Lawrence Le Doux : histoire belge

Lawrence Le Doux : histoire belge
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Parti d’une bonne blague, le nouvel album de Lawrence Le Doux fantasme la mythologie électronique du plat pays. Onirique et visionnaire, HOST retrace les annales d’une scène imaginaire. Avec l’art et la manière, le producteur s’invente trois décennies surréalistes. Entre dub digital, proto-ambient, EBM post-industriel et bande originale d’un documentaire fictif, le délire est total.

C’est la sortie des classes. Cheveux gris, chemise à carreaux, Laurent Baudoux quitte le bahut. Le jeune quadra est prof dans une école d’art. Dans la vie de tous les jours, il enseigne les rudiments du sauvetage sonore, expliquant à ses étudiants comment réaliser une installation, capter de bonnes vibrations ou résoudre des problèmes de sons. En marge des cours, l’homme est un super héros. À la nuit tombée, Laurent Baudoux se métamorphose en Lawrence Le Doux. DJ, producteur et figure de proue de la scène électronique bruxelloise, l’artiste est le meilleur ambassadeur des activités du label Vlek. Pour un mec comme moi, c’est une chance de bosser avec une telle structure, assure-t-il. À chaque fois que je leur file mes productions, ils remettent de l’ordre dans mon bazar. Le côté cohérent de ma discographie tient à leur intervention. À l’aise sur toutes les surfaces électroniques, Lawrence Le Doux s’est construit une identité modulable. Ses compos expérimentent les matières sans œillères. House, techno, synth-pop, ambient ou IDM : les possibilités offertes par sa musique sont aussi vastes que les racks de sa discothèque. Je ne suis pas collectionneur, mais j’achète beaucoup de disques. J’ai un budget de 300 euros par mois. J’associe ma pratique de DJ aux magasins d’occasion. Je chope des vinyles dans tous les rayons : jazz, soul, funk, expérimental, musiques du monde, hip hop. Je n’ai aucune frontière. J’essaie toujours d’intégrer ces trouvailles dans mes sets. Ça nourrit ma musique. Je crée des morceaux et je les teste en mixant dans les soirées.

Fin 2016, Lawrence Le Doux répond à une invitation du magazine The Word. L’équipe de rédaction a pris l’habitude d’évoquer l’histoire musicale belge à travers une sélection opérée par l’invité du jour. J’avais suivi cette série de près et j’avoue que ça me saoulait un peu. Du coup, je suis parti dans un délire : j’ai composé dix morceaux, inventé des histoires et différents noms de groupes. Une fois sur le plateau, j’ai demandé au journaliste de lire mon texte. Puis, j’ai passé tous les titres d’une traite. Présentée comme une immersion dans les contre-allées électroniques de ces trente dernières années, la trame instrumentale inventée par Lawrence Le Doux sème le doute dans l’esprit des chroniqueurs. Pris au premier degré, son coup de bluff fait mouche. J’étais mal à l’aise, confesse le producteur. Autour de moi, les gens étaient persuadés de découvrir un pan caché de l’histoire électronique belge. Ils étaient tellement enthousiastes que je n’osais rien dire. Comment allaient-ils réagir en découvrant la supercherie ? En plus, je déteste les concepts. À la base, je me suis lancé là-dedans en réaction à l’actualité. Aujourd’hui, tout le milieu musical recherche des trésors cachés. C’est l’âge d’or de l’archéologie. Les diggers sont les rois du pétrole. Chaque disque rare dégoté dans un grenier ou un chalutier enferme une légende ou une petite anecdote. J’ai juste parodié cette tendance en rassemblant de soi-disant morceaux oubliés sur une compilation... Totalement dément, le récit de Lawrence Le Doux parle de la Reine Fabiola et de ganja. Sans oublier la RTBF, Dansaert, Crammed Discs ou Tour & Taxis. Entre improbables studios montois et mystérieuses cassettes gantoises, les sons gravitent dans un fabuleux kaléidoscope électronique.

La bonne blague arrive aux oreilles du label Vlek. Les gars adoraient la musique et ils ont voulu sortir un disque, explique Lawrence Le Doux. Au début, j’étais un peu réticent parce que, dans mon esprit, ce projet n’avait aucune finalité. C’était juste le coup d’un soir. Au final, l’album HOST sort sous mon nom, de façon plutôt classique. Pour moi, le son belge n’existe pas. Notre musique est un pot-pourri. Nous sommes les éponges d’influences internationales. Nous absorbons des idées sans prise de tête. Même la new beat était une relecture maladroite de la techno de Chicago... Bâtardes et passionnantes, éclectiques et ondoyantes, les créations de Lawrence Le Doux appartiennent donc officiellement à notre histoire nationale. Voilà enfin une bonne raison d’être chauvin.

En pratique

HOST de Lawrence Le Doux, Vlak Records

La page facebook de l'artiste

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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