L'interview d'Henri PFR en quatre disques

Henri PFR
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Henri PFR - © Guillaume Kayacan

Phénomène "feel good" du moment, Henri PFR explose les compteurs des sites de streaming et impose avec son pote Lost Frequencies la marque "belgian deep house" sur les dancefloors de la planète entière. Dans la foulée de ses tubes Home et Until The End, le Bruxellois de 21 ans a rempli l’Ancienne Belgique et s’apprête à réaliser le rêve de tout DJ / producteur en se produisant cet été au Tomorrowland. Musicien de formation classique, Henri a pu compter sur ses parents artistes pour se faire une éducation musicale de bon goût. À la veille de son marathon des festivals, il exhume quatre disques qui l’ont profondément marqué. Il n’y a aucune référence électro.

En mars dernier, j’étais invité dans une émission radio sur Pure.
Les animateurs m’ont laissé les commandes de la programmation et j’ai notamment choisi de diffuser la chanson Boys Don’t Cry de The Cure en hommage à ma mère. Maman est une fan de new-wave. Bauhaus, The Psychedelic Furs, Virgin Prunes ou encore The Cure...
Tout ça passait beaucoup à la maison. J’ai particulièrement craqué sur le groupe de Robert Smith parce qu’il sortait aussi des vidéos hilarantes. Dans le clip de Boys Don’t Cry, ce sont des enfants lookés comme les membres de The Cure qui jouent la chanson. C’est frais, pop et efficace.

Si maman est new-wave, mon papa est rock. C’est un méga fan des Rolling Stones. Chaque été, lorsqu’on partait en vacances en Espagne, il gravait sur CD ses propres compilations des Stones avec Angie, Brown Sugar et bien sûr (I Can’t Get no) Satisfaction qu’on retrouve sur cette édition américaine de leur album Out Of Our Heads. Dans la maison où nous résidions en Espagne, il n’y avait ni réseau télécom et ni télé. Les activités étaient limitées. Le soir, on se retrouvait autour de la chaîne hi-fi, ma sœur, mes parents et moi pour écouter de la musique. Et je dis bien "écouter", car nous ne faisions rien d’autre que ça. C’était comme un cérémonial. Ce sont des moments inoubliables.

J’ai commencé le solfège à l’âge de six ans dans une école de Woluwe-St-Pierre. Je dois l’avouer : c’était une horreur. J’avais cours le mercredi et j’y arrivais en pleurs. Ma mère me déposait en voiture, elle me jetait devant l’école et refermait la portière à clef derrière moi pour être sûre que je ne revienne pas. Maintenant, je ne peux que la remercier de m’avoir forcé à maîtriser le solfège. Lire la musique me permet de la comprendre et de mieux découper les séquences. La plupart des morceaux que je compose naissent au piano. C’est au piano que je cherche mes lignes mélodiques avant de les reproduire dans mon clavier MIDI. Quand j’ai besoin de décompresser ou de m’évader, j’écoute toujours de la musique classique. Mon compositeur préféré est Vivaldi. Pour moi, Les Quatre Saisons, c’est plus que de la musique. C’est un voyage, une histoire, un film, un univers... Sur un plan purement technique, il y a bien plus de variations de décibels dans une œuvre classique que dans un morceau électro. C’est plus intense, plus varié.

J’ai un agenda rempli jusqu’en 2018, mais si un cinéaste me propose aujourd’hui d’enregistrer un soundtrack pour son film, je laisse tomber tous mes engagements pour m’en occuper. C’est mon rêve ultime et je sais qu’il se réalisera. J’adore toutes les musiques que Morricone a composées pour les westerns spaghetti. Le thème de A Few Dollars More (Et Pour Quelques Dollars De Plus) est un modèle du genre. Tout commence avec quelques notes sorties d’une boîte à musique, puis les violons arrivent et ça monte en crescendo. C’est un truc complètement dingue. Je m’en suis quelque peu inspiré pour la musique d’intro qui ouvrait mon concert à l’Ancienne Belgique.

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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