L'audio s'offre une nouvelle jeunesse sur le web

L'audio s'offre une nouvelle jeunesse sur le web
L'audio s'offre une nouvelle jeunesse sur le web - © 123ducu - Getty Images/iStockphoto

Après l'écrit, le son se réinvente sur internet : la vogue des podcasts, ces contenus audio popularisés aux Etats-Unis par le feuilleton "Serial" et en forte croissance en France, pousse de nouveaux acteurs comme Slate France ou des géants comme Amazon à parier sur le web sonore.

Comme sa maison mère américaine Slate, la version française du magazine en ligne se lance à son tour dans les podcasts, a expliqué à l'AFP le directeur des rédactions de Slate France, Boris Razon. "Aux Etats-Unis, les podcasts sont un énorme succès. Ils s'écoutent beaucoup dans les transports, par exemple", souligne-t-il.

"On a réinventé le format écrit pour le numérique. Pourquoi pas des contenus sonores innovants, et pas seulement des émissions de radio de 50 minutes à réécouter? Nous voulons être les pionniers de la création narrative sonore" en France, ajoute-t-il.

Conçus au départ comme des abonnements à des émissions de radio à réécouter sur un lecteur MP3, les "podcasts" recouvrent désormais tous les contenus audios à la demande disponibles sur internet.

Slate France (un site gratuit) prépare deux premières productions : "Transfert", tous les 15 jours, où des inconnus raconteront leur histoire à la première personne dans des récits de 20 à 30 minutes, et un talk-show sur l'éducation des enfants une fois par mois. La version américaine Slate.com propose, elle, des contenus sonores très variés, allant d'interviews historiques à des débats et émissions en direct.

Fictions radio

Pour cette nouvelle offre, Slate France est sponsorisé notamment par Audible, la filiale de livres audio d'Amazon, que le géant américain est en train de fortement développer partout dans le monde.

Audible propose déjà 200.000 livres audio (dont 4.000 en français) à acheter, louer ou à écouter avec un abonnement illimité. Audible commence même à développer ses propres fictions radiophoniques avec les voix d'acteurs connus, dans une stratégie similaire à celle de la vidéo.

En France aussi, les contenus sonores sur internet sont en très forte croissance. Ainsi, le nombre de réécoutes sur les sites de Radio France a encore bondi de plus de 40% en mai 2016 par rapport à mai 2015, atteignant 33 millions. Dont 16,8 millions pour les émissions de France Inter et plus de 12 millions pour celles de France Culture, selon Serge Schick, directeur délégué au marketing stratégique et au développement de Radio France.

Les fictions audio ne sont pas nouvelles sur internet, qui a vu dès 2001 le succès de "sagas mp3", comme le "Donjon de Naheulbeuk", un feuilleton devenu culte.

D'autres médias misent depuis longtemps sur le son, à commencer par Arte Radio, filiale d'Arte, pionnière du secteur dès 2002 et riche déjà de plus de 2.000 documentaires et créations radiophoniques à la demande.

Arte Radio comptabilise quelque 100.000 "sons écoutés" par mois, explique son patron Sylvain Gire, et en produit 3 à 5 par semaine. Son plus grand succès, "Crackopolis", la vraie vie d'un consommateur de crack ("notre Serial à nous", dit Sylvain Gire) affiche 300.000 écoutes. Arte Radio organise aussi dans la France entière des "séances d'écoute publique".

Aujourd'hui, de nouveaux médias sonores indépendants sont en gestation sur le web, comme le projet de la journaliste Pascale Clark, qui veut lancer fin 2016 un site payant, "BoxSons", dédié avant tout aux reportages audio à la demande.

"Nous serons en prise directe avec l'actualité, à commencer par la campagne présidentielle", souligne cette ex de France Inter, qui bâtit le projet avec sa consoeur Candice Marchal et un collectif d'une quinzaine de personnes. "Nous voulons donner la parole aux gens. Il y a curieusement peu de reportages à la radio. Nous croyons au son, et nous voulons accompagner l'écoute en mobilité avec de nouveaux formats. Ce ne sera pas une webradio, mais une écoute à la demande. Ecouter le flux en tournant un bouton, ça c'est fini", estime-t-elle.