Laurent Voulzy entre France et Angleterre

Laurent Voulzy entre France et Angleterre
5 images
Laurent Voulzy entre France et Angleterre - © Philippe Abergel

Dix ans qu’il n’avait plus proposé de chansons originales. Sorti de sa légendaire discrétion, Laurent Voulzy frappe fort avec Lys and Love, un album multiforme et aventureux en hommage au Moyen-âge qui le passionne. Il prouve son génie en nous invitant à un magnifique et déroutant voyage musical.



Rencontre délicieuse avec un orfèvre des notes, un homme d’une rare sensibilité…



Rencontre délicieuse avec un orfèvre des notes, un homme d’une rare sensibilité…

François Colinet : Ceux qui vous suivent depuis 35 ans connaissent votre passion pour les Beatles ou les Beach boys, beaucoup moins votre attrait  pour le Moyen-âge…

Laurent Voulzy: Quand j’étais enfant, ma mère m’a offert un château fort comme plein d’enfants. Et, allez savoir pourquoi, je suis resté accroché au pont-levis, irrésistiblement attiré par cette période alors que d’autres enfants seraient passés à autre chose.  C’est comme si le 14è siècle résonnait en moi. Et cette attirance me poursuit. Il y a eu une évolution évidemment. D’abord j’ai commencé par lire des textes en vieux français auxquels je ne comprenais absolument rien mais la musique, le phrasé me plaisaientt. Ensuite, j’ai lu les aventures de l’époque : les templiers, les Cathares, les rois maudits. Les arts de l’époque m’attirent aussi beaucoup, les cathédrales bien sûr et puis la musique évidemment. Une partie de ma vie est plongée dans cet univers mais je suis bien dans la modernité. Notre époque permet tous les espoirs. Je sais qu’on vit la meilleure période qui soit mais si je pouvais voyager dans le temps, j’irais sans hésiter faire un tour au Moyen-âge.

Vous vivez maintenant dans la campagne anglaise et le parallèle entre la France et l’Angleterre est très présent sur ce disque. Deux pays qui, au Moyen-âge, ont été de grands rivaux…

Laurent Voulzy: La France et l’Angleterre ont été longtemps des frères ennemis. Les anglais étaient très présents en France pour livrer bataille. Mais il y a aussi eu beaucoup d’admiration réciproque dans les arts, dans leurs styles de vie réciproques... La relation France – Angleterre se devait donc d’être au cœur de cet album. On a donc traduit les textes dans chacune des deux langues dans le livret. Comme ça pour une fois, les gens pourront comprendre ce qu’ils chantent !

Fidèle à votre rythme, vous avez laissé passer dix ans depuis « Avril » votre dernier album de chansons originales. Comment se sont passées les phases de composition et d’enregistrement pour celui-ci ?

Laurent Voulzy : Pour la première fois de ma vie, j’ai décidé d’entrer en studio alors que rien n’était ni écrit ni composé. En commençant je n’avais qu’une demi musique. Parce qu’au départ je voulais faire un album électro, partir à l’aventure et tout trouver dans le laboratoire. Mais, dès le premier jour, le naturel à reprit le dessus et j’ai composé une chanson avec une structure traditionnelle couplet / refrain. J’ai voulu garder mon fil conducteur mais finalement il y a plusieurs plages qui n’ont rien d’électro. La Nuit par exemple est une chanson guitare voix tout à fait classique. Toutes les musiques étaient écrites avant que Alain et d’autres se mettent à écrire les textes.

Alain Souchon est, comme toujours, présent sur plusieurs titres. C’est notamment lui qui a écrit Le tableau sorte de prélude qui invite à rentrer dans l’histoire de cet album. Comment vous est venue cette idée ?

Laurent Voulzy : Au départ, ce texte est destiné à la musique de Jeanne. Mais après quelques essais, on a décidé, avec Alain, d’en faire une ouverture. Imaginez que je sois dans une maison un peu gothique, un peu sombre, et la nuit, je vais devant un tableau qui me fascine. Sur le tableau il y a une fille au 15è siècle. Je suis épris de cette personne et, par moment, j’ai l’impression de rentrer dans le tableau. C’est toute la puissance d’évocation du fantasme.

En apprivoisant cet album atypique, on a l’impression que c’est justement une grande invitation au fantasme et à la rêverie. Comment s’est construite cette liberté par rapport aux formats que l’on entend habituellement ?



Laurent Voulzy : Je suis resté dans mon univers du Moyen-âge en essayant de décoller, de partir moi-même quelque soit la structure des chansons. Je ne me rendais pas compte que ce disque était différent. Je le découvre depuis la sortie de l’album, en entendant les réactions des gens. Mais visiblement beaucoup de personnes rentrent dedans et apprécient son côté aventureux. J’ai terminé le disque, dix jours avant sa sortie deux heures avant qu’il parte à l’impression. Donc je n’ai pas eu le temps d’avoir peur ni de me rendre compte de ce que j’avais fait. Et c’est certainement mieux comme ça !

Un album qui ne sera pas forcément facile à emmener sur les routes ?

Laurent Voulzy : L’envie de tourner est là, c’est certain. Probablement cet été.  Maintenant il faudra voir dans quelle formule. On a envisagé de faire un spectacle uniquement composé des chansons du nouvel album qui forment une entité d’atmosphère particulier. Mais je pense que les gens, quand ils font le choix de venir me voir sur scène,  attendent aussi mes vieux succès.  Rien n’est encore arrêté mais le groupe qui m’accompagnera sera doute différent de l’habitude. J’aimerais en tout cas profiter de ce disque pour aller chanter dans des endroits inhabituels comme des églises ou des abbayes par exemple.

Et ce projet d’album avec Alain Souchon, il en est où ?

Laurent Voulzy : C’est un projet qui nous tient vraiment à cœur même si on en a certainement parlé trop tôt. Le souci c’est que nos rythmes de travail sur nos projets respectifs ne sont pas synchronisés. On doit donc décider de consacrer du temps pour écrire ensemble. On a déjà quelques chansons qu’on a écrites en 2009 et on va se retrouver au printemps prochain pour continuer à composer. Un album verra sans doute le jour. Patience…

Entretien : François Colinet






Laurent Voulzy « Lys and Love » (Columbia / Sony)