La Collection de Jacques Stotzem : Le Picking, le Blues et le Folk Rock

Jacques Stotzem
5 images
Jacques Stotzem - © Pascal Winkel/www.photo-graphism

The Way To Go, son nouvel album, est un grand succès pour un instrumental. Mais d’où vient l’art du Verviétois? Toute la musique qu’il aime, elle vient de là... Jacques Stotzem est l’un des musiciens belges, francophones voire verviétois les plus connus dans le monde, le seul à qui le luthier américain Martin a dédié une guitare "signature". Comme le furet, il court il court de par le monde avec sa guitare sur le dos. Passé par ici, l’Asie cet été, il repassera par là, l’Asie au printemps: Japon, Corée du Sud la seule fréquentable à l’heure actuelle, Chine communiste... Et quand il n’est pas en Asie, c’est en Allemagne, au Québec, voire en Belgique, à Ethe, près de Virton, le 19 janvier prochain. Sa six cordes au dos et son nouvel album sous le bras, The Way To Go justement appelé. Un album tout en douceur, par un musicien qu’inspirent aussi bien les Fagnes que la Vesdre et ses affluents: La vie va à 300 à l’heure et la respiration des choses calmes tombe bien, dit le virtuose. Dans l’Ultratop Wallonie depuis 11 semaines, The Way To Go a trouvé le chemin du succès. Voilà d’où vient l’inspiration de Jacques Stotzem.

 

 

Big Bill Broonzy (1893-1958) - Anthologie du blues vol. 8

Big Bill Broonzy est le musicien qui m’a donné envie de jouer de la guitare et cette technique, appelée finger picking, a fait que je me suis acheté cet instrument. Je l’ai découvert grâce à Stefan Grossman, un Américain qui est l’héritier de ces vieux bluesmen, il a côtoyé Son House, Reverend Gary Davis, Blind Boy Fuller, Blind Blake aussi. Beaucoup étaient aveugles à cause de carences durant l’enfance. Grossman a été leur messager et ma technique s’est forgée en les écoutant. Broonzy était un des rares vieux bluesmen à venir en Europe après-guerre. Il avait un répertoire blues, mais aussi folk, plus populaire, c’est comme ça qu’il a pu tourner un peu plus que les autres. En 1951, 52 et 56. Il a fait la salle Pleyel à Paris et les disques Vogue ont enregistré cette anthologie. Avant, il n’y avait que les vieux 78 tours repiqués, le son était épouvantable. Ici, on entend la présence de la voix, de son jeu de guitare, son swing évident. On découvre le blues rural comme s’il était devant soi. Le blues originel avant qu’il ne s’électrise en allant à Chicago. Sans des ethnomusicologues comme Alan Lomax, tous ces musiciens auraient complètement disparu. J’ai écouté cet album des centaines de fois, il est pas mal usé, mais je le garde.

Jackson Browne - Running On Empty

Pour moi, c’est l’album sur l’île déserte. Jackson Browne fait partie d’une niche musicale, le folk rock californien, comme James Taylor. Quand j’apprenais la guitare à partir du blues, je ne me sentais pas bluesman, je ressentais une frustration. Et puis j’ai découvert Jackson Browne avec cet album, Running On Empty. Il a été enregistré sur la route, dans un bus, dans les loges, sur scène... Cette ambiance particulière m’a donné envie de vivre avec ma guitare sur la route. Mon style vient de ce mélange de picking issu du vieux blues et du folk rock américain. Écouter Jackson Browne et son rêve m’a aidé à composer les thèmes de mon nouvel album, des mélodies simples chargées d’émotion. On peut avoir entendu des choses des dizaines de fois et ressentir toujours la même émotion. C’est le miracle de la musique. On n’imagine pas les liens inconnus qui conduisent à une certaine expression musicale. L’album Running On Empty se termine par Cocaïne Blues, un thème de Reverend Gary Davis. Je retrouvais le blues des origines...

Bonnie Raitt - Dig In Deep

C’est une chanteuse que j’ai toujours appréciée et, plus le temps passe, plus ses albums deviennent historiques. Dig In Deep est une réussite totale : choix des titres, groupe, voix, tout y est. Bonnie Raitt a 68 ans et il y a une authenticité dans sa musique qui m’émeut. Elle est taillée pour la scène, c’est une musique qui se partage. Comme chanteuse, elle n’est pas du tout formatée, elle a écrit un titre repris par Adele, que tout le monde connaît maintenant : I Can’t Make You Love Me. Fidèle à sa Stratocaster et au blues rock, elle maîtrise son jeu sans jamais le mettre en avant, en utilisant le son et l’énergie de façon extraordinaire. Et son jeu de guitare slide est inspiré... des bluesmen. Elle a aussi une voix magistrale, dans tous les registres et sans jamais forcer. Sans hurler, elle a une puissance formidable. En concert, on se dit quelle bonne femme, qu’est-ce qu’elle donne et on en ressort heureux.

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n°26 de Larsen est en ligne ou dans divers dépôts.