L'album "Lune rouge" d’Erik Truffaz, dense et exclamatif à la fois

Depuis vingt ans, Truffaz a joué avec tout le monde, avec Pierre Henry, Christophe, Enki Bilal, il a traversé dix fois le monde, il a rempli des salles et des salles. Mais il pense toujours à la prochaine aventure musicale.

Né en 1960 dans la banlieue de Genève, Erik Truffaz a grandi en France dans le pays de Gex. Dès l’âge de huit ans, il découvre le plaisir de la scène aux côtés de son père qui joue du saxophone. A quatorze ans, il électrifie sa trompette et achète une pédale wha wha. Il passe des heures à répéter avec des amis. En 1987, il joue à Montreux avec le groupe brésilien Cruseiro Do Sul puis il s’envole pour New York. De retour en France, il obtient le prix du jury au concours de la Défense de la ville de Paris en 1993 puis il signe sous le label Blue Note en 1996. Entre 1996 et 2008, douze albums paraîtront sous ce fameux label dont quatre sont composés et réalisés avec le Truffaz Quartet. Après plusieurs projets complémentaires, Erik Truffaz a sorti fin 2019, un nouvel album, "Lune Rouge".

Pour apercevoir une lune de sang, il faut que plusieurs facteurs se conjuguent

Au moment d’une éclipse totale, la lune, la Terre et le soleil doivent être en axe. C’est un jeu de lumières minérales, de collisions promises, d’accidents heureux. La lune rouge découle d’un alignement parfait. Dans les sessions de cet album, les musiciens ne se disent pas grand-chose. Ils se connaissent depuis toujours. Sur les murs du studio du Flon, ils ont accroché les vinyles du Quartet, depuis vingt ans. Pas comme des trophées mais comme les fragments d’une mosaïque en cours. Rien n’est fini, tout est souffle. Ils parlent peu de ce qu’il y a à faire. Pour cet album, nous avions envie de choses nouvelles, explique Erik Truffaz. Depuis l’album "Doni Doni", enregistré à Bruxelles, ils ont un nouveau batteur, Arthur Hnatek, et ils ont décidé de lui laisser plus de champ d’action. Le batteur sort son ordinateur plein de vérités digitales, ou ses peaux tendues qu’il traite comme un coloriste. Il y a du sang neuf, cela se sent. Tout part de longs vertiges, de jams immenses, qu’ils triturent ensuite comme Teo Macero le faisait pour les bandes électriques de Miles Davis. Quelque chose de dense et d’exclamatif à la fois.

Erik Truffaz était l'invité de Patrick Bivort dans son émission "Classic 21 Lounge" sur Classic 21.