La recrudescence plutôt rentable des albums hommage

Eddy Mitchell
Eddy Mitchell - © JEFF PACHOUD - AFP

Johnny Hallyday, Barbara, Eddy Mitchell, Henri Salvador... Les albums hommage, remis au goût du jour depuis quelques années, inondent de nouveau les bacs cet automne. Si le succès commercial n'est pas toujours au rendez-vous, l'affaire reste presque toujours rentable pour les producteurs.

"On a tous quelque chose de Johnny", le plus attendu de ces hommages, est sorti vendredi, alors même que le chanteur de 74 ans, qui lutte contre un cancer des poumons, est hospitalisé.

Les "tribute albums" existent toutefois depuis longtemps dans le catalogue français. Barbara, à qui plusieurs artistes, dont Gérard Depardieu, rendent hommage pour les 20 ans de sa disparition, débuta sa carrière en chantant Georges Brassens (1960) et Jacques Brel (1961).

"Le concept ne s'est jamais vraiment arrêté", selon le journaliste Bertrand Dicale, qui évoque un tournant avec +L'école à Jojo+ (1997), dans lequel la jeune scène rock reprenait Joe Dassin. "Il y avait une vraie proposition artistique. Il ne s'agissait pas de faire une chanson à l'identique, ni un hommage à plat."

Dans le même esprit ont suivi "Aux suivants" (1998) et "Les oiseaux de passage" (2001), en hommage à Brel et Brassens. "On pensait alors que ça s'arrêterait, faute de grands noms restants", poursuit-il.

Mais à ce moment-là, l'industrie du disque entame une longue période de crise. Alors entre quelques hommages aux disparus comme Léo Ferré ("Avec Léo", 2003), Nino Ferrer ("On dirait Nino", 2005), Alain Bashung ("Tels", 2011), surgissent des "tributes" à des vivants, tels Hubert-Félix Thiéfaine ("Les fils du coupeur de joint", 2002) et Etienne Daho ("Tombés pour Daho", 2008).

"C'est vite devenu une poire pour la soif. On prend un gros répertoire, des interprètes importants. Et ça marche", schématise Bertrand Dicale, citant le franc succès de "La bande à Renaud" (2014), avec Biolay, Aubert, Lavilliers (environ 350.000 ventes).

1,2 million pour Goldman

Mais c'est "Génération Goldman", en 2012, qui a fait plus fort encore (1,2 million). Avec cette fois de jeunes artistes, dont certains issus des télé-crochets.

Une nouvelle recette qui fonctionne: "Le tribute s'adresse de plus en plus aux jeunes, le vieux fan restant ancré aux versions originelles", selon Dicale.

Un autre exemple? Le succès des Kids United. Les cinq enfants de 12 à 17 ans ont vendu environ 1,4 million de copies de leurs albums depuis 2015. Et leur dernier, "Sardou et nous...", sorti en octobre, devrait bientôt être disque d'or (50.000 ventes).

Romain Delnaud, directeur général de MCA France, qui édite "On a tous quelque chose de Johnny", estime qu'un album hommage "s'adresse aux fans d'abord et au grand public ensuite" en attirant les "curieux" de l'artiste honoré mais aussi les fans des artistes, qui reprennent les chansons. 

Compte tenu de la popularité de Johnny Hallyday, le succès devrait être au rendez-vous. "La même tribu" paru il y a une semaine, est lui, déjà bien parti (13.500 ventes physiques). Dans ce disque, Eddy Mitchell revisite ses tubes en duo (avec Hallyday, Renaud...).

"Un +tribute+, ça rapporte encore", assure Bertrand Dicale. "Cela coûte moins d'argent qu'avant. Les efforts sont surtout logistiques pour réunir les artistes. Et ça reste plus facile de vendre des chansons connues que des inconnues."

"Généralement, ces albums sont bien classés", ajoute-t-il. "Ils fonctionnent bien en promo (dans les médias, ndlr). C'est aussi intéressant pour l'artiste qui y participe car cela maintient son activité entre deux albums, ça élargit son univers."

Parmi les succès récents, "Des airs de liberté" (2015) en hommage à Jean Ferrat et "J'étais un ange" (2016) consacré à Michel Delpech ont été disques d'or. Balavoine(s) a, lui, dépassé les 100.000 ventes. 

Pour l'heure, comme "Sardou et nous...", "Souchon dans l'air" (40.000) et "Depardieu chante Barbara" (30.000) se sont bien vendus. Les hommages à Henri Salvador et Pierre Perret moins.. Ils n'ont pas dépassé les 10.000 ventes.

Restent ceux consacrés à Johnny et Dalida (par Ibrahim Maalouf), ce dernier étant paru également vendredi.