L'interview d'Hans Zimmer : "Je pense que je suis optimiste car je suis musicien."

Hans Zimmer en concert au Palais 12.
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Hans Zimmer en concert au Palais 12. - © Tous droits réservés

C’est l’un des compositeurs les plus estimés de la profession. Il a probablement mis en musique les films les plus connus de ces 20 dernières années. Avec un Oscar pour la musique du "Roi Lion", Hans Zimmer est l’homme derrière les B.O. musclées de "Pirates des Caraïbes", de "Gladiator", du récent "Batman v Superman" mais aussi de presque tous les films de Christopher Nolan.

 

C’est Jean-Marc Panis qui a eu l’honneur de s’entretenir en toute exclusivité avec le musicien qui sera en concert le 14 avril au Palais 12 pour une représentation exceptionnelle.

 

Pour commencer, une question qui va vous sembler sans doute un peu étrange : selon vous, une musique de qualité doit-elle pouvoir fonctionner de façon autonome, sans y ajouter d'images ? Ou il ne s'agit pas du tout de cela ?

On doit pouvoir y ajouter des images. C'est crucial. Mais elle doit pouvoir voler de ses propres ailes également. Elle doit fonctionner comme un morceau de musique à part entière. Lorsque j'ai lu le scénario de "A World Apart" de Chris Menges, je l'ai trouvé vraiment très beau. Même les parties où il n'y a pas de dialogues, qui relèvent plutôt de la mise en scène ou de la direction scénique. Certains scénarios sont écrits un peu comme les instructions que l'on trouve dans les modes d'emplois d'Ikéa. Mais lui, il est parvenu à garder un style.

 

Entendez-vous de la musique en lisant les scénarios ? Lisez-vous les scénarios comme une partition de musique ?

Absolument ! C'est un très beau langage. Il y a un bon rythme. Puis c'est excitant de voir la trame d'une histoire géniale se dérouler ainsi sous nos yeux. Je pense aussi que les morceaux de musique de qualité sont, à leur façon, cinématographiques. Ils font penser à des séquences de cinéma et ont un vrai style. Ce sont eux qui vous donnent vraiment des frissons quand vous les entendez. Il ne doit pas toujours s'agir de mots. Les images peuvent aussi susciter des sensations, tout comme les couleurs. Oui, il faut que la musique fonctionne avec des images, mais elle doit aussi pouvoir être autonome. Je vais vous donner un exemple assez dingue : je pense que la chanson "Happy" de Pharrell Williams est une œuvre musicale vraiment incroyable ! Elle a été créée pour un film mais elle se joue également de façon totalement individuelle. Les gens du monde entier la connaissent maintenant, ils en ont même fait des vidéos : on les voit danser et chanter dessus et ce dans toutes les cultures ! Alors que c'est un petit air si simple ! Quand on l'entend, cet air semble très facile à créer, mais, moi, je sais qu'il travaillé très dur dessus ! C’est un morceau absolument parfait.

Ce qui m'intéresse surtout aujourd'hui, c'est le fait de travailler avec une technique très accessible et de voir jusqu'où je peux aller avec celle-ci.

 

Est-ce la même chose avec les morceaux que vous composez vous-mêmes ? Sont-ils le résultat d'un travail complexe tout en paraissant au final très simple à la première écoute ? Est-il nécessaire qu'ils recouvrent les deux facettes pour que leur réalisation vous semble intéressante ?

La musique de "Gladiator" est la musique de film qui a été créée de la façon la plus indisciplinée et la plus folle du monde. Il y a 19 thèmes ! Alors qu'il ne devrait y en avoir que trois... Mais j'étais comme un enfant qui se trouve dans un magasin de jouets. Je m'amusais tellement ! C'est un travail extrêmement complexe, même s'il peut paraître très simple au final. Mais ce qui m'intéresse surtout aujourd'hui, c'est le fait de travailler avec une technique très accessible et de voir jusqu'où je peux aller avec celle-ci.

 

Comme avec le thème du Joker ?

Oui, c'est cela. Tout y est réduit à l'essentiel. Car pour moi, le Joker est le seul qui dise toujours la vérité dans ce film. C'est le personnage le plus courageux, ce qui est une chose que je ne devrais pas dire évidemment. Mais j'aime cette idée selon laquelle tout est réduit à une note épurée. Habituellement, si vous êtes quelqu'un de normal, vous faites pas mal de bruit ! Je voulais que la musique soit vraiment discrète, et à la fois envoûtante et troublante.

 

Et plus effrayante aussi. Votre approche de la musique n’est pas seulement influencée par le classique. La toute première fois que je vous ai vu, me semble-t-il, - et je ne savais même pas que c'était vous – c'était dans une vidéo des Buggles : "Video Killed the Radio Star", quel chef-d’œuvre !

Oh vous savez, déjà à cette époque, on ne voulait pas vraiment faire de la musique, on voulait réaliser un film ! Et tout le monde nous disait qu'on était fous ! C'était deux ans avant que MTV ne soit lancé. Mais nous ne savions pas cela ! Nous pressentions simplement qu'il y allait avoir un changement global dans le domaine de la musique et de la façon dont nous allions en faire. Il existe une expression fameuse en allemand " das Auge hört mit " ce qui signifie en français " L’œil écoute aussi ". On écoute également avec les yeux, la musique n'est pas seulement l'oreille, car les yeux doivent aussi être flattés ! Vous savez, la technique d'enregistrement sonore a été inventée il doit y avoir quoi...150 ans ? Et tout à coup, on a fait la différence entre la personne que l'on voyait et le son que l'on entendait. Et je l'ai d'ailleurs assez mal vécu. Je me souviens en effet, quand j'étais encore enfant, ma mère m’a emmené voir Alfred Brendel jouer du piano. Je me rappelle de cette dernière note rendue par cette touche sur laquelle son doigt ne cessait plus de frapper, pour ensuite se retirer et laisser place au silence. Ma mère m'a plus tard apporté l'enregistrement du concert. La dernière note que l'on entendait alors faisait juste " ding ". Mais l'interprétation faisait tout, elle était vraiment le cœur du concert. C’est là qu'est née mon envie de créer des musiques pour films. Parce que cette simple note me donnait l'impression qu'il manquait la totalité de l'interprétation, qui impliquait les yeux, les oreilles... et tant d'autres choses ! Vous savez, les gens n'ont pas arrêté de dire à propos du film " Inception " qu'il était question de rêves partagés. Peut-être était-ce le cas – peut-être pas. Mais il est quelque chose d'essentiel : l'impression qu'un film vous laissera sera différente selon que vous l'aurez regardé dans une salle de cinéma, entouré d'autres personnes, ou que vous l'aurez regardé chez vous, seul derrière votre ordinateur. J'ai toujours aimé l'idée que nous pouvions, dans le domaine de la musique, du cinéma ou dans toute autre forme d'arts, nous concentrer sur nos émotions. Ou même dans le football lorsque vous vous trouvez dans un stade pour assister à un match ! La façon dont l'humanité ne fait plus qu'un pendant quelques instants pour ensuite reprendre le cours de sa vie à nouveau.

 

Cela signifie que pour qu'une partition de votre cru soit bonne, celle-ci doit pouvoir toucher beaucoup de gens ? Ou alors elle vous plaît énormément et vous vous dites "Ok, j'adore, c'est dans la boîte ! Et tant pis si ça ne plaît pas" ?

Le succès ne m'importe vraiment pas. Je pense qu'il y a tellement de morceaux de musique... Je pense aussi que certains d'entre eux sont vraiment privés. Il y a un avantage à les garder secrets pour soi, ne pas les divulguer c'est parfois mieux. Vous savez, tout le monde a un morceau de musique qui lui est vraiment cher.

Je passe ma vie dans une cave sans fenêtre.

 

Et que l'on ne désire pas forcément partager, dont on n'a pas spécialement envie de parler…

C'est ça, ou alors juste avec une seule personne. C'est un peu comme "Ah, tu aimes aussi cette musique ?" et là un lien se crée. Bon, moi j'ai cette vie un peu étrange, toujours enfermé dans cette pièce sombre... Étonnamment, rien ne semble avoir changé. A nouveau, on est parvenu à me placer dans cette pièce qui ne possède aucune fenêtre.

 

Au sous-sol, dans la cave !

C’est exactement ça ! Je passe ma vie dans une cave sans fenêtre. Je compose ma musique et je l'envoie à partir d’ici. Et aujourd'hui, avec Facebook et les réseaux sociaux, je commence à me rendre compte que certaines de mes compositions touchent réellement les gens. J'écoute parfois des conversations assez étranges qui animent certains débats même si je n'y prends pas part mais j'entends qu'on en parle via les réseaux sociaux et la technologie actuelle. J'ai demandé : "Est-ce que tu crois que des gens viendront si je me produis sur scène ?" Et nous avons essayé. Je voulais voir si je pouvais le faire en temps réel.

 

Est-ce la grande différence ? Parce que je vous vois là, dans votre sous-sol, tel un Batman entouré de tous ses appareils. C'est si précis. Vous savez ce que vous voulez ajouter ou non puis vous mettez le tout en ligne. Quelle est la différence ? Est-ce le risque ?

Oui, c’est le risque ! Je crains vraiment la scène et j'ai toujours évité le risque. Quand je suis venu en 2000 à Gand, vous n'avez aucune idée du courage qu'il m'a fallu pour m'y produire. Mille et une excuses me passaient par la tête pour ne pas y aller. Mais en fin de compte, je l'ai fait. Et c'était...exquisément effrayant. C'est la seule façon dont je pourrais décrire les choses. Oui, c'était extrêmement complexe. Et ce qui était vraiment bon, c’est qu'il y avait au tout début, dès les deux premières secondes la toute première fausse note. J'avais deux choix : m'arrêter et pleurer, ou alors en rire. Et je n'en suis pas mort ! Et personne ne m'a jeté la pierre pour cela ! Tout allait bien ! Je remercie tous les Gantois de ne pas m'avoir tué et de m'avoir donné le courage de continuer. C'est tellement absurde...Vous savez, vous devez apprendre à pouvoir rire de vous-mêmes. Vous devez apprendre à pouvoir le faire.

 

C’est la leçon que vous avez peut-être apprise avec la musique pop ? Ou bien cela n'a rien à voir ?

J'ai souvent raconté cette histoire : il y avait ce comédien anglais dont le nom était Tommy Cooper. Il n'était pas vraiment connu en dehors de l'Angleterre. Il avait l'habitude de se présenter comme un musicien. Mais il n'était pas très doué. Les gens avaient l'habitude de se moquer de lui. Et plutôt que de se sentir offensé, il riait avec eux ! Je pense que c'est là la seule façon de pouvoir survivre. Tous les jours, nous prenons des risques en vivant. Nous risquons bien évidemment l'échec, et c'est comme cela qu'on apprend. Et nous avons besoin d'être entouré de gens qui nous encouragent à prendre ce risque d'échouer en faisant nos expériences, en frôlant les limites du raisonnable. C'est le seul moyen que nous avons de progresser.

En parlant de cela, existe-t-il des musiques que vous auriez préféré ne pas avoir réalisées ?

Oui ! Je ne vais pas vous dire desquelles il s'agit, mais je crois que vous pourriez aisément les deviner.

 

Je me suis laissé dire que vous n'aviez pas travaillé sur le film Shrek, mais que le projet ne vous aurait pourtant pas déplu !

Non, je voulais travailler sur celui où il y avait un cheval ! Parce que je pensais...non j'ai eu les trucs de western, pas les trucs de Shrek ! Je suis vraiment content de ne pas avoir travaillé dessus car ce sont des amis précieux, John Powell et Harry Gregson-Williams qui ont pu travailler dessus ! C'est parfois vraiment sympa de ne pas pouvoir travailler sur certains projets. Je pense que c'est ce que ressentent très souvent les réalisateurs avec moi. Vous voyez, on parle musique mais ce ne sont que des mots. Ils font semblant d'avoir les mots, les idées, mais ce n'est en réalité pas le cas jusqu'à ce qu'ils jouent la musique. Parce que je suis incapable de les décrire.

 

De quoi avez-vous besoin pour vous mettre au travail ? J'ai lu que pour "The Thin Red Line" de Terrence Malik, vous n'aviez vu aucune image du film. Est-ce vrai qu’il vous avait demandé d'écrire la musique avant même de l’avoir vu ?

Non c'était bien au-delà de cela. J’ai lu le script et j'étais sûr qu'il n'allait jamais mettre en scène ce scénario-là. Terry aimait aller là où les gens créent réellement des choses. Nous avons créé des morceaux de musique. Il y avait un bureau pour lui dans mon studio pendant à peu près un an avant qu'il aille tourner son film. Nous nous entretenions à propos de plein d'autres choses. Je me souviens d'ailleurs de ce dîner chez une personne à Malibu. Il y avait une très longue table de dîner. A l'extrémité de celle-ci, Werner Herzog et Terrence Malick étaient en train de se disputer. En un coup, tous les convives autour de la table se sont tus. Tout le monde voulait savoir pourquoi ces deux grands cinéastes se disputaient ainsi. Mais ils étaient tout simplement en train de se quereller à propos de la musique du " Roi Lion " ! Ils l'adoraient tous les deux, et chacun d'eux entendait avoir raison sur le meilleur morceau de la bande originale. Tout le monde semblait un peu perplexe. Sauf moi ! Pour eux, un film est un film ; la musique est la musique. Et le fait que ces deux hommes s'enflamment à propos d'une histoire pour enfants montre à quel point ces gens sont géniaux et que les choses peuvent les toucher. Pour Terry, il était vraiment important de comprendre la poésie. Et le film qu'il a finalement réalisé n'avait rien à voir avec le film qu'il m'avait promis ! Sa façon de travailler n'avait rien à voir avec ce qu'il m'avait assuré de faire. Nous nous sommes vraiment beaucoup disputés. Il y a par exemple une narration dans un film. Mais il n’est pas parvenu à couper les scènes ou à terminer le film car la narration n'était pas écrite ! Il n'arrêtait pas de me dire : " Nous devrions écrire ou travailler comme le font les paroliers. Tu commences par écrire la musique, j'enchaîne avec les mots ! " Et j'étais là : " Attends, non ! Pas question ! J'ai vu Elton John travailler : Bernie Taupin écrit les mots, et c'est seulement après qu'Elton écrit la musique ! " Donc nous formions un duo absolument impossible car nous nous battions pour ne pas faire une chose avant que l'autre ne fasse une autre chose. Malick a-t-il finalement gagné? Oui, j'ai d'abord écrit la musique... non, en fait, je n'ai pas écrit la musique en premier. Je ne suis pas le véritable auteur de cette musique car celle-ci est née en réalité de nos conversations, de notre présence commune dans cette pièce, et de nos débats autour de ce film. D'une certaine façon, l'auteur de cette musique, c'est le film ! Le réalisateur a un rôle crucial dans la création de chaque partie de la musique, dans chaque étape du projet musical.

 

Que ressentez-vous lorsque vous vous produisez sur scène, comme vous le faites là, sans les images ?

C'était l'idée en fait. Deux choses me taraudaient, outre évidemment la crainte de la scène : la première, c'est lorsque je vais voir un concert où joue un orchestre, il y a toujours un homme qui me tourne le dos. C'est lui qui est le centre de l'attention. Il est à mi-chemin entre moi et ma propre connexion avec les musiciens. Donc j'ai demandé aux musiciens si l'on pouvait se débarrasser du contacteur. Ils m'ont répondu : " Sans souci ! ". La seconde chose, c'est que je désirais voir, plutôt que de jouer à nouveau avec le support des images, de sorte que votre attention se porte à moitié sur celles-ci, et à moitié aussi sur les musiciens. Je me suis dit : " Attends, Hans : ces musiciens, qui ont tous travaillé à la création de cette musique, qui ont joué tes notes… Sans eux, il n’y a rien ! Rien. Regarde-les. Apprends à les connaître. Ils sont en fait assez bons ! Et c'est même assez excitant de les voir jouer. Il y a donc une autre façon d'interpréter tout cela. Il existe bien une autre façon de jouer cette musique. Mon ami de longue date, Mark Breckman, y a songé pendant longtemps. C'est un véritable artiste quand il s'agit des lumières. Et je lui ai juste dit : " Pas un cadre du film, mais tu dois pouvoir interpréter l'histoire à nouveau à ta façon avec les lumières ! " J'ignorais si cela allait marcher. Et finalement ça a été super ! C'était un signe, une découverte. Les gens ont vraiment adoré voir ça. Je pense que c'était différent et à la fois nouveau pour eux. C'était une façon différente de percevoir cette musique.

Quand je me mets à jouer, je me dévoile complètement. Lorsque je joue quelque chose à quelqu'un pour la première fois, je ne regarde pas la personne. Je me laisse simplement aller.

 

Ce n'est pas vraiment une question spécifique à vrai dire... J'aimerais que vous me parliez un peu du projet "Interstellar" et de sa musique.

"Interstellar" est une façon assez singulière voire complètement différente d'aborder quoi que ce soit. J'ai joué pour Christopher Nolan ce petit morceau à la fois très modeste et très personnel. Vous savez, même après avoir travaillé pour une centaine de films, c'est toujours la même chose : lorsque je parle avec quelqu'un, je reste très pudique, j'ai une certaine retenue. En revanche, quand je me mets à jouer, je me dévoile complètement. Lorsque je joue quelque chose à quelqu'un pour la première fois, je ne regarde pas la personne. Je me laisse simplement aller.

 

Vous voulez dire au piano ?

Non, je l'ai fait à partir de mon synthétiseur ou de mon ordinateur. Mais ces instruments rendaient bien, à peu de choses près, la mélodie d’un piano. Quand j'ai fini de jouer, je me suis retourné et j'ai demandé : "Alors, qu'en penses-tu ?". Et là, il m'a dit : "Eh bien... J'imagine que j'ai intérêt à réaliser le film avec une telle mélodie !" Je lui ai répondu: "Mais enfin, quel est ce film ?!". Il a donc commencé à me parler de l'espace, de trucs vraiment énormes. J’avais vraiment envie qu'il me raconte l'histoire ! Il m’a répondu que désormais il savait où se situe réellement le cœur du film. Et c'est précisément cette mélodie que l'on entend tout au long du film. Je ne pense pas que Chris ait jamais eu fini d'écrire le scénario de ce film. Et le fait de me demander à moi ce que j'en pensais l'a poussé à se dire "Ok, on doit y aller maintenant !". Ce morceau de musique a en quelque sorte voyagé à travers le tournage. Une fois, il m'a dit – même s'il sait exactement ce qu'il fait - : "C'est assez bien de mettre la musique sur le tournage, afin que l’on se souvienne pour quelle raison on fait tout cela." Donc voilà ce qu'est "Interstellar", tout vaste projet qu'il soit. C'est un film très personnel. Vous savez d'où je viens, mon père était un scientifique. Et je pense que la seule chose qui puisse réellement tous nous sauver, nous les êtres humains, en fin de compte, c'est la science ! Et la seule chose qui puisse inspirer la science, ce sont les rêveurs ! Aurions-nous été sur la Lune si nous n'avions pas un peu rêvé d'y arriver un jour ?

 

Vous restez optimiste puisqu'il nous reste un cœur ?

Je pense que je suis optimiste car je suis musicien. Je me rends compte, de plus en plus, de la signification de l'art. Ce n'est pas le fait que l'on sache jouer bien ou non : il s'agit d'apprendre à écouter. Il faut apprendre à s'écouter les uns les autres. On peut être issu de cultures totalement différentes, on peut ne pas parler la même langue. Mais lorsqu'on est tous rassemblés... S'il y avait une horde de musiciens ici même et que nous commencions à jouer, la première chose que nous ferions tous, c'est s'écouter les uns les autres. Il y a du respect, il y a de l'empathie. S'écouter les uns les autres est la seule manière possible de faire naître une jolie mélodie. Je pense aussi que certains politiciens pourraient en prendre de la graine. Ils devraient être forcés de jouer un instrument et se faire des jams de temps à autres – tous les week-ends ! En musique, il n'y a pas de jugement comme en politique : il n'existe pas de note correcte ou de note incorrecte. C'est plutôt du style : " Voilà ma note ; que vais-je en faire maintenant ? ". Je n'essaie pas d'être prétentieux à propos de tout cela, mais la partie " écoute " a ses avantages. Il ne s'agit pas de la négliger.

 

 

Hans Zimmer en concert au Palais 12 (Avenue de Miramar - 1020 Bruxelles) le 14 avril à 20h.