnes qui connaissent le lieu, et c’est le seul outil de communication. Même moi parfois, je ne sais pas qui vient jouer ! Parce qu’on a oublié de me le dire, parce que ça se fait à la sauvage, ça peut être annulé ou le groupe remplacé une semaine avant... Dans ces conditions, même si on avait des sous pour le faire, ça ne servirait à rien d’imprimer un beau flyer ou d’essayer de gérer un agenda !

Et pour le reste... oui, oui, Le Bunker existe toujours !

Bunker Ciné-Théâtre
Rue des Plantes 66A
1210 Bruxelles

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n°23 de Larsen est en ligne